Ma maman, cette jeune femme des années 1970-80.

Pour conclure sur cette semaine consacrée aux mamans je me suis intéressée à ce qu’est une mère avant tout, c’est-à-dire une femme. Donc une femme qui a eu une enfance, une adolescence et ses premiers pas dans la vie d’adulte, avant de devenir l’être qui chasse les monstres sous votre lit et vous console quand vous tombez de vélo. Retirer l’étiquette « maman » du front de sa mère et l’imaginer avoir eu une vie avant… nous, c’est parfois difficile, compliqué, et même si on se l’imagine on peut être bien loin du compte.
Comment ne pas tomber des nues quand on découvre le pot d’herbes magiques de sa mère alors qu’elle nous rabat sans arrêt les oreilles sur les dangers de la majijuana ? Comment imaginer que sa mère pouvait peut-être avoir la même vie d’étudiante que vous – allez, ne jouez pas les mijaurées je sais que vous avez fait des trucs fous, des trucs coquins, des trucs irresponsables… ! – sans en avoir des frissons et crier au scandale ?
Avec ma mère on se parle beaucoup et elle prône la libre-expression. Ca y va à coup de conseils sur la contraception le matin quand vous mangez votre bol de céréales avant d’aller au collège (oui vous avez bien lu), à coup de blagues sur le sexe quand vous parlez d’un garçon de votre classe ( juste parce qu’il avait un truc drôle – où stupide, parfois les garçons sont stupides) ou autre sujet bien moins gênant… Et tous ces moments-là restent gravés en vous, vous provoquent une montée d’urticaire, de sueur froide et vous vous cachez les yeux et vous bouchez les oreilles pour essayer de limiter la casse.

Quand ta mère te parle des MST à table.

Donc, curieuse comme je suis et toujours en quête de nouveaux savoirs (encore plus quand c’est sur la vie des gens), j’ai joué les filles indiscrètes auprès de ma mère pour me faire une idée de l’ado et la jeune adulte en devenir qu’elle était à la fin des années 1970.

Parisienne, ma mère était fille unique et vivait dans un appartement bourgeois avec son père, ingénieur chez Renault et sa mère couturière à domicile. Très jeune elle souffre du triangle que forme cette famille et vit jusqu’à la mort de sa mère une relation conflictuelle avec elle. Son père est son modèle, son exemple et son référant, même quand elle le déteste. Parents issus de la génération post-mai 1968, ma mère jouit d’une éducation plus souple, où la confiance est primordiale et est donc libre et indépendante très rapidement.

D’un point de vue scolaire ma mère faisait partie des très bons élèves, de ceux qui arrivent toujours bien habillés et coiffés et rentrent chez eux le soir encore plus propres qu’en y arrivant. Ce gène de l’élégance n’a pas du se retranscrire chez moi, reine des collants troués en 2 minutes et demi et aux noeuds dans les cheveux. Jusqu’à la fin du collège elle se trouve en collège privé et unisexe. Les garçons et tous les papillons dans le ventre et tracas que ça apportent sont encore loin et ma mère figure au tableau d’honneur à 11 trimestres sur les 12 passés au collège. Dieu merci, le tableau a été aboli depuis mon arrivée en 6ème, ça n’aurait été qu’un support de plus pour témoigner de ma passivité et mon manque d’intérêt pour les cours de maths et d’espagnol. D’un autre côté, avec un père syndiqué et parent d’élève j’aurais peut-être été plus impliquée dans ma scolarité (ou du moins ma mère aurait été au courant de TOUT, et pas seulement ce que je finissais par lui avouer). En quatrième elle se découvre une vraie passion pour la littérature et la lecture avec sa prof de français qui leur fait étudier à l’époque des chansons de Brassens et Brel. Au lycée elle entre en classe C, l’ancêtre du bac S, avec option allemand : le summum des études secondaires à l’époque – encore un point où ma mère et moi distordons, je pars en L, bien loin des idées qu’un bac est meilleur qu’un autre (débat très intéressant d’ailleurs! ).

