J’ai testé pour vous: être aux rattrapages

Que toutes celles et ceux qui ont connus directement ou indirectement la hantise, le calvaire que dis-je le fardeau que sont les rattrapages lèvent la main ! On voit avant tout les rattrapages comme une seconde chance pour tous ces étudiants qui s’y sont pris un peu trop tard dans leurs révisions, auront eu le génie de faire l’impasse sur des notions qui sont malencontreusement tombées le jour J ou ont tout simplement raté un examen. Mais pour tous ceux qui se retrouvent, un mois après leurs potes de promo déjà en vacances, à gratter sur les bancs de la fac, la repêche c’est avant tout et principalement : la MERDE ! Personne ne se rend compte du poids que cela peut être, une enquête de terrain s’imposait.

© Stéphanie de Sakutin/AFP

© Stéphanie de Sakutin/AFP

D’abord : le moment du choc ou l’épreuve de la réalité pour les plus pragmatiques d’entre nous qui s’y étaient préparés. Sauf qu’on est jamais vraiment prêt à voir son nom sur la même ligne que ce terrible adjectif, dont on découvre l’existence funeste au même instant, « ajourné ». Là, la promo, ou les meilleurs amis du monde, se déchirent en deux clans : ceux qui sont libres comme l’air et ceux qui voient déjà par anticipation, les nuits blanches à venir, les soirées à annuler et les manucures fichues à force de détruire tous les trombones qui vous passeront entre les mains à cause du stress et de l’anxiété. C’est vrai que c’est tellement sympa les partiels, on prendra bien un peu de rab ?

Quand tu appartiens au deuxième clan tu voues une haine sans merci à toute personne qui aura l’impudence de partager sur les réseaux sociaux sa joie. Pensez à ceux qui lourdent enfin ! Tu détestes également les autres recalés convaincus que le monde s’écroule autour d’eux et toute la durée de ta repêche baignera dans cet atmosphère glauque de colère et d’incompréhension. Tu honnis encore davantage les profs, ceux qui t’envoient des mails pour te rappeler où tu as échoué et qui t’annoncent les barèmes, triplement bâtard comparés à la session une. Mais la personne à laquelle tu réserves la haine la plus féroce, la détestation la plus pure et sans mélange, et bien, c’est TOI. La débile qui a brûlé ses fiches juste après les examens pour évacuer toute la rage et la fatigue accumulée. Un choix s’impose : soit reprendre tes 200 pages de cours police 8 et les ficher, bis repetita ; soit appeler un pote (généralement celui qui a validé finger in the nose) pour qu’il te passe ses cours et là, tu n’échapperas pas à la remarque faussement désolée : « Oh mince, tu es aux rattrapages. Ma pauvre ! Ca va aller ! Courage, ce n’est pas facile pour tout le monde.»

C’est à cet instant précis que l’on appréciera toute la portée de la « deuxième session » (politiquement correct pour « repêchage »), ce doux moment où l’événement se concrétise, existe à part de soi, ces heures bénies entre mille qu’on appelle aussi…

Le temps de la honte : et oui, forcément il vient un moment où au lieu de crâner avec nos brillants résultats, on annonce aux parents, aux copains, à la famille et à tous ceux qui ont validés et te harcèlent de message : « On se bourre la gueule ce soir pour fêter ça ??? », qu’en ce qui nous concerne, personnellement mais ça n’engage que nous, on remet ça, les révisions en urgence, la collection de papiers brouillons et le sale goût de colle des coins des copies d’examens. C’est pas tout d’accepter la nouvelle, encore faut-il l’assumer publiquement. La vérité, rien que la vérité je le jure : j’ai eu cinq matières à rattraper, et ça juste pour le premier semestre. Franchement ? Ca s’est super bien passé.

S’en suivent d’interminables discussions pour expliquer le pourquoi du comment tu as échoué, pour au final que l’on te dise la même réponse standard : « allez, ça va le faire. Ca arrive à tout le monde. Ce n’est pas un drame. » Encore heureux que ça n’en est pas un ! Mais apparemment pour les parents c’est autre chose… Si tu as des parents qui refusent l’échec de leur enfant même quand il y a prescription, ils vont vouloir voir tous tes profs pour leur apprendre leur métier. Si tu as plutôt des parents qui sont toujours du côté du corps enseignant tu es bonne pour la saucée, que tu aies 18 ans ou 21 ans. Si comme moi, tu as des parents qui rentrent dans les deux catégories, et bien tu es bonne pour regarder tes parents s’engueuler entre eux. Là, tu penses avoir échappé à l’abattage mais en fait ils finissent toujours par se liguer contre toi et te voilà enfermée dans ta chambre en mode Cosette bachotte.

Portrait de Juliette dormant de Courbet

Portrait de Juliette dormant de Courbet

Car il est maintenant temps d’accepter et préparer les révisions. Tu es condamnée à réviser durant tout le mois de juin tout en essayant de garder un semblant de vie sociale pour ne pas qu’on t’oublie. Tu tentes en vain de suivre ton programme de révisions intensif établi dans un élan de motivation et d’optimisme suprême, où tu t’es dit que réviser tout le cours, les TD, les TP et faire des recherches pour chaque matière ça serait plus chouette. Même si cette année, pour nous autres chanceux qui sommes aux rattrapages (ou qui passent leur bac), bref, prisonniers des révisions, il fait un temps de cochon ce qui nous retire tout remord à rester enfermé en BU ! Pour une fois nous ne jetterons pas la pierre à la météo.

