Carnet de voyage: somewhere in Togo

21 juillet, 19h34 heure locale : il fait nuit noire quand l’avion atterrit à Lomé, capitale du Togo. Ca y est je vais découvrir un bout d’Afrique noire, continent où je n’ai jamais mis les pieds. Mon plus grand rêve inavoué est sur le point de se réaliser. Lorsque je sors de l’avion, l’air chaud m’enveloppe et me transporte déjà.  Après beaucoup d’attente pour passer le contrôle de police et encore beaucoup d’attente pour récupérer mes sacs, je rejoins enfin les représentants de l’association qui m’attendaient de pied ferme mais avec un grand sourire. Je sens déjà que je vais me sentir bien ici.

Enfants dans la cour de notre chambre

Pour rejoindre l’association et les quartiers dans lesquels je serai logée en attendant de partir au village où je passerais trois semaines à faire du soutien scolaire on passe en voiture par de grands boulevards où zemidjans (les taxi-motos) et taxis communiquent à coup de klaxon.  Sur le chemin je discute avec deux volontaire déjà présentes sur les lieux depuis un moment. Un peu plus tard dans la soirée on rejoindra le reste d’un camp basé à Lomé pour boire des bières.

Le lendemain je suis réveillée par les rires des enfants levés depuis 5h du matin qui jouent dans la cour. Il fait déjà chaud dans la pièce et je pars donc prendre une douche. Le système est simple : un robinet (à Lomé la plupart des maisons ont l’eau courante, à savoir, un robinet dans un coin de la cour), un seau et un autre plus petit pour se verser l’eau dessus.  Je prends ma douche à l’air libre, avec comme musique d’ambiance les discussions des marchands de l’autre côté du mur qui sépare la maison de l’association de la rue. Il me tarde d’en voir un peu plus.

Enfants de Lomé, nos premiers compagnons de jeux

La journée passe vite, les enfants viennent me chercher pour jouer avec eux. Ils parlent tous très bien français et adorent les câlins. Ils crapahutent jusqu’à mon cou ou mes bras, s’agrippent à moi et ne veulent plus me lâcher.  Dans l’après-midi je décide d’aller faire un tour dans les environs. Le quartier de Lomé dans lequel nous sommes est celui des marchés aux chèvres (bah oui !) mais à côté des biquettes on trouve aussi beaucoup de vendeurs de fruits et légumes ainsi que des petites épiceries qui ressemblent à des cavernes d’Ali baba. Des « yovos, yovos » lancés à tout bout de champ me font rire aux éclats : les enfants comme les plus grands semblent contents de voir des blancs et de leur faire goûter ce qu’ils vendent. Des parents nous demandent de prendre leurs enfants dans nos bras, je pensais au début que c’était pour nous présenter leur famille mais pour certains le blanc est porteur d’espoir et de guérison.

Les deux autres jours à Lomé passent vite, toujours dans le même état d’esprit : beaucoup de rire, de découvertes, de sourire d’enfants et de rencontres chaleureuses.

Fils du directeur de l’école

Quand l’heure du départ pour Mesiwobé a sonné, j’ai déjà un pincement au cœur de quitter Lomé. Les enfants nous font de grands signes d’au revoir et c’est sur un fond sonore de Toofan que nous partons vers les terres du Togo, la voiture aussi chargée que lorsque les familles rentrent au bled en été.

Pour ce camp nous sommes trois volontaires yovos, une quatrième nous attend au village accompagnée de cinq ameyvos (les noirs en éwé). Pour l’instant personne ne se connaît vraiment mais un soir de Togogine – l’alcool très local, il est affiné au village où nous nous rendons – a suffi pour tous nous lier.

L’arrivée au village se fait de nuit : tout est plongé dans l’obscurité mais on entend déjà les cris des enfants qui viennent nous saluer. Après un petit tour dans la maison du régent qui remplace le chef absent du village, nous découvrons nos quartiers et installons le camp. Rapidement les Togolais présents avec nous sur le camp sortent les djembés et des chants africains perdurent jusqu’à une heure avancée de la nuit.

Yves et son alphabet

Le premier matin est synonyme d’excitation pour moi : je découvre le village de jour. Des maisons de briques ou de terre poussent çi et là, des poules et des chèvres se baladent tranquillement entre les maisons et on entend les enfants qui prennent le chemin de l’école tout doucement. Tous les volontaires du camp prennent leur petit déjeuner ensemble et discutent du déroulement de la journée. C’est ensuite à notre tour d’emprunter le chemin de l’école et quelques enfants retardataires nous accompagnent.

Je suis avec les CP1 et 2 ce qui équivaut à notre dernière section de maternelle et le CP à nous.  Il doit bien y avoir 70 enfants en rang devant la porte de la classe quand on arrive. D’après un volontaire Togolais, ils ne sont pourtant qu’un tiers des enfants qu’il peut y avoir dans l’année. Parmi eux, des enfants de la capitale, Lomé, viennent pour les vacances, profitant ainsi des cours de soutien gratuits plutôt qu’en ville où cela peut représenter un salaire moyen entier.

