24 heures dans la peau d’une étudiante équipière à Mc Donald’s

Comme 46% des étudiants français (étude Institut BNV) en 2012 je travaille à côté de mes études pour payer mes dépenses quotidiennes – entres autres : mon loyer.  Nous autres, étudiants salariés menons une double vie : élèves le jour et serveur, cuisto, vendeur, prof’ à domicile… la nuit. Tout petit boulot est bon à prendre, le plus dur étant de trouver quelque chose qui ne vient pas compromettre notre réussite scolaire. Comme bon nombre d’étudiants avant moi, je me suis retrouvée équipière polyvalente à Mcdonald’s.

Bienvenue dans ma peau pour 24 heures : on part vendre du Big Mac.

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6 h : le réveil sonne et me balance en pleine figure la réalité : hier soir j’ai fini à 23 heures et en arrivant chez moi je me suis rendue compte que je n’avais pas fait mon TD de Biologie moléculaire pour ce matin 8h. Le plan c’était pourtant à la base : plancher sur mon TD, à minuit avec des cure-dents pour maintenir mes yeux ouverts.

7 h : je suis en route pour la fac et mes huit heures de cours la tête encore dans le brouillard. Je positive en me disant que ce soir c’est le week-end et que je vais pouvoir dormir.

12 h : le téléphone sonne, Mc Donald’s m’appelle pour prendre un horaire supplémentaire ce week-end. J’accepte, l’appât du gain vainc toujours.

17h30 : mon cours termine à 18h mais je m’éclipse discrètement pour aller travailler à 19h. Je pars plus tôt pour éviter les bouchons, et être à l’heure pour le début de mon shift.

18h55 : je suis devant la pointeuse, en tenue et je vois déjà le monde s’agglutiner aux caisses. On pointe en avance pour prêter main forte aux quelques équipiers sur le terrain qui courent dans tous les sens. En quelques minutes chacun a pris place à son poste et on peut attaquer le rush sereinement. Je suis en caisse ce soir et je me prépare à servir tous les genres de clients qu’on peut retrouver au Domac un vendredi soir : les familles nombreuses, les groupes de jeunes, les hommes machos, les personnes qui te prennent de haut, les indécis qui te font perdre un quart d’heure, les impolis, les blasés de la vie, et bien sûr les saints, émissaires de Dieu sur Terre, les Mères Térésa de la grande arche jaune (= des clients polis, aimables, souriants).

19h02 : mes premiers clients – une famille (très) nombreuse commande à emporter : 10 menu best-of et 13 menu maxi, des desserts en plus et 8 sandwichs en supplément. Je souris extérieurement mais j’ai envie de pleurer : 130 euros de commande. Heureusement, un équipier se met sur ma commande et à deux on assemble rapidement la commande.

19h34 : une quinzaine de commande plus tard et toujours autant de monde devant ma caisse, un client vient hurler au scandale car il lui manque les sauces ketchup et mayo. Toujours avec le sourire mais des envies de meurtre je lui explique que les sauces sont à demander, qu’on ne les donne pas automatiquement pour éviter le gaspillage, que si dans un autre macdo c’est différent ici c’est comme ça et nous n’y pouvons rien. Un petit « je suis désolée » suivi d’une mine de petit hamster mignon et le tour est joué, le client descend de  ses grands chevaux et repart tout gêné.

20h10: Tout le monde court de partout. Je me cogne avec une équipière et mes boissons fraichement préparées se répandent sur mon tee-shirt et le sol. On garde son calme, on rigole une seconde et on repart assurer le rush avant que les clients ne s’impatientent.

20h18: Une autre famille, c’est la mère qui commande pour tout le monde. Pas un bonjour, pas un merci. Je ne fais donc pas d’efforts non plus. Par malheur, on se comprend mal pour un sandwich (elle dit un Mc Bacon et je comprends un Royal Bacon parce que 90% des clients qui disent ça pensent au Royal. Au final en plus elle voulait un wrap bacon) et c’est le drame: il faut faire un remboursement parce que ce n’est pas le même prix, elle s’énerve parce qu’elle doit attendre son sandwich et lance à son fils: « tu as intérêt de bien travailler à l’école pour ne pas finir comme elle à servir les autres ». Mon sandwich à la main, la bouche bée et les yeux ronds je me vois déjà lui marteler la tête à coups de wrap mais parce que c’est interdit je lui tends son sandwich avec un grand sourire et je glisse un « désolée d’être étourdie, je sors d’examen. Parce que je suis étudiante ».

20h20: je prends un verre d’eau et vais m’enfermer trente secondes dans les toilettes pour pleurer. Ce qu’elle m’a dit m’a vexé.

20h45 : ça y’est, le rush se termine : le drive est vide et en salle les gens sont tous en train de vider leur plateau dans la poubelle, on peut donc commencer à ranger le terrain. On s’organise, on jette les pertes (tous les sandwich passés de plus de 10 minutes) , on vide les poubelles, on nettoie les surfaces et balaye le sol avant le départ des équipiers qui finissent à 21h.

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21h30 : une grosse partie de l’équipe est partie mais pas les clients qui reviennent en masse au drive et au comptoir. L’attente pour les sandwich est plus longue et les gens s’énervent. C’est reparti pour le grand conflit du siècle, plus palpitant que le Moyen-Orient : LES SAUCES ! Ca finit même en insultes. Suite à une nouvelle réglementation qui fait que les sauces potatoes ne sont plus distribuées qu’à raison d’une par portion de patates, un client crie au scandale et invente des dizaines d’exemples pour montrer son mécontentement. La manager arrive et lui demande de se calmer, ça se termine par un joli « Sale pute, sors pas d’ici sinon je te saigne ». Réponse proportionnée ? Qu’en penserait Ban Ki Moon  ?

