En route pour Florence

Syndrôme de Stendhal: maladie d’ordre psychosomatique, provoquant tachycardie, suffocations, vertiges voire hallucinations chez certains individus exposés à une surcharge d’oeuvres d’art. Appelé ainsi en référence à l’expérience vécue par Stendhal lors de son voyage à Florence, en 1817. Ainsi qu’il l’écrit dans son journal à l’époque: «J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber.»

Pélerinage culturel, «voyage sentimental », voire choc esthétique : autant de bonnes raisons de faire de la Toscane votre prochaine destination de vacances!

A l’époque où le royaume français s’épuise en batailles et vit au rythme des extensions ou diminutions de frontières, les villes italiennes, constituées en communes autonomes rayonnent. Florence notamment. Dès 1434, les Médicis sont à la tête de la ville, cette petite ville toscane est alors une république et ce sont les habitants de la ville, de riches marchants, qui portèrent Côme l’ancien au pouvoir. L’artisanat et le commerce sont en plein essor, les marchants florentins s’insèrent même sur le marché européen, important des tissus de Flandre et de France, de la teinture d’orient, en faisant de précieuses étoffes. Florence, bénéficiant de connaissances exceptionnelles en métallurgie est aussi le premier fournisseur d’armes en Europe et c’est en Toscane que débutent les premières activités bancaires, et ce contre le péché d’usure et les interdictions du Vatican, projet couronné de généreux profits comme on ne peut que le soupçonner.

Mais sous ses apparences de république, Côme règne en maître: c’est lui qui choisit les candidats aux postes officiels de la ville et ses ressources financières sont telles qu’il parvient à ménager la population, en garantissant prospérité à ses citoyens. Disposant d’une kyrielle de talents, Côme aura été banquier des Papes et des Rois, mais aussi commerçant de produits de luxe, industriel dans le domaine de la laine et de la soie, il est à l’origine du trésor des Médicis, que ses successeurs enrichiront. Sa fortune considérable lui permet d’ailleurs d’investir dans l’architecture, la sculpture, la peinture, l’orfèvrerie. Il s’intéresse également à la collection de manuscrits – anciens et récents, au point d’ouvrir la première bibliothèque publique d’Europe. Mécène, cultivé, encourageant la science, les arts, le commerce, il fait de Florence le joyau de la Toscane, contre ses rivales Lucques, Pise et Sienne.

C’est sous le gouvernement de son petit fils, Laurent le Magnifique, lui aussi mécène avisé, poète à ses heures et stratège politique que Florence connaît son apogée. Elle jouit en effet d’une grande prospérité et représente un foyer intellectuel et artistique de premier plan. Mieux, la politique extérieure de Laurent, fondée sur le principe d’équilibre entre les États italiens, assure le maintien de la paix, qu’il conçoit comme essentielle au développement du commerce et des affaires.

L’âge d’or de Florence prend fin au tournant du XVI ème siècle : Charles VIII, roi de France envahit l’Italie. Un gouvernement théocratique est instauré, mais, Florence défiant la papauté romaine, sera renversé. Les Médicis redeviendront maître de la ville. Depuis, la Renaissance et l’Humanisme, dont Florence fut incontestablement le berceau, se sont à présent propagées au delà des collines toscanes : la cité a perdu de sa superbe et a trouvé d’avides concurrents.

Elle restera pour autant la ville de Dante, Giotto, Donatello, Fra Angelico, Botticelli, Machiavel. Galilé, né à Pise mais protégé de Côme II fera des observations à Florence, on peut d’ailleurs voir ses instruments au Musée d’histoire de la science de la ville. Da Vinci et Michel-Ange séjourneront également dans la cité florentine. La première académie du dessin y est crée, mais aussi la première académie des sciences ainsi qu’une école philosophique : celle du néoplatonisme médicéen, fondée par Laurent de Médicis.

Bref à Florence l’art est absolument partout – dehors les sculptures se bousculent, les marbres des façades étincellent, mais prenez aussi le temps de pousser la porte d’un des nombreux palais et musées dont regorgent la ville.

Dans la cathédrale Santa Maria del Fiore (le célébrissime Duomo) vous admirerez l’impressionnante coupole, prouesse technique réalisée par Brunelleschi, et soupirez devant les Giotto, Donatello et Michel-Ange qui y sont abrités. Indispensable également, un détour par Santa Croce, la basilique qui donna des palpitations à Stendhal, où reposent les illustres Machiavel, Galilée et le grand Michel-Ange. Cherchez y les fresques de Giotto (vous en trouverez aussi à Santa Maria Novella) : ses œuvres, qui remontent au Trecento sont à l’origine du renouveau de la peinture occidentale. C’est l’influence de sa peinture et de son don pour représenter et magnifier ses personnages, contrastant avec les visages grossiers, les expressions rébarbatives peuplant les icônes de son époque, qui provoquera le vaste mouvement artistique de la Renaissance et de l’Humanisme. De Giotto, vous ne pourrez pas manquer l’oeuvre monumentale qu’il laissa à la ville : son campanile, merveilleuse tour de plus de 80 mètres de haut, incrustée de marbre rose, de statues et de bas reliefs, avalanche de dentelle, de colonnettes et de détails, un chef d’oeuvre de poésie et de grâce… Le Duomo et ses accolytes : campanile, baptistère, apparaissent subitement au détour d’une rue, et, pour peu que la lumière soit clémente et se reflète contre ses façades, vous n’oublierez jamais votre première rencontre !

