Gatsby le magnifique : la critique

C’est peu dire que j’attendais cette nouvelle adaptation de Gatsby le magnifique, l’un de mes livres fétiches, le roman qui, comme à tant d’autres lecteurs me fit connaître Fitzgerald, éminent représentant de la Lost Generation, et son goût pour le désespoir, le luxe et la vie lorsqu’elle se disloque.

Au programme : le mystérieux Gatsby et sa fuite sans égale dans l’espoir et le rêve. Les années 20 : flappers et robe de charleston à perte de vue. Le fantastiquement réservé Nick Carraway. Les zones morales grises. N’en jetez plus ! Et puis, qui mieux que Leo Di Caprio et Carrey Mulligan pour succéder à Mia Farrow et au magnanime Robert Redford dans les rôles titres de la dernière adaptation cinématographique de l’oeuvre, celle des années 70 ? Réalisateur : Baz Lurhmann. C’est là que le projet se gâte.

Si très jeune adolescente, au maximum de ma sensibilité j’avais frémis devant Claire Danes et Léonardo Di Caprio interprétant des Romeo et Juliette torturés et incandescents, été indubitablement épatée par l’ambiance violente de cette Vérone imaginaire aux airs de Caraïbes combustible, je m’étais trouvée, un peu plus âgée, fermement embarrassée devant la débâcle de paillettes, grimaces et outrances rassemblés dans Moulin Rouge. Comme Baz Lurhmann, décidément, a du mal à ne pas en faire trop, cette nouvelle adaptation de Gatsby était annoncée pour sortir sur nos écrans dans cette surenchère cinématographique qu’est la 3D : prouesse dont je ne suis pas certaine de saisir toute la portée. Call me grannie.

Le récit, que le scénario exploite tout à fait fidèlement, est bien connu : Nick Carraway, un jeune homme d’une famille du Midwest déménage sur la côte Est afin de se joindre à l’hystérie collective qui anime à l’époque New York City et s’improvise courtier. Il loue alors une petite bicoque, juste à côté d’une imposante demeure occupée par un homme mystérieux dont on ignore tout si ce n’est l’étendue de sa fortune : Jay Gatsby est connu largement au delà des rivages de Long Island pour ses fêtes toutes plus extravagantes les unes que les autres. Au fur et à mesure du livre, nous apprenons que Gatsby a des origines des plus modestes et tout ce qu’il aura acquis – richesses, biens et personnalité et charisme, le fut à dessein.

L’oeuvre de toute une vie pour ce self-made man audacieux et hardi : attirer l’attention de son premier amour, la très belle et très écervelée Daisy, nulle autre que la cousine de Nick. Daisy aussi aimait Gatsby mais aura épousé Tom Buchanan, héritier fabuleusement riche, fabuleusement vulgaire et stupide, et en plein adultère avec une femme elle même mariée et issue du petit peuple, Myrtle. Par l’entremise de Nick, Gatsby et Daisy se retrouvent, mais elle rechigne à l’idée de quitter Tom et alors que sous le coup de l’émotion elle conduit à toute allure le rutilant bolide de Gatbsy, écrasera Myrtle et prendra la fuite. L’époux de Myrtle, persuadé que Gatsby était au volant et l’amant avec lequel elle le trompait, se rend jusqu’à son palace et consumé par la passion le tue d’un coup de feu. Comme une gamine irresponsable et pourrie gâtée, l’ingrate Daisy, le plus grand mystère de la littérature américaine, quitte la scène laissant son pauvre cousin Nick tirer les conclusions qui s’imposent (la vie est moche, les gens vous trompent, les meilleurs partent les premiers, que m’est-il permis d’espérer?).

Etat des lieux : dans Gatsby, on retrouve, pour quelques instants, un amour perdu de longue date au nom de vagues considérations de classe, nos sentiments sont fragiles et vulnérables, ensevelis sous des strates de bienséance, regrets et déceptions, une série de crimes énigmatiques s’entremêlent de décès qui ont tous le point commun d’atteindre un paroxysme de violence, on perd son sang froid et les histoires d’amour qui débutent, toutes étonnantes et vibrantes qu’elles soient, se délavent dans cette ambiance fin de siècle délétère et légendaire que furent les années 20, où seul demeure certain le désenchantement d’un nouveau venu à New York. Au delà de l’atmosphère électrique que l’on associe aux roaring twenties, Gatsby est un roman tragique à la tristesse palpable. Luhrmann, en maître Loyal débarqué du Cirque Pinder, était-il à la hauteur ?

