Tueurs en série : Henry & Ottis

Suite de notre saga entamée cet été (quand je prononce les mots « saga » et « été » dans la même phrase j’imagine que s’impose dans votre tête Stéphane Bern, mais avec les hommes dont nous allons parler, vous allez l’oublier très vite).

Après vous avoir initiées aux « premiers » serial killers (responsables de la création du terme en tous cas) sévissant dans les années 60, entamons gaiement les années 70 : le disco remplace le folk, la guitare de Charles Manson est remisée au placard, place au duo d’enfer Ottis Toole et Henry Lee Lucas.

Ottis Toole et Henry Lee Lucas

Les deux hommes ont une particularité marquante : c’est un des rares duos meurtriers qui n’a eu besoin ni de l’un, ni de l’autre, pour tuer. Lorsqu’ils se sont rencontrés, ils n’ont fait qu’unir leurs forces dans une entreprise meurtrière beaucoup plus prolifique que celles qu’ils avaient individuellement.

Il est, en fait, difficile d’aborder le sujet Lucas / Toole sans tomber dans l’horreur absolue, même avec les plus grandes précautions : soit je ne vous raconte rien, soit je vous décris le pire. Les deux hommes ont non seulement commis les actes les plus abjectes, mais ils ont aussi grandi dans des conditions effroyables.

Lucas est issu de ce qui se fait de pire en terme de famille de redneck, le white trash américain par excellence : sa mère, Viola Dixon, a perdu la garde de ses 7 premiers enfants. Elle se prostitue en échange de tout et n’importe quoi, au vu et au su de toute la famille, et martyrise son mari, un ancien cheminot qui a perdu ses deux jambes dans un accident. Ils habitent une cabane dans les bois et ne vivent de rien ou presque. Lucas n’a jamais mangé à sa faim, n’a jamais connu le moindre signe d’affection, a toujours été battu par sa mère, qu’il a toujours vu se faire sauter par tous les péquenauds du coin pour 1 ou 2 dollars. L’enfant est constamment humilié : sa mère l’oblige à s’habiller en fille, à porter les cheveux longs, et l’envoie à l’école comme ça. Un jour, elle le frappe si fort qu’il reste dans le coma pendant trois jours. Le sort s’acharne contre lui : son frère ainé le blesse à l’oeil avec un canif et quelques temps plus tard, une de ses institutrices, qui voulait punir un élève avec une règle, lui touchera accidentellement l’oeil, qu’il perdra définitivement.

Alors qu’il a 13 ans le père de Lucas meurt, et Viola redouble (si c’est encore possible) de violence envers lui. Sous l’emprise constante de l’alcool, elle se donne en spectacle avec ses amants. L’un d’entre eux, répondant au doux nom de Bernie Dowdy et qui devient peu ou prou son beau père, l’initie à d’étranges pratiques, notamment la zoophilie nécrophile. Il égorge des bêtes puis s’en sert pour assouvir ses pulsions. Lucas associera dès lors plaisir sexuel et mort. Le parcours initiatique parfait pour tout bon psychopathe qui se respecte.

Il commet son premier meurtre à 14 ans : une jeune fille qu’il tente de violer crie pour se défendre, il panique et la tue pour la faire taire. Il est livré à lui même, vit de ses vols, et finit par être arrêté et incarcéré en maison de correction. Il y reste un an.

En sortant il rencontre une jeune femme dont il tombe très amoureux : Stella. Ils se fréquentent un temps, non sans anicroche, puisque la jeune femme est tiraillée entre deux hommes. Ils projettent quand même de se marier. La mère de Lucas n’entend pas cette union de cette oreille et lui fait un chantage affectif qui ne porte pas du tout ses fruits : au cours d’une dispute, il la tue. Il est arrêté et condamné à 40 ans de prison. Alors qu’il est incarcéré depuis quelques mois, Stella rompt avec Lucas par lettre, dans laquelle elle lui explique qu’il est beaucoup trop bizarre pour elle, mais qu’ils peuvent néanmoins rester bons amis. Lucas, qui a plus que tout besoin de contacts avec l’extérieur, ronge son frein.

En 70 il est libéré pour bonne conduite. En 71 il agresse deux jeunes femmes et tente de les violer. Il est immédiatement réincarcéré.

En 75 il sort à nouveau, et se range : il travaille comme ouvrier dans diverses sociétés et se marie avec Betty Crawford, qui a déja deux filles d’un précédent mariage. Il les agresse sexuellement constamment. Un jour, alors que la plus agée fait la vaisselle, il tente une approche : elle attrape un couteau et le blesse. Sa mère, mise au courant, met Lucas à la porte. Il vit un temps chez sa soeur, mais cela ne dure pas.

C’est seulement en 76 que Lucas rencontre Ottis Toole.

