Helium contre les remakes : le cas Verhoeven – massacre au bistouri

On vous le dit, on vous le re-dit, on vous le répète, mais enfin, vous n’écoutez pas ou quoi ? A Hollywood, on n’a plus d’idée.

Fini, c’est fini, on sait plus quoi faire. Suites, remakes, préquels, suites de préquels, n’importe quoi, tout le temps, plus rien à foutre, c’est bientôt la fin du monde. Au point que les critiques ont laissé tombé, z’ont plus rien à se mettre sous la dent. Allez, Lincoln contre les vampires, c’est un bon film « décomplexé ». Les Dark Night, allez hop, chefs d’œuvres, direct. Bin voyons. Quant aux antiquités de Paul Verhoeven ? Bah on va les refaire. Les originaux ont vieilli. Si si, je te jure. On est jamais assez cynique, hein.

Total Recall bis est donc sorti, avec Collin Farell et vous savez quoi ? C’est une merde ! Un des films les plus cons de l’année selon Ecran Large ! Ca alors ! Pas de problème, bientôt pour compléter ce tableau de chasse on assistera à la ressortie de Robocop, dont le scénario cru 2012 (lisez deux mille bouses) fait déjà frémir d’horreur ceux qui ont eu la malchance de l’avoir sous les yeux. Robocop chez Al Quaeda, il paraît. Putain, les fumiers. Starship Troopers ? 1997 ??? Si si. Apparemment « moins drôle, moins violent et moins politique ». Putain, les fumiers. Excusez les gros mots, c’est pas mon habitude. Pour m’exprimer plus correctement, disons que j’invite cordialement les initiateurs de ces ignominies à pratiquer le sexe anal avec leur maman. Explication.

Paul Verhoeven est un réalisateur hollandais, et c’est en partie pour ça qu’on le surnomme « le hollandais violent ». L’autre raison, c’est que ses films sont, vous savez quoi ? Violents, oui. Il est un de ces rares réalisateurs européens à avoir réussi à traverser l’Atlantique avec succès, tant du point de vue commercial qu’artistique. Car Robocop, Total Recall et Starship Troopers sont des chefs d’œuvre. Je ne parle que des dérives science-fictionesques de Paul. Parce que les autres de son cru, pour la plupart, valent aussi largement le détour. Mais restons sur la trilogie futuriste.

Voici trois films qui sont parvenus à exister largement au-delà des conventions hollywoodiennes. Absolument uniques en leur genre, grâce à un réalisateur roublard, turbulent, anticonformiste. Chacun déguisé en série B crétine, pour mieux se moquer –humilier- les exigences des prods et mettre le nez du public, venu chercher de l’entertainment, dans ses propres… contradictions (je vois qu’il y a déjà pas mal de gros mots choquants au début du texte). De la double lecture en-veux-tu-en-voilà, de la gangrène de produit calibré, du terrorisme écologique pour productions cinéphiliques commerciales (donc réussies du point de vue des maisons de productions).

Total Recall, qui sort en 1988, est le moins bon des trois (vous sentez le crescendo ?). A première vue, c’est une machine à la gloire de Schwarzy, à l’époque tout en haut du podium des héros bodybuildés du cinéma américain. Et, bon, c’en est un, OUI, mais pas n’importe lequel.

