J’ai choisi infirmière

Le bac est là : vous voici face à des choix qui vont déterminer qui vous serez, ce que vous ferez, bref influenceront toute votre vie. Certains s’orientent vers le littéraire, l’économie, le commerce, les sciences. Pourquoi ce choix et pas un autre ? Qu’est-ce qui nous pousse à choisir une voie ? Comment connaître toutes les formations existantes et, surtout, ce à quoi elle nous forme, la vie professionnelle ? Je me suis intéressée aux infirmières – et futures – de Glory Box, savoir ce qui les a poussé à s’orienter dans cette voie. Et on commence tout de suite avec Adrenaline.

On dit souvent qu’être infirmière c’est par vocation, pour toi ça a été le cas ?
Pas vraiment, à la base, je voulais me diriger vers un domaine artistique. Mais j’avais déjà conscience que c’est un milieu où il est difficile de percer, et bien qu’assez touche à tout, je ne pense pas avoir le talent nécessaire pour me démarquer. C’est à ce moment là que je me suis dit que je voulais faire un métier utile, quelque chose de bien, pour les autres. Vu que j’avais pas mal d’infirmiers autour de moi, j’ai beaucoup discuté avec eux, j’ai été les observer dans leur travail, et je me suis lancée.

Comment se sont passées tes études et vu que c’est une formation qui nécessite beaucoup de stages, quels sont les stages qui t’ont le plus marqué ou qui t’ont le plus appris sur toi ?
Je sais pas encore comment mes études vont se terminer puisqu’il me reste un an de formation. Tout ce que je peux dire pour l’instant, c’est que j’ai été très déçue. Déjà par le programme de formation, j’ai franchement l’impression de ne rien apprendre à l’école et de passer mon temps à faire des recherches sur mon temps personnel pour tenter d’avoir le niveau.
Pour ce qui est des stages, c’est vrai que ça occupe à peu près la moitié de la formation.
Deux stages m’ont vraiment marqué, l’un en bien, l’autre en mal. Les deux m’ont grandi, m’ont permis de savoir quelle soignante je veux devenir. En stage, on n’est plus face à la théorie, aux symptômes d’une maladie et aux traitements qu’on doit appliquer. On est face à des gens qui souffrent, on ne peut plus se contenter d’appliquer ce qu’on a appris à l’école. La posture change, on apprend à écouter, à laisser les gens se décharger sur nous, à prendre la main d’un inconnu.
Donc je dirais que j’ai été très marquée par mon stage en gériatrie, où j’ai vu des gens au bout du rouleau qui en devenaient méchants, le contraire de ce que à quoi j’aspire. C’était très éprouvant de travailler dans cette ambiance avec des gens qui traitent les patients comme des objets, comme s’ils n’existaient pas.
Et au contraire au cours du stage qui m’a permis de travailler aux côtés d’une équipe vraiment professionnelle en réanimation,  m’a donné l’envie de toujours chercher à faire mieux, de ne jamais cesser de me remettre en question, d’avancer, et dans la bonne direction.

Quand tu finiras tes études et seras diplômée sais-tu déjà vers quel(s) service(s) tu aimerais te tourner ? Pourquoi ?
J’aimerais travailler en réanimation depuis que j’y ai effectué un stage. J’ai vu des équipes réellement impliquées, autant avec leurs patients, leurs familles que les internes. Une vraie prise en charge. J’ai eu l’impression d’apprendre tous les jours tant le profil des patients qu’on rencontre est différent à chaque fois. Et surtout, j’ai vraiment apprécié le fait que chaque infirmière n’ait que trois patients à prendre en charge : ça permet de vraiment connaître son patient, l’histoire de sa maladie, ses antécédents, sa famille, ses traitements… J’ai vraiment eu cette impression de prise en charge globale, et c’est comme ça que je veux travailler : je ne me vois pas faire des soins à la chaine sur une dizaine de patients, je veux les connaître, savoir ce que je fais et pourquoi. Enfin, je trouve ça assez génial d’avoir UN médecin toujours présent, contre une multitude de médecin dans les autres services, il est toujours joignable en cas de pépin, et on a l’occasion de le voir toute la journée pour discuter du projet de vie du patient.

Des anecdotes de services ?
Les goûters de fin de stages, les batailles de sérum phy et d’éosine, le jour où une autre étudiante et moi avons désespérement tenté de recalloter un monsieur circoncis, un autre jour où j’ai retapissé le mur de la salle de soins et moi même avec du Venofer (un produit qui PUE et qui TÂCHE). Dans la série caca parce qu’après coup c’est drôle et qu’on y échappe pas dans ce métier, le jour où mon patient en psychiatrie a décidé de retapisser le mur de sa chambre, le lit de son voisin et l’intérieur de sa trousse de toilette avec son caca. Et pour terminer, cette merveilleuse phrase d’une patiente « Ne me touchez pas, je suis une ombrelle », patiente qui m’a d’ailleurs gentiment complimentée : j’étais à ses yeux « très bel HOMME ».
Voilà, un rapide aperçu de la vie à l’hôpital !