Parallèlement ma mère a des activités et loisirs qui sont communs dans la classe moyenne parisienne: des week-ends à la campagne et des vacances d’été en Bretagne, pratique le tennis et le piano. Elle tente aussi la danse classique puis le patinage artistique, deux sports qu’elle abandonnera vite pour manque d’intérêt pour les paillettes, le rose et les pirouettes. Tous les dimanches elle part chez ses grand-parents pour y manger les légumes du jardin et respirer l’air pur de la campagne. L’été en Bretagne elle fait de la voile avec son père. L’été de ses quinze ans, elle part seule en camping et fait sa première rencontre amoureuse. Tout bascule.

A la rentrée suivante elle est fatiguée de l’état d’esprit de ses camarades de classe, les même depuis des années. Elle a toujours eu le sentiment d’être en décalé et rejetée car elle était  la fille du délégué, la fille qui portait les vêtements faits par sa mère et celle qui ressemblait plus à Marylin Monroe qu’à Brigite Bardot. En fait ma mère s’était trompée d’époque, tout simplement ! Elle se fait une copine puis une bande d’amis à l’extérieur qui la conforte dans son idée qu’elle n’est plus en accord avec le monde dans lequel elle vit. Elle découvre l’Amour, la « drogue », les fêtes et éprouve ce sentiment de liberté qu’elle recherchait en vain depuis toujours. Elle se sent elle-même, enfin.

L’année de seconde se passe mal et elle est tenue de redoubler – aaaaah, premier point commun ! Elle passe en filière technologique et se retrouve qu’avec des garçons – aaaah, coeur qui bat. La relation avec son père se détériore et en esprit de contradiction elle rend copie blanche au bac pour montrer son peu d’investissement dans ses études. A la fin de l’été elle part pour une ville de Savoie, seule et à la recherche d’un emploi.

C’est partiiiiii

A une époque où on pouvait encore devenir quelqu’un sans diplôme, elle finit par se trouver une bonne place au travail et à mener une vie de jeune célibataire indépendante à un âge où moi je vis encore chez papa-maman et connais mes premiers déboires amoureux (pas très précoce je sais). Elle fréquente un homme beaucoup plus âgé, beaucoup plus riche, beaucoup plus… vieux ? (hahaha) et aspire à une vie très confortable et mondaine. Mais le besoin d’aventure et d’indépendance est trop grand et elle finit par partir à nouveau. Si je devais décrire ma mère le premier mot serait l’indépendance, voire presque sauvage. Elle reste toujours qu’à moitié apprivoisée et elle me surprend toujours par ses réactions. Si elle n’avait pas eu de filles je pense qu’elle voyagerait aux quatre coins du monde, avec des petits nids douillés partout sur le globe et des milliers d’histoire à raconter.

Autre fait marquant dans son avancée vers l’âge adulte et vers la maturité: ses premières élections présidentielles. Peu intéressée par la politique elle se sent néanmoins engagée et est informée « malgré elle » par son père qui est syndiqué. Toujours aussi influencée et guidée par son père – longue discussion sur le vote, les partis et les idéaux politiques de chacun – elle vote à gauche. Mitterrand passe. Pour elle, l’élément d’actualité qui l’a marqué en ce début des années 1980 sont les débats sur l’abolition de la peine de mort et l’affaire Patrick Henry défendue par Robert Badinter.

Les années 1980 sont rythmés de voyages en Grèce notamment et de la rencontre avec mon père. Bon, là les choses passent à un autre niveau et finissent par se gâter.

