Marie Marvingt, la Fiancée du danger

Qui parmi vous a déjà entendu parler de Marie Marvingt (à part les Nancéen(ne)s peut-être) ? Étrange de se dire que la femme la plus décorée de France et probablement la plus énergique de son époque est presque complètement tombée dans l’oubli aujourd’hui.

Ma rencontre avec Marie Marvingt date de l’année 2003, où je l’ai découverte totalement par hasard au détour d’une page du Quid. A cet instant, je me rends compte qu’il est fort probable que certains d’entre vous ne sachent pas ce que c’est qu’un Quid (bon coup de vieux en perspective, mais tant pis, j’assume). Sachez qu’il s’agit d’une sorte de Wikipedia sur papier, écrit en tout petit et qui contient « tout sur tout et un peu plus que tout ». De quoi occuper les longs après-midis d’hiver en sautant d’une page à l’autre. Bref, je tombe donc sur l’article consacré à Marie Marvingt, et là, j’hallucine tellement que je me dis « Pas possible, c’est un fake, un canular, si ça se trouve, les gens du Quid – ces petits rigolos – l’ont inventée pour piéger leurs lecteurs ». True story.

Et puis, quelques années plus tard, lors d’un séjour à Nancy, au détour d’une rue, je tombe sur une maison sur laquelle une plaque indique « Ici vécut Marie Marvingt ». Comme ça m’étonnerait que les gens du Quid poussent le vice jusqu’à aller apposer une plaque sur une maison, il faut se rendre à l’évidence, ce phénomène a bien existé. « Bien existé », c’est le mot, en effet.

Marie_Marvingt

Une sportive hors norme

Marie Marvingt est née à Aurillac, dans le Cantal, en 1875, mais c’est en Lorraine, à Metz puis à Nancy, qu’elle passe la plus grande partie de sa vie. Elle perd sa mère et ses frères très jeune et est élevée par son père, grand sportif dans l’âme. Dès son plus jeune âge, elle apprend à nager (mais pas dans la pataugeoire locale : à 5 ans, elle nage 4km dans la rivière), à faire du vélo et marche en montagne avec son père. Dotée d’un fort esprit de compétition et d’une énergie démesurée (a priori garantie sans Red Bull), elle participe à des courses cyclistes sur route dans les années 1900 (Nancy – Bordeaux en 1904, Nancy – Milan en 1905, Nancy – Toulouse en 1906). Au point qu’en 1908, elle s’inscrit au Tour de France. Les organisateurs refusent de la laisser participer car la course est exclusivement masculine. Qu’à cela ne tienne, elle fera malgré tout le parcours, en partant juste après les hommes ! Mais le plus extraordinaire peut-être, c’est qu’à 86 ans, en 1961, encore bon pied bon œil, elle accomplit la boucle Nancy-Paris, toujours à vélo.

Côté natation, elle est la première Française à nager les 12 Kilomètres de la traversée de Paris, en 1917, mais elle ne s’arrête pas là. Parmi ses exploits, on compte les 16km qui séparent l’île de Capri de la côte italienne.

Elle brille aussi en alpinisme, étant la première femme à gravir de nombreux sommets dans les Alpes, dont certains vaincus seulement par deux hommes auparavant. Les sports d’hiver n’ont eux non plus aucun secret pour elle : ski, saut, patin à glace, luge, bobsleigh (!!!), tout y passe et elle remporte de nombreuses récompenses.

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Mais limiter ses exploits sportifs au cyclisme, à la natation et aux sports de montagne serait bien réducteur. Car Marie Marvingt pratique et se distingue dans à peu près tous les sports de son époque, de l’escrime à l’athlétisme (course à pied, saut en longueur et en hauteur), de l’équitation (y compris voltige et attelage) à l’aviron et à la voile, en passant par la boxe, le jujitsu, le tir et le tennis, entre autres. Elle en profite d’ailleurs pour inventer la jupe-culotte, les femmes n’ayant pas le droit de porter de pantalons à l’époque.

Son surnom de « Première femme sportive du monde » est loin d’être usurpé ! Ce qui frappe dans sa pratique sportive, c’est qu’elle ne fait rien en dilettante : chaque nouvelle activité est systématiquement associée à des victoires et/ou des records (17 records mondiaux). La devise des Jeux Olympiques semble avoir été inventée pour elle : « plus vite, plus haut, plus fort ».

Tout ce qui peut procurer une montée d’adrénaline semble l’attirer. Rien d’étonnant donc à ce qu’elle soit l’une des premières Françaises à obtenir son permis de conduire, en 1899. Et encore rien de surprenant non plus dans le fait qu’elle se tourne avec avidité vers l’aviation, qui sera la grande aventure de sa vie. Entre temps, elle apprend à conduire des bateaux à vapeur et une locomotive (au cas où, sait-on jamais, ça pourrait servir).