Un moment dur qui t’a profondément marqué ?
Le décès d’un patient qui avait la quarantaine dont je m’occupais depuis deux mois. Son fils de 16 ans et sa femme étaient présent lorsqu’il a fait un arrêt. C’était horrible, ce sentiment d’injustice et d’impuissance. On savait qu’il allait mourir, mais le voir, voir sa famille s’effondrer dans nos bras, c’était juste terrible.
Sinon j’ai connu pas mal de moments durs lors de mon stage en gériatrie, au sein d’une équipe blasée et maltraitante envers les patients, ça m’a rendue malade. Qu’on s’en prenne comme ça aux gens les plus vulnérables, qui ont pour seule maison l’hôpital, c’est juste à vomir.

Et un moment de bonheur ?
Il y avait cette petite dame dont je m’occupais en gériatrie. Un jour je suis rentrée dans sa chambre et elle pleurait. Alors j’ai pris une chaise, et comme je n’étais pas pressée, je me suis assise, et on a parlé, longtemps. Et c’est devenu un rituel : tous les après-midi après mon tour, j’allais m’asseoir dans sa chambre et on discutait toute les deux. Elle me racontait sa vie, l’Algérie, le retour en France, sa rencontre avec son mari, ses enfants… Et je lui racontais ma routine d’étudiante. Et puis un jour elle m’a dit « Je pensais que ma vie ne valait plus la peine d’être vécue, et puis vous êtes venue, et je me suis dit que je pouvais encore faire de belles rencontres ». C’est vraiment une patiente qui m’a énormément marquée.
Sinon, en réanimation, le me$édecin avait annoncé la veille à la famille d’une patiente qu’elle resterait en état végétatif (c’est un état où la personne est réveillée mais ne manifeste aucun état de conscience). Lors de mon tour du matin, je vais quand même parler à ma patiente, je prends sa main entre les miennes, et je lui demande d’ouvrir les yeux. Elle l’a fait, et elle m’a fixé. Lorsque je lui ai demandé si elle me comprenait, un peu interloquée, elle a hoché la tête ! Voilà, j’ai vu un genre de miracle et c’était vraiment un moment de bonheur.

As-tu toujours voulu faire en hôpital ou dans l’avenir tu aimerais autre chose ? (libéral, associatif, scolaire…)
J’aime beaucoup le fait de travailler en équipe et la diversité de l’activité qu’on a à l’hôpital. J’aimerais bien partir faire du l’humanitaire, mais ponctuellement. Sinon le libéral est très attractif au niveau du salaire mais je pense que je m’y ennuierai. Donc pourquoi pas faire des remplacements en plus de mes heures à l’hôpital, mais pas en faire ma fonction principale.

Qu’est-ce qu’on pourrait te souhaiter de mieux pour la suite ?
De devenir une bonne soignante, de garder la foi et l’envie de faire pour le mieux. De changer de métier si je sens que ça ne me convient plus avant de devenir mauvaise. Sinon vous pouvez aussi me souhaiter une augmentation des salaires, plus de matériel et plus de personnel dans les hôpitaux, ça serait (vraiment!) pas de trop.

À propos de Sunsh

Soignante à plein-temps, brunch-addict, coureuse des montagnes de l'après-midi, fétarde de la nuit et globetrotteuse continuellement.

Publié le 5 mai 2014, dans Être une gloryboxeuse, Bouillon De Culture, Day By Day, Société, Vis ma vie, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 9 Commentaires.

  1. Oui, c’est incroyable, je trouve ça tellement dingue de donner autant de son temps pour des patients… Bravo à toi Adré et j’espère que tout finiras en beauté pour toi ! 😉
    Et bravo Sunsh , super article , ça fait du bien de revoir ça sur GB!
    Moi je veux bien parler de mon Job ! 😉

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  2. C’est vraiment un très bel article… J’ai beaucoup d’admiration pour votre metier et pour les gens qui l’exercent avec passion comme vous êtes nombreuses a le faire, ici.
    En tout cas c’était une très bonne idée ce thème, j’espere que d’autres filles auront l’opportunité de nous faire partager leurs métiers…

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  3. (Sunsh> tu avais pas reçu mes réponses aux questions?)

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  4. Tu as tout pour devenir une très bonne infirmière Adré 🙂

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  5. Merci Sunsh et Adrenaline pour cet article ! C’est vraiment un chouette métier que tu fais et t’en parles vraiment avec fierté, c’est inspirant. Ca doit être terriblement dur très, très souvent, c’est pas normal que ça soit pas mieux reconnu – tant du point de vue de la rémunération que la reconnaissance sociale.

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  1. Pingback: J’ai choisi infirmière #2 | glorybox

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