Le film débute en faisant entorse à l’histoire originelle: en effet on nous présente Nick Carraway, à bout de course, s’entretenant avec un thérapeute, lequel lui conseille, mise en abyme garantie 100 % sans subtilité, de sublimer cette déprime par écrit (écho maladroit à La Fêlure que traversera Fitzgerald en 1936 ?). Poser ce cadre littéraire maximise probablement le ton nostalgique caractéristique des romans de Fitzgerald, mais, surtout, promet au spectateur à l’émotion facile une scène de dénouement bien poignante et cliché : fiévreux d’avoir rassemblé par l’opération prodigieuse de la narration tous ses souvenirs confus, soulagé par l’observation du principe aristotélicien thérapeutique de la mise en récit, Nick, guéri et prêt à affronter la vie ayant mis en ordre ses blessures et déconvenues, ajustera le titre de ses mémoires d’un geste définitif et accompli.

Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin sur la pente du mauvais goût ?

Faire retentir des morceaux de rap us bien gras et archi remixé : en voilà une vraie fausse-bonne idée. En effet le procédé n’est plus franchement original, et si ce genre d’anachronisme pouvait se justifier dans l’empathique Marie-Antoinette de Sofia Coppola – les fêtes et le sacre d’une Reine de France du XVIIIème siècle retranscrits au rythme de pop des années 80 garantissant une certaine proximité avec la cible (spectatrice amatrice de compiles et de vie parallèles), on peut légitimement se demander si, ce coup ci, cela ajoute quelque chose : la légende des jazz parties de la prohibition est a priori parvenue jusqu’à nous, on ne peut pas en dire autant de la musique de chambre qui résonnaient dans les alcôves de Versailles ou des standards de bal de l’Angleterre Elysabethaine (dans Roméo et Juliette déjà on s’étreignait sur les Cardigans). Nous voilà proche de l’indigestion, mais ne manquons pas de saupoudrer le tout d’un jeu d’ acteurs cartoonesque, d’incessantes percées plongeantes de caméra rappelant les animations des jeux vidéos, et de décors carton-pâte qui défigurent l’image que l’on pouvait se faire du New York des années folles.

On est loin de la prose, élégante et délicate de Fitzgerald, on est plutôt dans un de ces parc d’attraction vulgaires et écoeurants.

Le roman à l’origine du scénario n’est lui même pas toujours des plus subtils et se construit sur un symbolisme et des contrastes lourds de sens : nouveau riche – Wallstreet bruissant alors du doux son de la spéculation financière VS « Old money ». New York City, excitante et flambante mégalopole VS le provincial Midwest dont sont originaires les protagonistes. La toute petite demeure de Nick, un cottage coquet, quasi invisible au milieu des demeures huppées débordant de luxe de Long Island. La tricherie – les mystères de Jay Gatsby au parfum de scandale, le cortège d’adultères et, une dimension de l’ouvrage que Lurhmann laisse de côté : la probité douteuse de la championne de golf, Jordan contre l’indissoluble honnêteté, dont Nick, en fils à papa désespéré, ne se défait qu’à moitié.

Le spectateur, en théorie et à l’instar du lecteur, face à ce déballage euphorique de faste et d’arrangements moraux, devrait partager la curiosité et l’appréhension de Nick et avoir le sentiment, à la fois « d’appartenir et d’être à part, à la fois ravi et dégoûté par la diversité inépuisable de l’existence ». Impressions contradictoires mais cohabitant et s’enchevêtrant à la seule considération raisonnable à laquelle consentir : il n’existe pas une bonne façon unique et absolue de vivre mais il nous faut en choisir une tout de même. On survit alors à demi engagé dans son existence, certain que rien n’est définitif et établi, qu’il y aura toujours quelque chose en jeu, toujours moyen de faire de faire le vide pour quelque nouveau péril ou émoi. Ce culot désinvolte, sans façons, provocant et désespérée constitue la contribution littéraire de Scott Fitzgerald. Il est, outre un merveilleux portraitiste et un tout aussi phénoménal narrateur, l’un des auteurs les plus moralistes du 20ème siècle, ne nous avertissait-il pas par la fable de Gatsby du plaisir toxique et convulsif que l’on peut prendre à mentir, falsifier et à se perdre en fantasmagories, mais aussi de la nécessité vitale de rêver et d’idéaliser l’existence, lorsqu’elle n’est pas suffisante ?

