J’ai choisi infirmière #2

On dit souvent que devenir infirmière révèle une vocation que l’on a depuis toujours. Pour Havaïanas sa vocation était le secteur de la santé mais infirmière n’était son premier choix au début. « Mon rêve initial était de devenir sage femme. La première année de fac de médecine nécessaire a l’inscription en école de sage femme a eu raison de mon rêve, mais je ne regrette en rien, loin de la, de m’être réorientée vers le métier d’infirmière.  Dès le premier stage je me suis sentie à ma place dans ce rôle de soignant,  auprès des patients. « 

Après une étudiante infirmière c’est au tour de Laure de nous raconter son passage de la vie étudiante à celle d’infirmière diplômée d’état.

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Depuis qu’elle a fait ses études d’infirmière le programme et l’organisation des études ont changés. « Pour ma part, pendant un peu plus de 3 ans  (Aout 2007 a novembre 2010) j’ai alterné 1 mois de cours et 1 mois de stage dans une promo de 105 étudiants. Au total j’ai fait 15 stages dans des spécialités différentes: service de médecine, de chirurgie, d’urgence/réa, maison de retraite, psychiatrie et santé publique… qui m’ont permis d’observer et pratiquer des soins techniques ET relationnels très différents, ainsi que prendre également le rythme assez soutenu d’une journée de travail à l’hôpital – tant au niveau de l’organisation des soins, de leur réalisation que de la prise en charge globale de tous les patients et de la tracabilité des gestes. J’ai beaucoup appris dans chacun de mes stages, mais je me suis rendue compte pour mon premier jour de travail qu’on était loin de tout savoir en sortant de l’école !! » Une réalité d’ailleurs qui fait déchanter pas mal des étudiants infirmières ( et si on agrandit le cercle dans le secteur médical et social, le même schéma se répète). Les attitudes et notamment l’attention portée aux patients comme on l’apprend en formation en soins infirmiers sont toutes autres dans le monde du travail actuel. L’expression « le temps c’est de l’argent » illustre et explique bien cette sensation qu’ont les professionnels de santé et encore plus les étudiants qui découvrent un monde hospitalier bien différent de celui décrit en formation.

Quant aux stages qui l’ont le plus marqués Havaïanas n’arrive pas à choisir. « Autant ceux en maison de retraite que ceux en chirurgie ou psy, ils m’ont tous apporté quelques chose, de différent certes, mais qui me sert tous les jours dans mon travail. »

Tu es maintenant diplômée et occupes un poste dans un service, tu peux m’en parler un peu ?
« Alors je suis titulaire dans l’hôpital où je travaille, mais pas dans un service fixe, je fais partie d’un « service » de remplacement, ce qui m’amène à changer de service assez régulièrement. Depuis que je suis diplômée j’ai travaillé 9 mois dans un service de soins palliatifs (qui m’a enoooormément appris), 5 mois dans un service qui regroupait des pathologies infectieuse, endocrino et ORL, 3 mois dans un service de chirurgie orthopédique, 5 mois dans un service de grand coma, 1 mois dans un service de rééducation et 3 mois en hospitalisation à domicile.

Il y a des parutions de postes vacants deux fois par an, je suis libre d’y postuler, mais pour l’instant le fait de changer de service me permet de toucher un peu a tout, de continuer d’apprendre des choses très différentes, que ce soit en terme de soin ou en terme de connaissances médicales, pour devenir assez polyvalente et être a l’aise où que je sois.

Cela dit il y a aussi quelques inconvénients: comme le fait d’avoir un planning de travail qui peut changer du jour au lendemain si on change de service un peu a la dernière minute. Ou le fait de devoir quitter une l’équipe soignante qu’on commençait vraiment a bien connaitre (et c’est un travail d’équipe, il ne se fait que mieux si il y a de la cohésion et de la solidarité = valeurs essentielles !) Par exemple je suis toujours en contact avec des collègues de mon tout premier remplacement d’il y a 2 ans et demi, et plus du tout avec l’équipe du service ou j’ai été ensuite. Il faut aussi faire sa place à chaque changement. »

Des anecdotes de services ?
« C’est souvent dans les services les « plus durs » que les équipes sont les plus soudées. C’est vraiment essentiel cette notion de travail d’équipe, et de binôme avec l’aide soignante. Et travailler dans la bonne humeur, ca apporte vraiment un plus aux patients, quand tout le monde s’entraide, on remarque que les patients le ressentent et si ca ne les guérit pas, ca apporte déjà un petit plus au niveau de leur moral, et c’est déjà pas mal !