Une pionnière de l’aviation

Quand on évoque les premières aviatrices françaises, les noms d’Hélène Boucher, de Jacqueline Auriol, de Maryse Bastié et de Maryse Hilsz viennent assez vite à l’esprit. Mais tout le monde a oublié que la pionnière des pionnières, c’est Marie Marvingt. Peut-être parce que, contrairement aux autres, elle n’est pas morte jeune, dans le crash de son appareil. Il faut des drames pour consacrer des héros.

Marie Marvingt commence ses activités aériennes avec les ballons, obtenant son brevet de pilote d’aérostat. Elle sera la première personne (hommes et femmes confondus) à traverser sans encombre la mer du Nord en ballon, de la France vers l’Angleterre.

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A 34 ans, elle se lance dans l’aviation et est la troisième femme au monde à obtenir son brevet de pilote d’avion, en 1910. Elle en profite pour passer aussi son brevet de pilote d’hydravion, et complètera sa collection en 1961, à l’âge de 86 ans, avec le brevet de pilote d’hélicoptère (oui oui).

Marie_Marvingt_avion

Mais là où Marie Marvingt se démarque fortement des autres pionnières de l’aviation, c’est qu’elle comprend très vite le potentiel formidable de ce mode de transport pour les blessés en temps de guerre. Oui, parce qu’en plus, elle a fait des études d’infirmière et de chirurgie. Dès 1910, elle invente un modèle d’avion sanitaire dont elle propose le concept à l’Etat Major des Armées. Concept qui sera purement et simplement enterré… jusqu’à la Première Guerre Mondiale, où elle en démontrera toute l’utilité.

Marie Marvingt et son ambulance aérienne, dessin d'Émile Friant en 1914

Marie Marvingt et son ambulance aérienne, dessin d’Émile Friant en 1914

Savoir vouloir c’est pouvoir

Pendant une grande partie de sa vie, et en particulier dans l’entre-deux guerres, Marie Marvingt parcourt la France et ses colonies pour présenter son invention lors de centaines de conférences. Elle écrit même des livres et tourne deux documentaires sur le sujet en 1949 (Les ailes qui sauvent et Sauvés par la Colombe). Lors de sa tournée de conférences en Afrique, jamais à court d’idées, elle en profite pour inventer les skis métalliques, qui remplaceront bientôt les skis en bois…

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La majorité des fonds récoltés lors de ses conférences sont redistribués aux associations qu’elle préside, la plupart en faveur de pilotes blessés. Jamais subventionnée, elle vit de ses activités de journaliste (elle sera en particulier correspondante de guerre) et n’a pas fait fortune. C’est presque dans la misère qu’elle s’éteint en 1963, à l’âge de 88 ans, après une vie bien remplie. Les hommages sont alors nombreux, puis elle sombre peu à peu dans l’oubli.

Au-delà de ses exploits sportifs et aériens, on pourrait aussi parler de son engagement militaire pendant la Première Guerre Mondiale, d’abord déguisée en homme, mais vite démasquée, puis aux commandes d’avions sanitaires et même d’un avion de combat, ce qui lui vaudra la Croix de Guerre. Mais on pourrait aussi parler de ses qualités intellectuelles, car elle parlait cinq langues (dont l’esperanto), écrivait des poèmes et des nouvelles, et a fait des études de droit et de psychologie. Chacune de ses aventures et ses exploits incroyables démontrent sa force de caractère et son énergie inépuisable, guidée par sa devise « savoir vouloir c’est pouvoir ». On a dit d’elle qu’elle était féministe, mais il semble plutôt qu’elle ait surtout cherché à relever les défis de son époque, réservés aux hommes, comme si elle en était un aussi. Pas de revendications donc, mais une émancipation évidente à une époque où la femme restait sagement à la maison à attendre son mari.

Pour finir, je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous cet article du Miroir des Sports de 1920, dont on sent bien que l’auteur nourrit une forte admiration pour Melle Marvingt.

Et celui-ci, de l’Echo d’Alger de 1922, où transparaît, on peut le dire, un certain machisme.

Pour plus d’informations sur Marie Marvingt, vous pouvez, comme moi, attendre avec impatience la sortie de la biographie que lui consacre l’Américaine Rosalie Maggio, complètement passionnée par le personnage et qui cherche depuis de nombreuses années à la faire redécouvrir. Pour patienter, on peut toujours aller voir son site qui transpire l’admiration et contient en particulier des photos intéressantes.

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Publié le 22 avril 2015, dans Bouillon De Culture, Monidole, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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