Si le Great Gatsby de 2013, en étant franchement fidèle aux thèmes et aux condamnations morales du livre (au point d’y sacrifier toute finesse dans la direction des acteurs) propose une vision honnête (parmi d’autres) du roman de Fitzgerald, Baz Lurhmann ne livre pas pour autant un bon film mais plutôt un produit hollywoodien convenable. Le film est haut en couleur, généreux et baroque. Fitzgerald, résident permanent de la Côte d’Azur à l’époque de la Génération Perdue, aurait sans doute été flatté, au moins amusé, (si tant est qu’un snob de son espèce puisse se laisser aller à exprimer son opinion sans distance) de voir son Gatsby en ouverture d’un événement aussi fastueux que le Festival de Cannes. Mais reste le désagréable sentiment d’être face à un caprice déguisé en hommage somptueux, dont on ressort certes galvanisé, la rétine frappée, voire agressée par un tel tapage, mais qui ne laisse pas pour autant un souvenir impérissable ni d’inépuisables émotions cinématographiques.

Publié le 23 juin 2013, dans Bouillon De Culture, Ciné, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 9 Commentaires.

  1. « J’ai également beaucoup aimé la poésie de certaines scènes, le thé chez le narrateur (on aurait dit du Burton dans Big Fish), la visite du château de Gatsby… »

    Moi aussi, ce sont les moment que j’ai préférés en fait ! Sinon le reste du temps, le côté « carton pâte » que tu décris Grey m’a effectivement pas mal dérangée : autant le hip-hop en fond sonore (qui essaie quand même d’être jazzy par moments) m’a pas semblé gênant (sans apporter grand chose non plus, c’est vrai), mais le côté « plastique » du film m’a par contre plus embêtée. C’est surtout une question de goûts, mais j’aime mieux quand c’est visuellement un peu plus « organique », je sais pas comment dire, j’avais l’impression de voir les effets spéciaux, et ça casse mon illusion cinématographique ce genre de choses.

    Sinon l’autre chose qui m’a gênée c’est qu’effectivement, un tout petit peu moins vers la fin mais pendant les 3/4 du film, tout est toujours en force, y a pas de nuances, même dans un scène censée être « calme » et où tu voudrais te reposer, il continue avec de la musique toujours grandiose, et ça fatigue un peu je trouve. Il se calme vers la fin j’ai eu l’impression (ou je me suis habituée), mais du coup ça m’a donné une impression à la fois superficielle et « sans répit », tu peux pas te poser, assez bizarre.

    A part ça j’ai quand même bien aimé, ça reste une adaptation valable je trouve, mais ça n’a rien à voir avec Romeo+Juliette que j’avais adoré, et qui me paraissait moins « artificiel » que celui-là (j’ai pas vu Moulin rouge tiens, faudra que j’y pense).

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  2. Je n’ai pas lu le livre, mais j’ai vu et adoré le film avec Mia Farrow et Robert Redford. Et j’ai beaucoup aimé cette version. Parfois les scènes me semblaient un peu longues et surfaites, comme la fête avec le feu d’artifice, même si esthétiquement je trouvais ça superbe. J’ai bien aimé aussi la différence de point de vue avec notamment la scène du thé où DiCaprio en fait un peu trop par rapport à l’autre version. Mais globalement je trouve que c’est intéressant de comparer les deux entre la première beaucoup plus sobre et celle ci, plus extravagante à tous les niveaux.
    Par contre, je n’ai pas aimé l’ajout avec le docteur qui demande à Nick d’écrire ce qui lui est arrivé, j’ai trouvé ça inutile. J’y suis allée avec un énorme a priori et la peur de m’ennuyer parce que j’avais revu le film très récemment mais j’en suis sortie agréablement surprise !

    (Bon et puis, j’ai vu et entendu mon pseudo pendant 3h, je ne pouvais pas rester insensible !)

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  3. Tout comme Narcisse, je trouve la critique dure, mais très intéressante quand même (et tellement bien écrite).
    Comme je le disais sur le forum, j’ai donc vu le film et lu le livre, et de manière personnelle j’ai trouvé le film très bien fait. En fait les points négatifs énoncés ici me semblent être des points réussis dans ce film, accentuant souvent les idées que voulait véhiculer Fitzgerald. Pour moi c’est l’oeuvre, mais en accentué, en plus fantasque. C’est dans cette optique que je considère ce film comme étant une bonne adaptation.

    Néanmoins je vais sans doute revoir ce film une seconde fois afin de me forger un avis plus objectif (j’ai la rétine facilement impressionnable).

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    • Merci pour les compliments en tout cas !! Mais je suis d’accord c’est une bonne adaptation, ensuite au delà du scénario, je me demande si le film tient la route, sans doute trop fantasque pour moi ! Est ce que tu as aimé les précédents films de Baz Lurhmann ?

