Sport #7 : Pourquoi je rame

Hasard du calendrier, j’aurais pu tenter d’analyser avec vous pourquoi je rame avec les mecs, pourquoi je rame avec mes parents qui vieillissent ou encore pourquoi je rame avec mon boulot, mais au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, vous êtes dans la rubrique « Sport » de Glory Box et, pour coller au thème et parce qu’on ne va pas se laisser abattre, je vais plutôt vous parler du plaisir que j’ai à pratiquer l’aviron.

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J’ai commencé l’aviron lorsque j’étais au collège. Je rentrais de vacances en Bretagne pendant lesquelles j’avais fait un stage de voile et je ressentais le besoin de pratiquer une activité nautique. Au même moment, un ami de mes parents, rameur de très longue date, montait un club d’aviron dans notre petite ville loin de la mer et organisait des initiations. C’est donc ainsi que je me suis retrouvée pour la première fois à ramer en marche arrière au beau milieu d’un lac magnifique, le temps que la rivière de la ville soit remise en eau après avoir été draguée.

Il a tout d’abord fallu apprivoiser la technique : apprendre à reconnaître et à installer la rame tribord (verte) à tribord (côté gauche quand on est assis dans le bateau qui va, redisons-le, en marche arrière – c’est donc le contraire d’un bateau « classique » qui va en marche avant – enfin, tout dépend de ce qu’on appelle l’avant sur un bateau d’aviron puisque pour le rameur qui lui tourne le dos, c’est l’arrière) et la rame bâbord (rouge) à bâbord (côté droit donc, si vous avez suivi) en prenant soin de tourner les dames de nage dans le bon sens, apprendre à monter dans le bateau et à en descendre en posant les pieds au bon endroit pour ne pas passer à travers et sans se retourner, à ne jamais, jamais, JAMAIS lâcher les avirons, à coordonner ses mouvements entre les bras, les jambes et le siège qui coulisse (très originalement appelé la coulisse), et puis apprendre à se caler sur les autres ou à donner la cadence, dans le cas d’un bateau à plusieurs rameurs. Comme je n’ai pas prévu de vous faire un cours de vocabulaire de l’aviron, je vous suggère de jeter un œil à ce lexique toutefois partiellement représentatif de l’esprit de ce sport. En effet, il n’est pas forcément nécessaire d’être un bourrin pour pratiquer l’aviron, même si c’est sûr que ça permet d’avancer (ou de reculer, selon le point de vue) plus vite.

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Telle Rome, tout ne s’est bien sûr pas fait en un jour, mais mon club ne visant pas la haute compétition à l’époque, j’ai pu apprendre tranquillement les bons gestes, à apprivoiser ce bateau si instable et à apprécier le paysage. En effet, une des choses particulièrement agréables lorsque l’on pratique l’aviron, c’est la vision complètement différente que l’on a de son environnement. Au niveau de l’eau, au milieu du lit de la rivière, on voit la ville ou la campagne différemment des gens qui se promènent sur le chemin de halage ou qui s’arrêtent sur un pont. Le bruit des voitures est atténué dans le creux des berges. On entend alors principalement le glissement du bateau, le plongeon des avirons (ou les pelles, dont les extrémités qui entrent dans l’eau s’appellent les palettes, pour les puristes), l’effort du rameur et son souffle, le clapotis des pelles qui sortent de l’eau formant un petit tourbillon de chaque côté du bateau, le bruit sec des avirons qui tournent dans les dames de nage et le ronronnement de la coulisse accompagné parfois du doux bruit du frottement des palettes sur l’eau, au moment où l’on reprend sa position de départ. Et puis parfois les caquètements affolés d’une famille de canards, le plongeon d’une poule d’eau ou d’une tortue, l’envol d’un héron que l’on a dérangés.