Ottis Toole a, du plus loin qu’il s’en souvienne, toujours subit des abus sexuels, par son père d’abord, puis son beau père. Il voue à sa soeur un attachement malsain, et lui emprunte ses vêtements qu’il porte dès qu’il le peut. Il est lui aussi constamment humilié, d’autant plus quand il essaie d’assumer son homosexualité, dont il a conscience très jeune : sa mère est d’un fanatisme religieux sans borne. Confié de temps à autres à sa grand mère, elle le fait participer à des rites sataniques (incluant des sacrifices d’animaux et des profanations de tombes pour récupérer des morceaux de cadavres et en faire des potions) et l’affuble d’un pseudo lourd de sens : The Devil’s child. Ottis est en effet efféminé, gay, dyslexique, épileptique, et souffre d’un léger retard mental, le tout à Jacksonville dans les années 50 : autant de raisons pour qu’il soit la risée de toute son école, voire entourage. Sa soeur le pousse à la prostitution, l’y encourage puisqu’il y est doué, il boit à outrance dès l’age de 7 ans, se drogue à 9, commence également très jeune une carrière d’incendiaire qui l’excite beaucoup. Le tout avant 14 ans, age auquel il quitte l’école, et prétend commettre son premier meurtre, sur un de ses « clients ».

Toole a pour projet de changer de sexe : il prend des hormones, et s’habille en femme. Il a, dit-il, beaucoup de succès dans la rue quand il sort affublé de la sorte. Il ne mènera jamais son projet à bien. Il est suspecté de plusieurs meurtres de femmes, sans jamais être arrêté. Jusqu’à ce qu’il rencontre Lucas.

Les deux hommes deviennent amants, commettent des vols ensemble, tuent ensemble, violent ensemble. Ils sont le plus clair du temps sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue, le plus souvent les deux pour Toole. Lucas étrangle, Toole préfère les armes à feu. Leur association est une arme de destruction massive : ils prétendent avoir tuer, à eux deux, plusieurs centaines de personnes (sans que ce chiffre incroyable ne fut jamais prouvé), à travers de nombreux états. Ottis Toole, qui est en apparence le suiveur des deux, initie Lucas au cannibalisme. Ottis met au point une sauce barbecue, tristement célèbre, pour manger ses victimes.

En 1982, le duo enlève la nièce d’Ottis, Becky. Elle devient ponctuellement le troisième larron de l’entreprise meurtrière Toole / Lucas. Elle finit par séparer les deux compères, qui vaquent, chacun, à leurs noires activités. Lucas, amoureux de Becky, reste avec elle un temps, mais finira par la tuer quand elle fera mention de son désir de rentrer chez elle.

Arrêtés en 83, Lucas et Toole essaieront de faire porter le chapeau à une secte satanique, « The Hand of Death ». Une société de satanistes dont ils font partie, qui se spécialiserait dans le kidnapping d’enfants à la frontière mexicaine qui une fois emmenés aux Etats Unis seraient prostitués, tués, sacrifiés, mangés. La secte serait connue du gouvernement, elle serait même tolérée, puisque des figures haut placées se livreraient à des orgies, toujours avec des enfants, grâce à la secte. L’existence d’une telle entreprise ne fut évidemment jamais prouvée.

Henry Lee Lucas manipula brillamment les enquêteurs, leur racontant tout et n’importe quoi : ses interrogatoires menèrent à une cabale de la presse contre les policiers, baladés par le criminel qui leur faisait perdre un temps fou (il avouait en effet parfois deux meurtres le même jour, dans des villes à des dizaines de kilomètres l’une de l’autre). Il sera finalement condamné à mort en 1984 pour 9 meurtres. Sa peine fut commuée en perpétuité par George W. Bush (alors gouverneur du Texas) en 1998. Il mourut d’une crise cardiaque en 2001.

La presse fait tristement connaitre Ottis Toole au grand public suite au meurtre du petit Adam Walsh, 7 ans, retrouvé décapité dans une rivière, qu’il avouera, puis niera, puis avouera… Condamné aussi à la peine de mort, commuée elle aussi en prison à perpétuité, il mourut en 1996 des complications liées au SIDA qu’il avait contracté.

Les deux hommes ne se revirent jamais, ne reprirent contact qu’une fois, par téléphone, conversation enregistrée et disponible sur internet (inutile de la chercher, les deux hommes sont des rednecks texans illettrés et la vidéo n’est pas sous titrée, autant vous dire que c’est incompréhensible, même pour un bilingue en anglais). Ils diront, pour autant, à qui voudra l’entendre, souhaiter leur mort respective. Toole dira au sujet de Lucas « Il était trop (« too much » sic). Il me faisait faire n’importe quoi. Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi dégoûtant. Je ne savais pas ce qu’il pensait la plupart du temps. Je ne sais pas comment j’ai atterri avec un type pareil.« 

Un des films les plus réalistes et les plus intéressants sur les serial killers a été tiré de cette horrible odyssée, devenu culte aujourd’hui : Henry Lee Lucas, portrait of a serial killer. Prompt à parler aux journalistes, Toole participera à quelques documentaires, notamment ceux du spécialiste français des serial killers Stéphane Bourgoin. Ottis Toole était, en outre, un personnage charmeur, souriant et drole, dans son genre : on conseillait aux journalistes qui voulaient l’interroger, s’ils voulaient le mettre en confiance, de commencer l’entretien par des compliments sur sa fameuse sauce barbecue.