Aux Offices, palais édifié dans la deuxième moitié du XVIème siècle par Côme Ier pour rassembler l’administration, c’est dans La Naissance de Vénus, Le Printemps, du florentin Botticelli, que vous trouverez les vierges aux expressions les plus gracieuses. Attardez vous aussi devant L’Annonciation de Léonard de Vinci, scène traditionnelle de la peinture que Da Vinci traite selon sa technique du sfumato. Puisque vous êtes prudentes, vous ne manquerez pas de réserver à l’avance une visite du Corridor de Vasari : surplombant une des deux rangées des bijouteries ornant le Ponte Vecchio, il permettait aux Médicis de rejoindre le Palais Pitti depuis le Palazzo Vecchio et les Uffizi sans craindre les dangers de la rue…

Et bien sûr, vous n’oublierez pas la Galleria dell’Accademia, ne serait-ce que pour le colossal David de Michel-Ange – une sorte d’improvisation du grand maître : Michel Ange, après avoir travaillé à Rome et Sienne, ayant relevé le défi proposé par la municipalité de tirer parti d’un reste de bloc de marbre blanc de Carrare fissuré, laissé à l’abandon et originellement destiné à la construction du Duomo, sur lequel plusieurs sculpteurs s’étaient auparavant échiné sans succès. Le résultat? Un éphèbe, déterminé, s’apprête à gagner son combat contre le monstrueux Goliath. La statue deviendra le symbole de Florence, jeune république menacée par de puissants rivaux.

Bref, Florence est une destination indispensable pour les passionnés d’art, ou ceux qui voudraient dépoussiérer leur connaissance de la Renaissance in situ! D’une beauté époustouflante c’est aussi le cadre idéal pour des vacances en amoureux, comme l’atteste A Room With A View, l’adaptation par James Ivory du roman de E.M. Forster… Au XVII ème, XVIII ème siècle, les jeunes gens cultivés d’Allemagne et d’Italie avaient l’habitude de faire de Florence, entre Venise et Rome, une étape de leur Grand Tour : voyage initiatique destiné à parfaire leur éducation (militaire, intellectuelle, culturelle ou… sexuelle), et, pour achever de vous convaincre, voici un carnet d’adresses (testées et approuvées) pour les estomacs sur pattes !

Les enoteca sont des bars à vins où vous trouverez aussi antipasti et toutes sortes de fromages pour accompagner vos dégustations de chianti. Parfait pour commencer la soirée ou… la prolonger ! Les vinaii sont eux une spécialité florentine : de petits stands coincés dans des ruelles où l’on débite à une cadence infernale des vrais paninis replets et dégueulant de roquette, mozzarella, truffe ou prosciutto. Le déjeuner sur le pouce idéal entre deux visites. C’est aussi très convivial : on mange debout, à même le pavé, entouré d’italiens. Si l’on a encore une petite faim, une seule solution : une gelati. Le plus difficile sera sans doute de choisir parmi les dizaines et dizaines de parfums… Les gelaterie étant généralement ouvertes jusqu’à minuit, lors des soirées d’été séchez le tiramisu au restaurant pour prendre votre dessert en vous promenant dans le dédale des places et des ponts de Florence la nuit…

Les trattoria sont les restaurants les plus répandus et vous donneront un bel aperçu de la cuisine italienne : vous y trouverez les antipasti, les primi piatti (les pâtes), les secondi piatti (viande généralement puisque l’on est dans les terres), c’est archi simple, presque brute, et c’est… à se damner. A Florence on est assez carnivores, les spécialités sont le foie, les trippes et surtout le décadent bistecca alla Fiorentina, une impressionnante pièce de bifteck grillé que l’on accompagne de vinaigre balsamique, roquette, et que l’on partage entre tous les convives. La pizza est plutôt d’origine napolitaine mais en Toscane aussi les amateurs trouveront satisfaction ! Enfin pour préparer votre pique nique vous vous rendrez au Mercato Centrale, une halle couverte gigantesque où vous pourrez acheter (ou rapporter à domicile!) pecorino, prosciutto, tomates séchées… Il y a aussi des stands de pâtes, de légumes marinés, et vous retrouverez toutes les spécialités d’Italie, notamment les arancini, ces grosses boules de riz contenant une farce de ragu et de petits pois, ou d’épinards et mozzarella, qui proviennent à l’origine de Sicile et auxquels je ne peux pas penser sans émotion.

La prochaine fois on s’éloigne un peu de Florence pour explorer les alentours… Ciao !

Publié le 24 février 2013, dans Day By Day, Voyages, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. Je me rends compte que je n’avais jamais posté sur cet article !
    Florence, c’est vraiment une des villes européennes pour laquelle j’ai un véritable coup de coeur ! Autant l’architecture, l’art, l’ambiance ou la nourriture…
    Et tes petites références historiques et culturelles ajoutent un petit plus parfait !!

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  2. une de mes villes préférées…c’est bon de revoir ces qq clichés, ça me remplit d’une douce nostalgie…

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  3. Merci pour cet article super instructif ! J’y suis allée quelques jours l’année dernière et j’ai beaucoup aimé, c’est une ville où j’aimerais beaucoup retourner, au printemps cette fois! J’ai trouvé la ville magnifique, avec les fresques à chaque coin de rue raaaah. Je crois que ce que j’ai le plus aimé, c’est la visite du couvent San marco où j’ai vu l’Annonciation de Fra Angelico qui m’a bouleversée ET évidemment La naissance de Vénus ! Et monter en haut du Duomo 😀 J’ai hâte de lire le prochain article en tout cas.

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  1. Pingback: En balade en Italie | glorybox

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