Schwarzy est un héros du cinéma d’action. Dans ses rêves ! Dans Total Recall, Schwarzy est en fait un prolo de base, un ouvrier planplan aux fantasmes vaguement beaufs. Pour devenir un actionner impitoyable et vivre la grande aventure de Total Recall, il passe par une agence de voyage bien particulière, une agence qui vend… directement des souvenirs. Sur cette idée géniale tirée d’un livre de Philip K. Dick, Verhoeven place d’office Schwarzenegger dans la peau d’un faux héros bourrin, fantasmant une vie violente et sexy. Pour cela, le réalisateur livre des séquences anthologiques et parfaitement agressives, dans une euphorie psychotique qui se démarque du blockbuster classique. On ne comprend pas tout ce qui se passe, mais ce n’est pas un problème, car le scénario ne cherche qu’à nous perdre, jusqu’à mettre en scène un deuxième Schwarzy très, très méchant. Et là, on est dans le rêve ou dans la réalité ? On est au cinéma, ducon. Mais du cinéma qui se permet tout, qui survole son sujet métaphysique précieux sans jamais se prendre au sérieux et déconner avec du gore limite en plein film grand public. Des trucs enfoncés dans les yeux, des trucs sorti du nez de Schwarzy (l’une des idées les plus stupides et jubilatoires de l’histoire du cinéma), des membres arrachés, des femmes à trois seins, en veux tu en voilà. Et y’a aussi Sharon Stone dans un rôle de salope avant Basic Instinct (du même réal, tiens donc) l’impayable Michael Ironside en bad guy enragé, et cette vieil trogne de Ronnie Cox en vilain suprême. Rien que pour eux. Total Recall n’est pas le film idiot que beaucoup prétendent, c’est seulement qu’il est plus proche d’un Brain Dead que d’un Blade Runner. Une farce narquoise et moqueuse. L’inverse absolu du remake sorti cet été, qui semblerait-il, a l’air sérieux comme une menace de mort. Non, je ne l’ai pas vu, et puis quoi d’autre, je suis pas journaliste d’investigation moi, hein. Now get your ass to Mars.

Au tour Robocop, puisqu’il se trouve être la victime suivante. Sans déconner, l’idée même de vouloir refaire Robocop tient ou du suicide artistique ou de la connerie absolue. Robocop est parfait. Voilà.

C’est de la science-fiction haut de gamme, un pamphlet cynique d’une virulence rare sur l’Amérique fascisante, un drame d’androïde, une comédie hilarante et un film d’action sans temps mort. Le tout en une heure et demie. Gosh. La résurrection christique de l’agent Alex Murphy en Robocop est le prétexte en or pour ridiculiser la société, le capitalisme, la police, la technologie, la publicité, les journalistes, avec une délectation de fin gourmet. Dans Robocop, on cherche à construire un flic cybernétique parfait, incapable de la moindre bavure et ultra efficace dans la protection civile – ou plutôt le massacre de délinquants. Mais tout cela n’a qu’un but lucratif, Bob Morton, le petit génie concepteur du robot flic (joué par l’excellent Miguel Ferrer, inoubliable dans Twin Peaks) pense plus à sa carrière qu’à… Quoi donc, la sécurité ? La paix sociale ? Des trucs qui n’existent que dans la tête des intellos homosexuels et des hippies. Mais Dick Jones, son supérieur (Ronnie Cox, again) voit d’un très mauvais œil d’être doublé par un petit branleur aux dents longues comme Morton. D’autant plus qu’il a lui-même conçu un super flic électronique, l’ED209, mais le machin déconne grave. A côté de ça, Robocop, immergé dans une quête sécuritaire digne de Charles Bronson, est en proie à ses faiblesses d’ancien humain, ses doutes, ses sentiments (très juste réplique lorsque l’androïde évoque sa famille « je peux les ressentir, mais je ne m’en souviens pas »). Aidé par une ancienne collègue flic, Lewis (Nancy Allen), il se lance à la recherche de son ancienne identité et suit les traces d’un odieux caïd, Clarence Boddicker (Kurtwood Smith, immense), et accessoirement l’un des méchants les plus terrifiants et sadiques qu’on ait vu au cinéma. Intrigue foisonnante et riche au sein d’un film finalement très court, le scénario de Robocop est un modèle du genre, brassant mille thèmes sans jamais sembler en bâcler un seul, sans jamais se perdre. Satire saignante de l’arrivisme typique 80’s, le film est drôle, très drôle et très méchant quand il s’agit de dépeindre ses personnages qui rappellent le Wall Street d’Oliver Stone. Même si certains ont peu de temps de présence à l’écran, Verhoeven les esquisse d’une main de maître, et le moindre de leurs traits semble évoquer leur histoire antérieure. Psychologie des personnages au top. Aimant se moquer du monde, le film détourne les codes pour mieux surprendre le spectateur qui n’a pas fini d’halluciner devant tant de malice. Ainsi, la mise en abîme de l’ED209 dépeint un boss final inévitable, monstre d’acier invincible. Au final, il ne sera même pas foutu de descendre des escaliers correctement. Vaine technologie. Mais le film saura aussi se montrer émouvant, à travers la quête d’identité d’Alex Murphy dont l’excellente interprétation de Peter Wellers laisse entrevoir la délicate humanité derrière le regard de machine. Bref, des pages et des pages, on pourrait en écrire, j’ai probablement oublié la moitié de ce que je voulais dire. Alors en attendant, je vais vous donner un conseil :