A suivre : David Berkowitz, Jeffrey Dahmer.

À propos de Aime Pi

-  C'est  tout  c'que  vous  trouvez  à  dire  ?                                                                                                                                            -  Ouais.  Allez  vous  faire  foutre.

Publié le 28 août 2012, dans Bouillon De Culture, Day By Day, Serial Killers, et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 22 Commentaires.

  1. C’est tellement abominable que certaines de tes phrases m’ont fait exploser de rire. Réaction défensive. Mais faut reconnaître que l’horreur tourne au grotesque, limite au burlesque quand ça atteint des dimensions pareilles.

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    • Ah mais je l’ai écrit un peu comme ça, parce qu’effectivement : comment veux tu ne pas complètement halluciner quand tu vois à quel point les mecs ont poussé le concept « horreur » au bout du bout ? C’est impensable.

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      • En plus avec la première photo des deux mecs… On dirait un espèce de duo comique à la Laurel et Hardy, version Braindead. Tu aurais dû mettre un titre sur la photo « Toole et Lucas à l’Olympia ! »

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  2. Effectivement j’avais commencé à lire l’histoire de Lucas (il me semble) dans le livre de Bourgoin, mais j’avais arrêté parce que j’arrivais plus à dormir… haha. Et j’ai aussi vu le film « Henry… » mais j’avais pas beaucoup aimé, c’était vraiment moyen, c’était peut-être une autre version.
    En tout cas cet article fait vraiment froid dans le dos (« zoophilie nécrophile », mmmmmh), mais ça me fascine malgré tout, brrrrr.

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    • En fait je ne sais pas si c’est un bon film cinématographiquement parlant, sans doute pas, mais c’est celui qui est le plus fidèle, apparemment, à la psychologie d’un tueur en série. Dixit Bourgoin.

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      • Semblerait que ce soit un classique absolu du cinéma déviant, entre Ferrara et Maniac. Un truc extrême et définitif façon Massacre à la tronçonneuse. Beaucoup de défenseurs. Pour l’anecdote, apparemment Nanni Moretti qui HAIT le film au plus haut point se serait mis en scène dans l’un de ses propres films entrain de casser la gueule à un critique qui le défendait.

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  3. J’arrive pas à avoir autre chose que de la peine pour eux. Bon du dégoût forcément.
    Mais je veux dire, qui n’aurait pas fini taré avec une enfance pareille ?? Limite qu’ils violent une pauvre fille qui passe par là c’est le minimum tellement ça doit être un tel chaos dans leur tête…
    Bon et sinon c’est la dernière fois que je lis ça avant de me coucher. La dernière !

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  4. C’est à la fois terrible et fascinant.

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  5. C’est écoeurant …
    Et .. euh … c’est quoi cette histoire de sauce barbecue ? :$

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  6. ColdWindBlows

    Leur histoire est horrible.

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  7. Wow.
    Rien que l’histoire avec la blessure à l’oeil est terrible…

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  8. Conformiste excentrique

    Super intéressant comme article mais ouah qu’est ce que ça parait dingue comme histoire (enfin on même temps difficile de dire qu’ils n’étaient pas dingues tout les deux) !

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  9. Quelles vies !!! C’est fou de tels parcours et en même temps pas si étonnant lorsqu’on voit ce qu’ils ont subi durant toute leur enfance.

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  10. C’est tellement énorme dans l’horreur que si on l’inventait on trouverait pas ça crédible, je trouve ça hallucinant les vies comme ça. Du coup avec une enfance pareille, ça semble presque logique qu’ils soient dérangés et trouvent que tuer c’est une activité enrichissante, finalement …
    Mais je me dis aussi que c’est un drôle de monde, celui dans lequel ils vivaient, quand j’y pense.

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  11. C’est vraiment fascinant les tueurs en série, si j’étais née aux USA nul doute que j’aurais fini profiler.
    C’est dingue quand même d’imaginer tout ce qui a pu se passer dans leur tête…

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  12. Mais qu’elle horreur. L’article en lui même est très bien écrit mais sérieux je suis toujours hallucinée devant ce genre d’histoires .

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  13. Dès qu’on a commencé à lire difficile de s’arrêter. C’est tellement intriguant, comment deux personnes peuvent commettre de tels actes? Je ne les connaissais pas et on peut dire que leur histoire est glaçante.

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  14. C’est appétissant tout ça !

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  15. Wow.
    C’est une histoire digne des plus grands films d’horreurs. Ca me fait froid dans le dos.

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  16. Oh god. C’est fascinant.

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