Quand il y a une bonne ambiance c’est vraiment un plaisir de travailler, chanter dans les couloirs, faire des bataille d’eau a la seringue, et bien sur inclure les patients dans nos délires, la plupart apprécie, il faut dire que le temps passe lentement dans un lit d’hôpital ! »

Un moment dur qui t’a profondément marqué ? (avec un patient, un collègue)
« Je me rappellerai toute ma vie de mon premier massage cardiaque… »

Et un moment de bonheur ?
« A chaque fois que j’ai le temps de faire des choses non prescrites ! Comme prendre le temps de maquiller une patiente qui ne peut le faire elle-même, mais qui aimait prendre soin d’elle (au vu de sa salle de bain remplie de crème et maquillage qu’elle ne peut appliquer seule a cause d’une paralysie par exemple)! Avoir le temps d’aller faire un petit tour dehors avec un patient qui a une pathologie psy très agité, au lieu de lui filer un lexomil, bien plus efficace pour le calmer ! Tout ce que je peux faire en plus des prescriptions médicales comme soin de confort me rend heureuse et le fait de rendre heureux est vraiment génial ! Ce petit rien qui pourtant semble ne compter, est le petit plus qui me permet de montrer aux patients qu’on est vraiment là pour eux (surtout en ce moment dans le service ou je suis qui est un lieu de vie pour personnes âgées dépendantes et requérant des soins médicaux). »

Concernant son évolution de carrière Havaïanas a choisi pour l’instant de rester à l’hopital encore quelques temps. « C’est vraiment là qu’on peut apprendre le plus de soins techniques possible, dans différentes spécialités, tout en étant encadré (dans le sens ou si je tombe sur un soin technique que je n’ai jamais réalisé, je peux demander a une collègue de me montrer avant de le faire moi-même !). Mon but est vraiment de devenir polyvalente ! La spécialité où je m’y connais le moins et qui m’a l’air très intéressante est la chirurgie viscérale. J’espère pouvoir y travailler prochainement, ma chef est au courant que s’il y a un remplacement à faire je suis volontaire !!

Le libéral me tenterait bien s’il n’y avait pas autant de paperasse, (et pour avoir fait un stage dans un cabinet libéral, il y en a !!). La journée commence a 6h30, soins a domicile jusqu’à 15h, retour au bureau pour la paperasse jusqu’à 18h, et de nouveau soins a domicile jusqu’à 21h30/22h voir plus si il y a des urgences ! C’est souvent l’infirmière libérale d’un patient qui se rend compte de la dégradation de son état de santé et qui les envoie à l’hôpital.

C’est vraiment un truc qui me rebute. Je trouve qu’on en a déjà bien assez en étant infirmière a l’hôpital (la traçabilité des soins, les transmissions écrites dans le dossier de chaque patient, les demandes d’examens/consultation spécifiques..). On s’occupe aussi des demandes de convalescence, des réservations d’ambulance pour les retours à domicile… ce sont des choses qui prennent du temps, temps que je préfère passer auprès des patients !

Mais si un jour l’occasion se présente (ou que je force l’occasion à se présenter lol) je reprendrais des études de sage femme…. Ou d’infirmière puéricultrice. »

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Qu’est-ce qu’on pourrait te souhaiter de mieux pour la suite ?
Continuer jusqu’à la fin de ma carrière d’aller travailler avec plaisir et avec le sourire. Je mesure tous les jours la chance de faire un métier qui me passionne !

Mais aussi tout de même de meilleures conditions de travail. A force de restrictions et autres réductions de personnel, nous ne pouvons plus faire notre travail correctement. Tout est fait a la va-vite ! Des choses importantes passent a la trappe. Des patients rentrent chez eux non-guéris pour revenir d’autant plus vite !! Et c’est sans parler de la recrudescence des infections nosocomiales…
Il y aurait beaucoup de chose à améliorer dans les hôpitaux…

À propos de Sunsh

Soignante à plein-temps, brunch-addict, coureuse des montagnes de l'après-midi, fétarde de la nuit et globetrotteuse continuellement.

Publié le 1 juin 2014, dans Être une gloryboxeuse, Bouillon De Culture, Day By Day, Société, Vis ma vie, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. C’est marrant, depuis que j’ai répondu aux questions ma chef m’a effectivement proposé un remplacement en chirurgie viscérale, que j’ai fait pendant 6 mois, et je m’apprête a peut etre y postuler..! Merci en tout cas de me donner l’occasion de pouvoir partager mon metier avec vous!!
    Et merci Grey, c’est effectivement pas de tout repos, et même si je m’en plaint des fois, je me vois pas vivre autrement!

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  2. Merci Sunsh et Havaïanas ! Ca fait plaisir de retrouver cette série, et le fait d’avoir plusieurs épisodes vous donnent l’occasion de détailler en profondeur la vie à l’hopital et le rôle que vous pouvez avoir auprès des patients : on s’en rend pas compte avant d’avoir été à leur place, et encore, parfois on est inconscients, trop soucieux et occupés par notre propre état pour réaliser l’ampleur des tâches qu’ont les infirmier-es. A vrai dire j’ai grandi dans un monde très médical, entourés de médecins, mais pas d’infirmiers/infirmières ou sinon seulement pour entendre parler de la guerre interminable entre médecins et infirmières alors ça m’intéresse particulièrement de découvrir comment sont rythmées vos journées, vos peines et petites joies. Et puis il faut informer autant que possible sur votre statut, les complications liées aux restrictions budgétaires, les services qui auraient besoin de davantage de personnel !

    Sur une autre note, Havaïanas je te trouve hyper courageuse et consciencieuse d’avoir choisi la polyvalence et le remplacement et les horaires changeants ! Ca doit être crevant et parfois frustrant de jamais savoir ce qui nous attend d’une semaine à une autre, voire d’un jour à l’autre. Certes, c’est probablement excitant, mais ce sont des conditions de travail difficiles à mon avis pour le commun des mortels (dont je fais malheureusement partie!).

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