Si je devais tirer un enseignement de ma mère – à part, que si j’avais rendu copie blanche au bac je pense que la trace de sa chaussure sur mon cul y serait encore aujourd’hui – c’est de garder une part d’indépendance pour faire face aux aléas de la vie et aussi accepter l’aide et l’intérêt des autres sur soi. Je ne vais pas jouer la fille émotive et pleine de reconnaissance qu’on m’ait donné la vie mais je tends à croire que ma mère est une des personnes qui influence le plus mes choix et mes décisions dans ma vie actuelle pour devenir un jour une adulte à part entière = payer mes impôts à temps, m’occuper des papiers administratifs et savoir faire les courses, les lessives, la cuisine et du sport en quatre heures de temps libre. Et aussi qu’elle était indépendante bien plus tôt que moi !!

Celles qui sont déjà mères se sont confiées à Florence mais pour les filles: que retenez vous de votre mère ? Est-ce pour vous une personne qui vous a guidé et aidé à grandir ?

À propos de Sunsh

Soignante à plein-temps, brunch-addict, coureuse des montagnes de l'après-midi, fétarde de la nuit et globetrotteuse continuellement.

Publié le 25 mai 2014, dans Être une gloryboxeuse, Bouillon De Culture, Day By Day, Société, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. vous avez l’air proches !! Ca donne envie de rencontrer ta maman ! Et puis c’est intéressant car on apprend à mieux te connaître aussi au travers d’elle et de ses expériences. Vraiment une chouette idée d’article.

    Moi ma maman m’a appris la gaieté et à aimer les petites choses. J’ai toujours vu ma mère gaie. C’est étrange de dire ça parce que je l’ai aussi souvent vu pleurer (mais bon elle pleure aussi quand elle est contente…) mais j’ai l’impression qu’elle a toujours été souriante, elle ne s’apitoie pas sur elle même, elle se réjouit quand une bouture d’une de ses plantes reprend de la vigueur, quand toutes ses orchidées sont en fleurs même temps, quand elle a réussi un gâteau ! Elle m’a vraiment appris le plaisir d’aimer les belles choses, même infimes. Ce n’est pas une personne compliquée du tout. Et c’est bien de grandir avec quelqu’un comme ça je crois ! En tout cas ça m’a plu et ça me fait toujours du bien de passer du temps avec elle, parce qu’elle est heureuse, reconnaissante et que je l’ai jamais entendu se plaindre !

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  2. Ma mère a eu une vie de jeune femme totalement différente de la tienne ! Elle a grandit dans la campagne bretonne, parmi nombreux frères et soeurs, son père travaillait de nuit et elle n’a pas pu faire les études qu’elle voulait car sa mère l’a inscrite dans une école de géomètre. Elle n’était qu’avec des garçons de campagne, et ça s’est mal passé (ma mère avait un physique très ingrat à l’époque et des problèmes de santé).
    Au contraire de la tienne, bien qu’elle soit partie vivre seule très tôt, elle n’a pas gardé son indépendance très longtemps. Très vite elle a rencontré mon père et tout s’est enchaîné…
    Je dirais que ma mère a étouffée sa personnalité, ses envies, et ses rêves par manque de confiance en elle, puis par amour pour ses enfants, qu’elle a eu tôt.
    Elle s’est mise de côté pour nous.
    Elle m’a guidé énormément dans l’idée de ne pas faire comme elle. Elle m’a laissé exprimer mes désirs et m’a tout donné pour que je puisse y parvenir. Elle m’a aussi, dans un sens, donné ce caractère indépendant. Je ne voulais tellement pas me laisser faire comme elle !
    Aujourd’hui, je suis fière et heureuse de voir qu’elle a su se reconstruire, se relever à 40 ans passé, qu’elle n’a jamais baissé les bras, et ne montre pas de regrets. Elle avance et vit dans l’avenir. C’est une femme forte, qui ne le voit même pas, et surtout que donne tout à ceux qu’elle aime avant même de penser ne serait-ce qu’un peu à soi.

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  3. Dévouée, j’dirais que ma mère est dévouée. A tout.
    (j’ai adoré l’article, ça m’a fait réfléchir à ma mère, son histoire, nos ressemblances et différences!)

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  4. J’ai adoré lire ton article, ta maman a l’air pleine de peps!

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