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      • Je n’ai pas vu tous ses précédents films, mais néanmoins les plus connus dont tu parles en début d’article. J’avais beaucoup aimé Moulin Rouge et un peu moins Romeo + Juliette (j’en ai même gardé peu de souvenirs en fait). En fait ce que j’apprécie c’est que Lurhmann n’a pas triché ici dans Gatsby, il a réussi à bien adapter le roman tout en ajoutant sa touche personnelle. Son style est visible comme il l’était dans Moulin Rouge, il est fidèle à lui-même. C’est comme Tarantino, on adhère ou on n’adhère pas !

        Mais ton point de vue m’intéresse beaucoup car je n’avais jamais vu ses films de cette manière là, sans doute que oui, c’est très fantasque, presque baroque, parfois surprenant voire ridicule. En fait j’ai toujours vu ses films sans m’attendre à quoi que ce soit, et j’ai été impressionnée (je suis très très sensible à l’esthétisme et ce n’est pas ce qui manque dans Gatsby ni dans ses autres films, donc mon sens critique a peut-être été altéré). Du coup ce n’est peut-être qu’une belle peinture pour cacher le médiocre? A revoir donc, et d’un œil plus critique.

        En tout cas merci pour cet article intéressant !

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  4. Argh. Dure la critique.

    Moi qui croyait être exigeante, je me découvre en fait indulgente !

    J’ai adoré le procédé d’entrée et sortie du film, clin d’oeil au roman inachevé de Fitzgerald, mais aussi significatif sur du point de vue du développement de la voix narrative au cours du film. Au début hésitant, un peu brouillon et clairsemé, puis finalement de plus en plus lucide, tout en adoptant cette double vision sur le présent (celui qu’on vit et qu’on revit).

    J’ai trouvé les acteurs bons, notamment Daisy, le personnage m’a même semblé un poil plus fouillé que le livre. Bon certes question du goût, mais j’ai aussi trouvé que le faste et le côté absurde des grandes fêtes cernaient tout à fait l’esprit du livre, on sent la décadence à plein nez, on sent à la fois l’absence de morale/de mesure mais aussi toute l’absurdité dans laquelle nage tout New York sans même s’en rendre compte.

    Gatsby est également bien traité, entre le personnage charismatique et le truand, entre le prolo qui accède à un rêve de grandeur et l’aristocrate dans l’âme qui se retrouve par hasard à naître dans une mauvaise famille.

    J’ai également beaucoup aimé la poésie de certaines scènes, le thé chez le narrateur (on aurait dit du Burton dans Big Fish), la visite du château de Gatsby…

    Le côté « cartoon » pour moi participe justement de la fable qu’est New York en ce temps là : un lieu complètement rêvé, où rien n’est ce qu’il semble être. Qui contraste atrocement avec l’endroit où vit la maîtresse, sale, puant la misère, où il n’y a aucune poésie ni rien de léger. Le cartoon c’est aussi pour signifier le rêve dans lequel s’est enfermé Gatsby, le mythe d’un retour à l’origine, d’un idéal trop lointain qu’on ne peut pas attraper mais qu’on aimerait restaurer.

    Gatsby aime-t-il vraiment Daisy, ou aime-t-il ce qu’elle représente dans sa mémoire ? Gatsby a-t-il conscience d’être un truand ? Est-il vraiment un nouveau riche, ou quelqu’un qui s’est juste « dévoilé » (y a une thématique intéressante qui est également présente dans les livres de Marivaux par exemple : l’inadéquation avec son milieu, l’idée qu’on est né au mauvais endroit mais qu’on est intérieurement autre).

    Bref, article intéressant, même si de mon point de vue un poil dur quand même !

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    • En tout cas tu le défends bien ! Le personnage de Gatsby est grandiose oui, et Di Caprio a les épaules pour, et effectivement c’est très intéressant de le comparer à un personnage « marivaldien » (pas certaine de mon adjectif là !), je crois que pour ma part c’est vraiment le cinéma de Baz Luhrmann qui bloque, trop jubilatoire, trop poussif, trop kitsch et pétaradant, trop « trop » ! Le contexte historique s’y prête tu as raison, du coup ça en fait une bonne adaptation, c’est une vision de Gatsby qui se défend ça oui! As tu vu l’autre version véritablement connue (car il y a eu des adaptations TV aussi), celle de 1974 ? C’est assez chouette de les comparer car elles sont vraiment différentes tout en étant très fidèles au livre !

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      • Je comprends, et d’ailleurs les « réserves » que j’ai ne change rien au fait que ta critique est très bien écrite et fondée (effectivement, ce genre d’effet on aime ou ou n’aime pas !).

        Je n’ai pas vu celle de 1974, mais si tu dis qu’elle est bien je vais essayer de la voir en rentrant chez mes parents 🙂

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  5. Je voudrais lire le livre avant le film, alors je suis encore loin de pouvoir donner mon avis sur ce film. Je reviens dès que c’est chose faite !

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