Et comment ne pas terminer par le blockbuster le plus cinglé d’Hollywood ? Starship Troopers est un cas atypique, un truc insensé, une œuvre que personne n’a essayé d’égaler ou même d’imiter.

Le film est tiré d’un roman Robert A. Heilein, Etoiles, garde à vous !, succès littéraire et épopée guerrière aussi grandiose que controversée à cause de son caractère réactionnaire. Dans le film de Verhoeven, les humains déclarent la guerre aux Arachnides (sortes de sauterelles extra-terrestres géantes et ultra-violentes) sous un prétexte qui sent bon les armes nucléaires en Irak. Le service militaire y est d’abord détaillé, et c’est l’occasion d’observer de beaux spécimens d’êtres humains comme Casper Van Dien et Denise Richard offrir corps et âme à leur mère patrie la Terre, cette merveilleuse planète que peuple la race supérieure du bipède. Ensuite, c’est la guerre, et sans pitié : Starship Troopers, c’est très gore, plus que Robocop qui en tient déjà une couche.

La guerre et toute sa barbarie, comme dans The Deer Hunter ou dans Apocalypse Now. Mais l’ambigüité morale de Starship Troopers en fait un film beaucoup plus complexe. Dans Starship Troopers, Terrien rime avec Aryen. Alors forcément, on est loin de l’élan humaniste des grands films de guerre. De jeunes et beaux militaires endoctrinés s’en vont crever de l’alien, cette saloperie d’espèce qui ne devrait pas avoir le droit de vivre. Un bon Arachnide, c’est un Arachnide mort. Sounds familiar ? Les comédiens, choisis pour avoir exposé leurs jolies trognes dans des sitcoms débiles, ont des dents bien blanches, des yeux bleus et une plastique de rêve. Des bons WASP bien élevés qu’on croirait sortis de 7 à la Maison. Mais le véritable coup de génie de Verhoeven, ce qui rend le film réellement inclassable, c’est son angle de vue.

Starship Troopers, c’est un pamphlet contre le fascisme et le totalitarisme ? Oui. Mais non. Film d’action décérébré et calibré MTV, Starship Troopers se savoure comme un plaisir très coupable, une série Z débile pour ados lobotomisés. Sa brillante satire provocatrice, Verhoeven l’a réalisée en se mettant dans la peau d’un Michael Bay (Armageddon) ou d’un Roland Emmerich (Independance Day) pour en faire un faux objet de propagande fasciste. Ce n’est pas un nanar assumé, ce n’est pas un film d’action idiot, ce n’est pas un film de guerre auteuriste, mais en fait si, c’est un peu tout ça en même temps, et pas du tout : on s’y perd, et c’est délicieux. Les acteurs, tous très premiers degrés, semblent persuadés de jouer dans Pearl Harbor, ce genre de merde mortellement sérieuse, alors que Verhoeven est plutôt dans l’esprit Docteur Folamour. De là à penser que Casper Van Dien et les autres n’ont pas compris dans quel film ils jouaient et que Verhoeven s’en délectait, il n’y a qu’un pas qu’on a très envie de franchir. Un peu comme des soldats qui partiraient au bout du monde en croyant sauver le monde libre alors qu’ils ne sont là que pour le pétrole. Starship Troopers est un film politique qui va très loin. Bien sûr, tout le monde a été largué. Pensez bien que quand les héros tueurs d’aliens débarquent avec leur tronche de niais et leurs uniformes nazis, les critiques ont buggé. D’où cette glorieuse réputation de « film fasciste » que l’œuvre se coltine encore aujourd’hui (enfin faut pas déconner, y’en a plus beaucoup qui pensent ça).