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Evidemment, on peut aussi entendre les encouragements et les conseils du coach, les cris du barreur qui pressent que l’on va finir par se payer une péniche ou une berge, ou encore le papotage entre les rameurs sur les bateaux. Beaucoup plus rarement enfin, le bouillonnement caractéristique des pelles qui sortent difficilement de l’eau puis claquent irrégulièrement sur sa surface dans une tentative de redressement du bateau, généralement suivi d’un bruit de plongeon (et d’un « oh putain » mémorable) signifiant que le rameur n’a pas réussi à rétablir l’équilibre recherché et vient de terminer dans l’eau.

Parce que ce qui caractérise avant tout le bateau d’aviron, taillé pour la course, c’est son instabilité. On m’a souvent répété que l’aviron, c’est comme le vélo, à l’arrêt sans béquille ou sans support, ça tombe, mais en mouvement, c’est stable et ça avance, vite. Pour des raisons d’aérodynamisme assez évidentes, les bateaux d’aviron sont fins (la largeur des fesses en gros) et très longs (plusieurs mètres). Néanmoins, pour une pratique « loisirs » ou en mer, il existe des bateaux plus larges et donc plus stables. Plus que le vélo, l’aviron est un sport complet qui fait travailler tout le corps, y compris certains muscles dont on ignorait totalement l’existence avant. Il se pratique en toute saison (en évitant les fortes chaleurs et les grands froids tout de même) et par tous les temps sauf en cas de brouillard ou de nuit puisque, pour rappel, on va en marche arrière donc si en plus on n’y voit rien… Un de mes meilleurs souvenirs est une sortie hivernale, bien emmitouflée, sous la neige qui recouvrait peu à peu les berges de la rivière. Superbe !

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Au-delà de cette communion avec la nature, dans le cas d’une pratique tranquillou le dimanche matin, car j’imagine qu’à Oxford et à Cambridge, on s’attarde moins sur les petits oiseaux, l’aviron me permet de me vider la tête. Quand je rame, je ne pense à rien. Je me concentre uniquement sur mes gestes, j’essaie de sentir le mouvement du bateau, de lui donner de la puissance pour le faire avancer, et c’est tout. Une véritable pause salutaire pour le cerveau.

D’ailleurs ce qui est bien avec l’aviron, c’est que suivant son humeur et la disponibilité des bateaux, on peut pratiquer seul (en skiff), ou bien à plusieurs, en général à deux, à quatre (avec ou sans barreur) ou à huit (toujours avec barreur), si le plan d’eau permet de tourner avec un bateau aussi long, soit 18 mètres environ. Du coup, si un jour on est d’humeur plutôt maussade, on prend un bateau tout seul et on va se ressourcer dans son coin sans embêter les autres. Au passage, encore un petit point technique : on peut ramer soit avec deux avirons par rameur – on parle alors de bateau de couple – soit avec un aviron par rameur – on parle alors de bateau de pointe. Evidemment, on ne peut pas ramer tout seul avec un seul aviron (ou alors on s’est trompé de sport), tout comme on ne peut pas avoir un nombre impair de rameurs sur un bateau de pointe, sinon on tourne en rond indéfiniment et c’est moyennement rigolo au bout d’un moment…

Si vous avez envie d’essayer l’aviron ou d’en voir, plusieurs possibilités :

  • allez faire un tour dans le club le plus près de chez vous ;
  • profitez des sorties découvertes estivales organisées par certains clubs, notamment d’aviron de mer (je me suis promis de tester ça un jour) ;
  • allez assister à la fameuse course qui oppose les universités d’Oxford et Cambridge chaque année au printemps sur la Tamise, depuis bientôt 200 ans ;
  • ou la même, version américaine, entre Harvard et Yale ;
  • ou encore la régate royale de Henley, sur la Tamise également, immortalisée par David Fincher dans The Social Network ;

  • et puis chez vous, vous pourrez regarder les JO à la télé cet été et encourager nos petits pioupious !

Enfin, la version canadienne, pour l’hiver, qui combine en quelque sorte l’aviron et le bobsleigh…

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Image vignette : @thehappyrower

Publié le 19 avril 2016, dans Être une gloryboxeuse, Beauty Queen, Sport, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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