Être un homme amoureux dans les années 40.

Quand on est enfant on regarde son père comme un papa, mais l’on oublie souvent qu’il est également un mari, un amoureux. C’est pour cela que, pour la fête des pères, j’ai choisi d’honorer un papa qui n’était pas le mien, mais celui de la mère de mon père.
Il s’appelait Emile, il est né le 24 Novembre 1914 dans le 87, et avant de partir en guerre en 1940, il est tombé sous le charme de mon arrière grand-mère, la personne la plus importante de ma vie d’enfant.em.photo

Chez moi, parler de lui était tabou. Cela rendait ma « mamé » triste: tous ces souvenirs avec lui lui remontaient pleine figure et on pouvait voir dans ses yeux le vide qu’il avait laissé, 6 mois avant ma naissance.
J’ai toujours eu ce « fardeau » de remplacer l’homme de sa vie. C’est pour cela que depuis qu’elle nous à quitté, je cherche à comprendre sa vie à mon âge, mais surtout à connaitre cet arrière-grand-père que j’imaginais tel le héros que je n’avais pas eu comme toute petite fille auprès de son père, puis ce que le mien était absent.

C’est en cherchant certaines réponse à mes questions que sa fille encore vivante -ma grande tante – m’a confié plusieurs trésors, et notamment, quelques lettres d’amour que  mon arrière grand père envoyait pendant la guerre à mon arrière grand-mère.

Je prends le papier jaunit par ces 70 ans: le toucher est granuleux et l’odeur me rappelle les vieux livres de cuisine de Mamé mélangé à l’odeur du renfermé, avec une arrière senteur de pipe à tabac.

Bien sûr, on est loin des lettres d’aujourd’hui, faut-il encore préférer une lettre à un e-mail, un coup de téléphone, ou un sms impersonnel, à notre époque où l’on reçoit des « Salut ! Ça va ? » ; ou pour les moins chanceux « CC sa va ? ». La première lettre que j’ai date de 1940, il entame ses nouvelles par un « Ma chère Suzanne », écriture calligraphique à la plume.

« Mercredi 21 Février 1940,

Ma chère Suzanne

Avec un peu de retard, je viens répondre à votre aimable lettre que j’ai reçue avant 8 jours. Ne m’en voulez pas trop de ce retard, pardonnez moi et surtout, ne faites pas comme moi. Car pour moi aussi mon seul grand plaisir est de lire vos charmantes lettres dans lesquelles je retrouve un peu de ma chère Suzon »

« Suzon ». Je ne savais même pas qu’il l’appelait Suzon, et pour l’époque je trouve ça terriblement romantique, je ne sais pas si comme moi vous en avez assez des « Minou » et des « Ma puce » mais là ça fait du bien aux yeux.

« Lundi 17 Mai 1943

Ma bien chère Suzanne, Avec ma grande joie j’ai reçu ta dernière lettre du 20 Avril qui comme tu penses m’a fait grand plaisir ! […] Dans cette lettre je vois qu’il n’y a pas grand choses de nouveau à part les mêmes misères pour certains. Et Hélas ! Toujours ma pauvre Suzon bien aimée qui s’ennuie loin de moi !
Tu me dis qu’il fait chaud aux champs et que tous les soirs tu te fatigues à arroser Pauvre Chérie ! Quand est-ce-que je pourrais te remplacer ?[…]
Là ou je suis, si tu voyais ma Suzon comme il n’y pas grand-chose en végétation ! Cela me fait penser chérie au superbe bouquet de muguet que tu m’as envoyé, encore bien vert à l’arrivée. »

« 12 Juillet 1943

[…] Aussi ma petite Suzon, sèche tes larmes et remplace tes soupirs par des sourires en pensant à demain, qui sera bientôt et un peu aussi, à ton Emile qui n’a que toi. Car tu sais mon amour il a essayé lui, en pensant aussi à sa Suzon et à l’avenir.
[…] Ci-joint je te mets une fleurette très rare en France, car elle ne pousse que sur les montagnes où la neige est éternelle. Elle m’a été donné et je m’empresse donner en gage de notre amour qui comme elle sera éternel. Son nom : Edelweiss. »

Cette fleur se trouve encore dans la lettre pliée, conservé, et je me plais à croire que cela signifie que de là ou ils sont, en haut ou ailleurs, tant qu’elle n’est pas en miettes, c’est qu’ils continuent de s’aimer.

Je terminerais par dire que bien que maintenant vos papas n’utilisent plus ces mots doux d’amour pour combler leur moitiés, qui malheureusement ne sont peut être plus vos mamans, et c’est valable pour le papa de vos enfants, ils gardent de beaux moyens de raconter leur amour à leur femme, et même à la chair de leur chair. Cette génération texto perd son charme mais le plus important est de vous dire que dans le fond les hommes resteront de grands sentimentaux cachés, même parfois TRÈS cachés ! Ne vous fiez pas aux apparences, moi j’ai appris beaucoup de chose. Dans ces lettres aucun « Je t’aime » mais plus d’amour qu’il en faut et qui signifie bien plus que ce simple mot de nos jours.

« Sur ce mon Amour, je m’arrête pour ce soir en te disant à bientôt et en t’envoyant tous, mais tous les baisers en commençant par les meilleurs que mon cœur peut donner à celle pour laquelle il vit et est entretenue par la douce flamme de son amour. A toi mon amour ton Emile pour la vie. »

Publié le 14 juin 2014, dans Day By Day, Société, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 6 Commentaires.

  1. Adorable… c’est vraiment charmant et précieux ! Ca donne envie de se (re)mettre à écrire non ?

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  2. Très émouvant !

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  3. C’est beau. J’aime la différence qu’il met à décrire ses sentiments entre 1940 quand il la vouvoyait (j’imagine qu’il l’a connaissait à peine) à 1943 où il la tutoie et que leur amour l’un pour l’autre est « officiel ».
    Merci d’avoir partagé ces lettres avec nous.

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  4. Wah c’est très émouvant ces petits mots.
    C’est vrai que c’est triste de se dire que maintenant les « mots d’amour » n’ont plus rien à voir…
    Merci pour avoir partagé cette histoire!

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  5. J’ai eu des frissons en lisant, c’est tellement romantique, merci d’avoir partagé ça!

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  6. Ca m’a mis la larme à l’oeil. Merci de nous faire partager de joli morceau de vie 🙂

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