Le jour-J arrive enfin, la première épreuve va commencer. Prépare toi à être entourée majoritairement de « losers » : ceux qui hantent les bancs de la fac et qui semblent y être depuis des décennies. Parmi la masse de gens qui se rassemblent lors de la session 2 (une sorte de Primavera Festival cru « cour des miracles ») on pourra retrouver aussi les athlètes qui se sont faits avoir par le système douteux de la fac, les paumés qui ne savent pas quoi faire de leur vie, les paumés qui n’étaient pas au courant que les partiels étaient déjà passés, les véritables stressés (en général la cause de leur échec), ceux qui persistent à avoir leur année même après trois ans de tentative, ceux qui ont raté les compensations de peu… Ajoutons à cette population les professeurs hargneux d’être convoqués à cette époque de l’année pour surveiller nous autres déchets des partiels et qui estiment eux aussi qu’ils auraient mieux à faire. Et on ne va pas te mentir, la légende qui veut qu’on note sec aux rattrapages est… véritable.

Après avoir survécu à cette ultime salve d’examen, viendra enfin le temps du verdict, imparable, fidèle au poste, la même angoisse qui te saisissait lors de la première session te tétanise entièrement. Ca fait plaisir de pouvoir compter sur quelqu’un, y compris dans ces moments difficiles. Ce drôle d’adjectif, « ajourné », te hante encore nuit et jour. Le jour de la mise en ligne des résultats – il est hors de question que tu te déplaces pour le plaisir de constater de visu que tu es recalée pour la deuxième fois et prenne le risque inconsidéré de pleurer en public, réduite à tes plus certaines extrémités, tu pries. Mamie prie, Papa et maman également. Tes potes aussi mais parce que sans toi les soirées beuverie sont moins drôles.

Tu en es bien consciente chère lectrice, deux scenarii s’offrent à toi : en cas de réussite, disposer d’assez de crédit ou/et de batterie pour le dire à tout le monde, même à La Dépêche, et rassembler assez d’espèces afin de s’offrir : 1) un verre 2) un bon resto 3) une tournée pour tous les potes que vous avez saoulé. En cas d’échec définitif : disposer de suffisamment de crédit pour convoquer un comité de potes en urgence pour oublier ce mauvais moment. Et ainsi se préparer à l’annoncer aux parents et à mamie qui prie toujours.

Cela dit, être aux rattrapages présentent quelques avantages par exemple, faire l’expérience de l’université sous un autre angle. La queue au self en période de secondes révisions ? Oubliée. Pas de préparation mentale et physique nécessaire afin d’obtenir une place en BU. En plein mois de juin, à part les petits lycéens, il n’y a pas un chat. Et si un futur bachelier tente de vous piquer une place, on trouve toujours un moyen de le faire fuir en quatrième vitesse grâce au super pouvoir de nos cernes de meuf en exam depuis 6 semaines d’affilée ! Si toute l’année on a calculé l’heure exacte pour qu’il n’y ait pas trop de monde dans la rame qui nous amènera en cours sans pour autant être à la bourre, en juin aussi nous voilà drôlement tranquille. Enfin, pendant que tous tes amis font la fête nuit après nuit au cours du mois de juin, ton compte en banque roupille sereinement et tu te retrouves avec un budget soldes / été con-si-dé-ra-ble et le foie détoxifiée et prêt pour toutes les aventures suite à ce petit répit impromptu.

Alors bon courage à toutes celles qui vivent le stress des rattrapages, à la fac ou en école. On se sert les coudes dans la difficulté, parole de scout ! Et félicitations à celles qui ont déjà validés et se la coulent douce !

À propos de Sunsh

Etudiante à plein-temps, brunch-addict, coureuse des montagnes de l'après-midi, fétarde de la nuit et globetrotteuse continuellement.

Publié le 20 juin 2013, dans Être une gloryboxeuse, Day By Day, J'ai testé pour vous, Société, Vis ma vie, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Pour moi le pire c’est vraiment d’assumer. La seule fois où je suis allée aux rattrapages, mes parents étaient super optimistes alors que moi PAS DU TOUT, je savais que je ne ferai pas mieux mais eux étaient persuadés que j’allais réussir (ou tout du moins ils ne voulaient pas m’enfoncer haha) et c’était horrible de savoir que j’allais les décevoir. Et puis j’ai redoublé, j’ai vécu ça comme un véritable échec au début… et puis ça m’a permis de réfléchir à ma réorientation, de faire les bons choix de matières l’année d’après (et de cartonner hinhin) et finalement je suis contente d’être passée par là ! En tout cas ton article est vraiment cool, on s’y retrouve tellement.

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  2. Très sympa cet article!! Je me suis beaucoup reconnue dans tout ce que tu disais car j’ai connu en 1ere année et 3ème année des rattrapages cauchemardesques. Je confirme en tout cas le fait que les profs notent encore plus sec aux rattrapages, le pire c’est en 3ème année car de toutes façons ils filtrent au maximum pour le passage en master.

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