Comme Robocop, Starship Troopers possède des tas de niveaux de lecture. Les deux films forment un diptyque ironique sur l’Amérique, sa violence, ses dérives, ses dangers. Ce sont des fausses séries b qu’il faut regarder avec attention. Décrypter leur humour conceptuel et leur grande intelligence n’est pas évident, mais une fois la barrière esthétique bourrine dépassée, on s’aperçoit vite qu’on a affaire à des brûlots iconoclastes et anticonformistes uniques en leur genre. Là dessus, le remake va nous arriver, MOINS politique, MOINS gore et MOINS drôle. Traduction : « Nous allons sortir une daube inoffensive pour se faire plein de pognon en exploitant le culte Verhoeven. Après, nous égorgerons des chatons, nous nous garerons sur des places pour handicapés et nous ne trierons plus nos ordures. » Ah non, mais sérieux, les mecs n’ont plus peur de rien, ils ont même fait un remake de Chien de Paille de Peckinpah, ils ont crucifié John Carpenter, ils n’ont plus aucune limite. Mais ils arrivent toujours à surprendre.

J’ai moi-même commencé la rédaction de scénarios qui violent sans vergogne des œuvres originales, donc si quelqu’un est intéressé, je les vends aux plus offrants. A votre bon cœur.
Easy Rider 2, the next generation de Robert Rodriguez avec Robert Downey Jr.et Shia Labeouf
Le Dernier Trom’, de Gérard Krawzick avec Samy Naceri et Frédéric Diephental
Aguirre, La revanche de Dieu, de Mel Gibson
La Liste de Schindler, de Renny Harlin avec Jean Reno
Voyage au bout de la Nuit, de Yann Moix
(DEVINETTE : L’un de ces cinq projets débiles risque réellement de voir le jour, lequel ? A vous je jouer !)

Publié le 24 septembre 2012, dans Bouillon De Culture, Ciné, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Ah « Voyage au bout de la nuit », rien que ça ! Bah oui hein. Allons y !

    J’ai justement regardé il y a peu Total Recall (dont J’ADORE le postulat de base – il faut absolument que je lise la nouvelle dont c’est l’adaptation – la mémoire ayant été mon sujet de recherche en master, toute référence est bonne!), et, bon mis à part que Schwarzy m’a fait mourir de rire avec son accent (c’est un vrai bonheur de l’entendre dire « hair »), j’ai trouvé que c’était un bon greasy / midnight movie, à regarder entre potes. « I’ve got five kids to feed » ! Suis pas allée voir le remake… j’avoue que je suis curieuse quand même. Comment remplacer Schwarzy et Sharon Stone sérieux ? Il sont inoubliables.

    Starship Troopers lui aussi a été vu cet été (oui il y a eu une grosse séance de rattrapage niveau « science fiction » / Saturn Awards), et idem, bon greasy / midnight movie, et je suis on ne peut plus d’accord avec la nécessité de la double lecture ! La photo avec son côté très glossy, brillant, les jeunes premiers, tout ça était très très jouissif !

    Bon, manque plus que Robocop !

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  2. Voyage au bout de la night ! Mouahahahahah !

    Bon moi j’ai appris pleins de choses, et je vais de ce pas revoir ces trois films que j’ai vu gamine et dont ma lecture avait été somme toute assez basique : c’était bizarre, c’était violent, c’était triste. Voilà !
    Cela dit je suis une très grande fan de cet horrible horrible film qu’est Showgirls, et je ne savais jusqu’ici pas pourquoi : maintenant, je sais.

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