Une année Erasmus à Venise

Chudesa fait ses études à Venise. Eh oui, il y a aussi des gens qui habitent la Cité des Doges, dont les ruelles sont arpentées par des flots de touristes. Chudesa nous raconte son quotidien et sa vie étudiante dans la ville des amoureux. 

J’ai vu Venise pour la première fois il y a quatre ans, et elle ne m’avait pas tant plu que ça. Pourtant, quand j’ai su que mon université allait signer un partenariat avec l’Université Ca’ Foscari, j’ai sauté sur l’occasion. D’abord parce que c’est une université réputée au niveau des langues, ensuite parce que j’avais envie de laisser une deuxième chance à la ville qui a tant fasciné et fascine encore.

J’ai bien fait. Quand je parle de chance, ce n’est pas un hasard : qui sait combien de temps Venise survivra ? Tourisme de masse et acqua alta sont les plus grands fléaux de la ville, qui subit un dépeuplement extrêmement rapide.

Quand est arrivée la saison des acque alte, qui consiste en des marées hautes qui inondent les parties les plus basses de la ville – la Place Saint Marc est la première inondée, au grand désespoir des touristes -, je trouvais ça plutôt rigolo. Je me suis acheté des bottes en caoutchouc, ne trouvant pas ma pointure dans la collection de la coloc, et j’allais en cours comme ça, comme tous les autres étudiants. Ma prof d’anglais toujours à la pointe de la mode remettait ses escarpins une fois arrivée en salle de cours.

A Venise, la vie ne s'arrête pas lorsque l'eau déborde.

A Venise, la vie ne s’arrête pas lorsque l’eau déborde et on continue à dîner en terrasse.

Une ou deux heures avant le « pic », une sirène composée de tonalités différentes sonne dans la ville en prévention. La première fois que je l’ai entendue, vers 6 heures du matin, j’ai cru à un cauchemar où on me signalait la fin du monde. Ca a continué à me faire cette impression toutes les autres fois : pas très cool comme réveil. En plus de ça, il existe plusieurs applications sur lesquelles on peut être tenu au courant du niveau de la mer, des rues et places inondées. Pour ceux pris par surprise, heureusement, des passerelles à pilotis sont mises en place dans les endroits les plus inondés et fréquentés.

La place Saint-Marc sous l’eau.

Je dois maintenant mettre un certain nombre de choses au clair. Avant de partir, dès que je parlais de Venise, la première chose qu’on me disait était « oh mon Dieu, mais ça pue ! ». Oui, parfois. Si vous avez un nez sensible, ne vous approchez pas d’un canal un jour de marée basse, par exemple. Mais que ce soit ce qui passe par la tête des gens en premier, je me dis, mais quelle tristesse ! Il y a aussi le mythe du gondolier qui chante O sole mio en ramant : ils sont rares. La plupart regardent leur portable pendant qu’un couple se prend en selfie.

venise_gondole

Malheureusement, je dois aussi avouer que ce n’est pas une ville très vivante. Après 21 heures, quand ce n’est pas l’été, on ne croise pas grand monde. Pourtant, fait très intéressant, les ruelles sombres et étroites sont inquiétantes au premier abord, mais je me suis toujours sentie très en sécurité, à des heures où en France, il fallait presser le pas.

La vie étudiante est pratiquement inexistante, donc, et l’image de l’année Erasmus où on fait la fête sept jours sur sept est bien loin de ce que j’ai vécu. J’ai eu mes cuites, j’ai eu mon retour de soirée en bateau où je manquais de vomir, mais j’ai passé aussi beaucoup de soirées chez moi à faire des biscuits avec mes colocs. De toute façon, je ne suis pas de nature très fêtarde – je le suis un peu devenue cela dit.

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J’ai détesté la ville tant de fois… Sa quiétude, ses ruelles pleines de touristes (à tel point qu’à Carnaval, des policiers faisaient la circulation sur les ponts), la routine. Mais me déplacer en bateau, l’odeur marine, la joie en voyant certaines belles places ou églises ne m’a jamais quittée. Venise est et restera une ville magnifique, où tout est tellement beau qu’on ne sait plus où donner de la tête.

Le palais des Doges

Je n’ai rien trouvé de laid : il y a juste quelques endroits plus beaux que d’autres. Le problème c’est qu’en y vivant, on oublie. On s’habitue et on ne retient de Venise que les côtés négatifs. J’ai eu une longue période comme ça. C’est pendant mon unique jogging vénitien que je suis retombée amoureuse. Je me suis perdue, car il est très facile de se perdre, et je ne voulais plus vraiment retrouver mon chemin. Il suffit de s’éloigner un peu de la foule pour se sentir ailleurs, pour se sentir vraiment en Italie.

venise_linge

Venise, vraiment, j’ai eu envie de la fuir trop de fois. Mais aujourd’hui, à quelques jours de mon départ, j’ai le cœur qui se serre, je manque de pleurer à chaque fois que je monte dans un vaporetto, à chaque fois que je vois ma rue et que je me dis : pendant un an, ici, c’était chez moi.

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Publié le 29 juin 2015, dans Être une gloryboxeuse, Day By Day, Vis ma vie, Voyages, et tagué . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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