22h45 : encore quelques clients en caisse, la manager passe pour nous encourager à garder le rythme (tels les esclaves dans les bateaux romains).

22h50: Plus personne ni au drive ni au comptoir, mes copines et moi nous profitons de ce moment de calme pour discuter de tout et de rien, mais surtout des derniers potins qui circulent en salle de repos. On se marre bien, si vous voulez savoir: Pierre et Marie ont fricotté ensemble dans le stock, Pierre et Jules ne se parlent plus car Marie était encore avec Jules à ce moment-là et maintenant ça se règle à coup de salade batavia et de sauce ketchup. Pauline ne sent plus depuis qu’elle est passée chef d’équipe et crie des ordres à tout le monde… Et ainsi de suite… ! Que des informations primordiales. Dans une équipe jeune, avec dans notre restau une majorité de filles ça piaille sans cesse !

A 23h15: C’est l’heure pour moi de partir. A demain toute l’équipe ! Dans les vestiaires je m’empresse de retirer mon jean trop moulant aux fesses et large partout ailleurs, ma casquette avec une visière de 3 kilomètres de long et mon tee-shirt trop court et qui laisse entrevoir mon ventre à chaque levé de bras. Tout en me tortillant dans tous les sens pour me rhabiller je consulte mes messages et vois un message d’une amie qui me propose un verre en ville ce soir. Je lui réponds sur le champ que j’accours.

23h30: je suis fin prête à sortir faire la fête jusqu’au bout de la nuit, même si je sens la frite, que mes jambes sont lourdes et que j’ai des bleus partout sur les jambes.

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Travailler à Mc Donald’s c’est bien. Il suffit d’une bonne équipe, de managers qui savent diriger leur équipe et la motiver, d’un patron qui respecte tes disponibilités et est compréhensif en période d’examens. C’est également du self-control avec les clients parce qu’eux comme nous, on put passer une sale journée et passer ses nerfs sur le premier venu n’est pas recommandé. C’est également quelques crises de nerf et de prise de tête pour des trucs futiles. Il faut savoir s’organiser,, connaitre ses limites psychologiques et physiques, afin de garder en tête notre objectif premier : s’acheter un nouveau fute sandro, passer nos exams avec succès!

À propos de Sunsh

Etudiante à plein-temps, brunch-addict, coureuse des montagnes de l'après-midi, fétarde de la nuit et globetrotteuse continuellement.

Publié le 30 décembre 2012, dans Être une gloryboxeuse, Day By Day, J'ai testé pour vous, Société, Vis ma vie, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 8 Commentaires.

  1. C’est cool d’avoir ton point de vue! Et clairement, les jobs où l’on se trouve directement face au client sont très éprouvants quand il sont pas super polis. (je suis hôtesse d’accueil le soir. NON PAS PUTE on dirait que j’voulais dire pute.)

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  2. J’ai été serveuse pendant quelques semaines, et je peux comprendre un peu ta douleur: mais qu’un peu seulement! Quand on voit les clients qu’il peut y avoir, et surtout les chefs quand ils sont mal lunés, c’est l’horreur! Et surtout la rapidité qu’il faut avoir… tu es très courageuse de subir cela pour financer tes études, ta force d’esprit ne pourra que réussir ses objectifs! 🙂

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  3. J’avoue que j’ai vraiment de la chance: on a de super managers, qui donnent envie de bosser – même aux équipiers qui sont vraiment là juste pour le fric et qui se moquent bien du fruit de leur travail (un job étudiant n’est pas ta préoccupation première, ça se comprend) -, on a un patron qui respecte vraiment nos indispo et s’arrange toujours pour nos semaines d’examen… Et franchement c’est ça qui fait la différence.
    Après, je tenais à dire que là j’ai mis pas mal d’altercations avec les clients mais il peut se passer des rush entiers sans aucun incident ni rien.

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  4. C’est fou parce que j’ai taffé à McDo et absolument pas le même ressenti (justement parce que mauvaise équipe qui en faisait baver aux saisonniers dont je faisais partie). Comme Marion j’avais plutôt envie de pleurer en y allant… (Par contre j’ai pratiquement jamais eu de soucis avec les clients). Breeef en tout cas c’était chouette de te lire !

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  5. J’ai écrit un article dans le même genre quand je bossais au macdo haha. T’as l’air de bien le vivre, moi j’avais plutôt envie de pleurer en y allant, notre équipe était vraiment pourrie et les clients, mon dieu les clients… On m’a traité de conne car j’avais confondu Filet-o-fish et Royal Fish alors que le mec était au téléphone et avait marmonné  » fish « . J’ai perdu mon sang-froid, je lui ai balancé les frites à la gueule…

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  6. Intéressant ce témoignage! Franchement j’admire beaucoup les étudiants qui bossent à côté des études. T’as beaucoup de mérite!

    Ca doit pas être facile de garder son sang froid devant la connerie extrême de certains clients x).

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  7. Intéressant ce témoignage! Franchement j’admire beaucoup les étudiants qui bossent à côté des études. T’as beaucoup de mérite!

    Ca doit pas être facile de garder son sang froid devant la connerie extrême de certains clients x).

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  8. Merci pour ton témoignage Sunsh, c’est de loin le plus objectif que j’ai pu lire : pas l’enfer sanitaire où les steaks tombés sur le sol gras de la cuisine nous sont servis entre deux pains rassis, mais pas la « solution d’avenir » décrite dans les pubs de la firme non plus.

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