Classe de CP1 CP2

La classe commence : on fait l’appel et on se présente. J’apprends quelques mots en éwé pour me faire comprendre des petits, car contrairement à Lomé où à 4 ans les enfants parlent déjà français ici ils n’en connaissent que quelques mots. Leurs parents ne le parlent pas aussi leurs enfants ne l’apprennent qu’à l’école.

Ici, les enfants ont tous deux prénoms : un en éwé qui désigne le jour de la semaine où ils sont nés et un autre, souvent extrait de la Bible ou du vieux français. Pour la plupart ils ont tous de quoi écrire et des stylos. Ils se battent tous pour passer au tableau, comme chez nous quand on est petit et qu’on veut montrer que l’on sait. Rien n’est bien différent si ce n’est qu’ils sont très respectueux de leur enseignant. Quand le volontaire Togolais parle ils se taisent tous, contrairement à moi qui suis la petite blanche qu’ils découvrent et avec qui ils rigolent bien. Quand un enfant n’est pas sage ou n’écoute pas, il reçoit un coup de bâton sur la paume de la main.

Sieste conseillée pour les plus petits

A la récréation c’est à qui m’accaparera pour les jeux en communs, j’essaie tant bien que mal de suivre mais je crois qu’ils ont des jeux encore plus difficiles que des sudoku niveau diabolique. La classe finit à midi et chacun reprend le chemin du village, qui est à 800 mètres.  Une petite de ma classe me donne la main en silence. Jusqu’à la fin des cours de soutien j’aurais droit à sa petite main dans la mienne pleine de craie d’avoir écrit au tableau pendant des heures et ça restera un de mes moments favoris.

L’après-midi on fait la sieste au soleil et des enfants viennent nous réveiller pour jouer avec eux. Les chatouilles et trap-trap sont des jeux universels qui font rire dans tous les pays. C’est comme ça qu’on découvre Bella avec une brûlure dans le dos, qui saigne. Elle nous suit sereinement pour qu’on la soigne un peu et lui mettent un pansement histoire qu’elle ne salisse pas plus son vêtement. Dès le deuxième jour deux enfants viennent nous voir pour qu’on les soigne. Petit à petit des enfants viennent d’eux-mêmes pour se faire soigner même si nous n’avons pas grand chose. Même quand je découvre des plaies suppurantes ouvertes de plus de 5cm et que j’ai mal pour eux, ils gardent le sourire et ne montrent jamais qu’ils ont mal.  Si des parents viennent par la suite nous remercier de soigner leurs enfants, d’autres sont plus réticents à l’idée que des blancs touchent leurs petits et je les comprends ; le blanc n’a pas la science infuse et encore moins le droit de débarquer et de faire comme bon lui semble en se mêlant de la vie des autres.

Sur les bancs de l’école

Nos journées se clôturent avec des petits verres de Togogine et des tours au bar du village qui fait également épicerie, frigidaire et station essence. Le soir, à la lueur des lampes à pétrole – il n’y avait pas l’électricité dans le village, trop éloigné du grand axe routier ou même de villes plus grandes – on joue aux cartes et écoutant RFI à la radio. Un de mes élèves de CP2, fils du barman, vient parfois me faire des chatouilles pour que je joue avec lui et c’est parti pour une bonne heure d’éclats de rire.

Un vendredi soir, premier week-end où on était au village, nous allons au bar accompagnés des djembés. Ca fait une semaine qu’on donne des cours aux enfants et on commence à les connaitre un petit peu. Quelques coups de djembé plus tard une partie du village est réunie au bar pour danser et chanter. Des mamas m’apprennent quelques pas et les postures mais je ressemble plutôt à un robot blanc au milieu de corps désarticulés et élégants.

Dadagan et fofogan (Grande soeur et petit frère en éwé)

Dadagan et fofogan (Grande soeur et petit frère en éwé)

C’est ainsi que nos journées au village se déroulent : les corvées du matin, les cours à l’école, le repas du midi, la sieste, des jeux avec les enfants et pansements, soirs au bar à danser, chanter ou discuter.

Quelques évènements viennent casser la petite routine dans laquelle on s’était conforté : une soirée africaine est organisée avec les volontaires du camp et nous petits yovos découvrons un peu plus des coutumes togolaises. Pour l’occasion on se fait faire des tenues avec des pagnes achetés sur un marché à 8 km. Pour y aller on a pris un zemidjan qui nous a fait traverser les champs agricoles et nous enfoncer un peu plus dans les terres. De retour au village avec nos tissus, nous rendons visite à la couturière du village accompagnée d’une de mes élèves qui porte une très jolie robe : on veut le même modèle !

Les samedis après-midi des rencontres sportives entre villages ont lieu, je vous laisse deviner dans quel domaine… Le foot ! Et les plus grands supporters ne sont pas des hommes mais les mamas, qui chantent et dansent à chaque passe d’un joueur à un autre. C’est lors d’un match qu’on découvre les beignets faits à base de farine de maïs. Au régime pâtes-riz-semoule depuis deux semaines, un peu de changement nous fait beaucoup de bien et on se rue sur ces petits desserts.

Portrait de fidèles supporters

Les jours passent et chaque matin je me sens un peu plus à ma place dans le village, entourée des enfants qui viennent nous rendre visite dès le lever du soleil et nous accompagne jusqu’aux bancs de l’école. Des petites habitudes s’installent comme les discussions avec les mamas lorsque l’on est au forage pour puiser de l’eau pour se laver ou pour les pâtes, ou encore les « yovo, yovo » lancés à tout bout de champ par des enfants souriants.

Le jour du départ nous rendons une dernière visite au chef du village qui nous avait accueilli à bras ouverts à notre arrivée. Il conclut ces quelques semaines passées par une phrase qui nous bercera jusqu’au retour à Lomé : «Quand le jour se lèvera et que le coq chantera, pensez que c’est le village qui vous remercie ».

Cascade d'Ikpa à Danyi

Cascade d’Ikpa à Danyi

De retour à Lomé, j’ai beaucoup de mal à jouer avec les enfants qu’on avait quitté trois semaines plus tôt. Mes élèves me manquent constamment et je me rends compte qu’ils m’ont marqué au plus profond de moi, que pendant ces trois semaines ils ont réussi à s’immiscer dans ma vie et mes pensées. Trois semaines ça peut paraître peu mais c’est le temps qu’il a suffit pour qu’une partie de mon esprit reste là-bas, à Mesiwobé.

J’espère y retourner. La chaleur des gens, leur joie et leur gentillesse manquent quand on revient en France. Pour l’instant je continue mon chemin de vie, à construire d’autres projets mais je sais qu’une petite partie de moi est restée en Afrique !

Alors foncez, peu importe vos projets, vos envies et vos espoirs, construisez vous et ne renoncez jamais. Partez où le cœur vous en dit, suivez vos rêves et surtout ne soyez pas surpris de laisser un peu de vous à chaque endroit où vous posez les pieds.

Et pour finir en musique (et locale !) je vous laisse avec un clip de Toofan, qui passait en boucle dans le bar où nous étions chaque soir à Lomé… (Regardez surtout les danses, ils ont tous le même talent partout, à trois ans comme soixante-dix c’est incroyable!)

À propos de Sunsh

Soignante à plein-temps, brunch-addict, coureuse des montagnes de l'après-midi, fétarde de la nuit et globetrotteuse continuellement.

Publié le 2 décembre 2012, dans Day By Day, Les voyages de Sunsh, Société, Voyages, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 13 Commentaires.

  1. Article super, représentant bien le coté nécessiteux de notre pays mais aussi sa richesse culturelle :))

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  2. Joli témoignage d’une belle expérience, Sunsh!
    Ca donne la bougeotte, l’envie de s’aventurer dans des quotidiens bien différents et bien riches sur le plan humain!

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  3. Je suis vraiment contente que ça vous ai plus mon petit récit. Et encore j’avais tellement de choses à dire, mais trop de détails auraient surement cassé la « féérie » du carnet.

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  4. Très bel article, et très belles photos !
    Ce sont des moments merveilleux que tu nous fait partager, merci !

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  5. C’est un article très intéressant qui donne envie d’enseigner dans une mission humanitaire!! Puis ils sont beaux ces petits togolais!!

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  6. Yo troooop coooool merci Greymalkin !!!
    Super article Sunsh, ça fait rêver et ça donne vraiment envie de faire la même chose ! (et qu’est ce qu’ils sont mignons ces petits bouts rolalah!)

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  7. Très bel article.
    Je suis partie en Afrique cet été aussi, et j’ai aussi l’impression d’avoir laissé une partie de moi.
    Quand je suis rentrée lorsqu’on me demandait comment c’était, je répondais « C’est quelque chose d’unique, il faut le vivre pour le ressentir »

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  8. Thoughts of a Rose

    Comme je l’ai dis sur notre forum, en lisant ton article, j’ai eu le sourire du début à la fin ,et pourtant, il est difficile de me faire sourire en ce moment… Ton aventure avait l’air extraordinaire, ca donnes envie de voyager, de faire de l’humanitaire, de découvrir de nouveaux pays, de nouvelles traditions. J’aime ton article, c’est tout ce qu’il y’a à dire pour terminer, en fait !

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  9. C’est un article très émouvant Sunsh, ça a dû être une expérience formidable, j’espère que tu auras la chance d’y retourner !
    C’est vrai que c’est un article qui donne envie de voyager et de faire de l’humanitaire 🙂

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  10. Complètement, superbe article ! Ca donne vraiment envie de vivre la même expérience.

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  11. Très beau récit Sunsh, ça donne envie d’y aller, de découvrir cette culture et ces terres !

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