Tueurs en série : les années hippies

Je suis une grande fan de criminologie : en effet j’ai l’impression d’en apprendre beaucoup sur la société en étudiant ses rebuts. Les tueurs en série ont, en plus, une dimension psychologique extrême qui me passionne. Ainsi je vais vous parler, cet été, des tueurs en série, célèbres et moins, qui ont jalonné notre époque et l’ont ébranlé significativement. Aujourd’hui, les tueurs en série des années hippie : Charles Manson, Ted Bundy et Ed Kemper.

Les « premiers » tueurs en série, ceux qui, en tous cas, ont provoqué la création de ce terme (ils étaient, avant, désignés par le terme « tueurs de masse »), sont ceux qui ont agi durant les années 60 – 70, au Etats Unis, en pleine période hippie. Tout le monde ne faisait pas l’amour avec des fleurs dans les cheveux à cette époque là : les tueurs en série de ces deux décennies ont marqué l’histoire, de la criminologie d’abord, du cinéma et de la musique ensuite, éclaboussant de leurs horreurs tout l’inconscient collectif. En effet, qui ne connait pas Charles Manson ?

Charlie est un enfant des maisons de redressement qui peine à trouver sa place dans la société. Il est régulièrement arrêté pour des vols, des faits de proxénétisme mineurs ou des chèques en bois. En 1967, quand il sort de sa dernière incarcération, la société a changé : les hippies poussent comme les champignons qu’ils gobent et l’Amérique est paix et amour. Charles Manson se découvre une vocation de leader et crée bientot autour de lui sa « family », une communauté prétendument hippie, vivant dans des fermes abandonnées du Nevada grâce à de menus trafics. La famille se drogue énormément, fait des bébés, se drogue un peu plus, et vit en autarcie. Manson profite des femmes, dans tous les sens du terme, et exerce une influence énorme sur tout son clan. Mais il ne compte pas gober des pilules dans le désert toute sa vie : il veut devenir une star du rock. Guitariste et chanteur, Manson est pote avec Dennis Wilson, qui n’est autre que le frère de Brian, le leader des Beach Boys. Le leader de la famille compose notamment une chanson pour le groupe… qu’ils enregistrent ! Mais Charlie avait deux exigences : Dennis pouvait toucher à la musique, mais pas aux paroles. Ce dernier fit le contraire. S’en suivit une bagarre au cours de laquelle Manson menaca Dennis de mort, qui lui flanqua une franche correction. Ainsi se terminèrent les ambitions musicales de Manson. Mais un an plus tard, il est obsédé par l’album blanc des Beatles, et en fait une interprétation toute personnelle.

En 69 Manson pense que le White Album annonce la suprématie des Noirs sur les Blancs. Les Beatles en parleraient plus particulièrement dans Helter Skelter. Manson élabore donc un plan : il faut que sa famille aille tuer de riches blancs (les « Piggies », comme dans la chanson) afin de faire accuser les Noirs des meurtres et ainsi arrêter leur folle ascension.

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Susan Atkins, Patricia Krenwinkle, et Leslie van Houton, trois auteures de crimes commandités par Manson

C’est donc à partir de ce plan complètement con que Charles « Tex » Watson, Patricia Krenwinkel et Susan Atkins iront massacrer dans sa villa l’actrice Sharon Tate, la femme de Roman Polanski, alors enceinte de 8 mois, et 4 de ses amis. Il y aura d’autres victimes et d’autres meurtriers, mais un seul commanditaire : Charles Manson.

Le procès de la Manson Family a été et est toujours à ce jour le procès le plus cher de l’histoire des Etats Unis, avec son compte de rebondissements : Manson arrivera à une audience avec une croix gravée sur le front, acte qui sera imité par toutes ses petites oilles. La croix deviendra gammée au fil du temps, et les filles de la famille iront jusqu’à aller au procès le crane rasé, en signe… de protestation. En 1975, à Sacramento, une de ses disciples, Lynette Fromme, essaiera d’assassiner le président Gerald Ford.

Manson a écopé de la peine de mort, mais y a échappé de justesse suite à son abolition en Californie. Il gratte, depuis, sa guitare au fond de sa cellule. Il a fait 12 demandes de libération conditionnelle. Toutes ont été rejetées. La dernière cette année.

La chouette famille

Theodore Bundy est ce qui pourrait le plus se rapprocher du « monstre ». Il n’en est malheureusement pas un.

Bundy ebranla l’Amérique de manière particulière : jusqu’à lui, les tueurs en série étaient, dans l’inconscient collectif, des marginaux, des fous, des monstres, des clochards, des bêtes sauvages qu’on ne croisaient pas à tous les coins de rue. Ted Bundy était tout le contraire : intégré, éduqué, charmant même, il n’avait absolument pas le profil de l’emploi.

Ted Bundy avait un physique de jeune premier, et savait en jouer. Ne vous fiez pas à son charisme, cet homme a tué, violé, et commis des actes nécrophiles sur une trentaine de jeunes filles. Inutile de s’attarder en détails sordides, il utilisait son physique avantageux pour aborder ses victimes et n’était pas étouffé par l’ironie : il leur demandait de l’aide, feignant une blessure sous un plâtre. Les jeunes filles, candides, le prenaient en pitié, et acceptaient de le suivre. Elles étaient toutes jeunes, jolies, étudiantes, et portaient les cheveux longs.

Il a certainement été traumatisé par un shéma familial particulier : à l’adolescence, Bundy découvre que ceux qu’ils considéraient depuis toujours comme sa soeur et son père sont en réalité sa mère et son grand père. Il ne s’en remit jamais, ce qui n’arrangea pas son narcissisme extrême et son gros manque de maturité. S’en suivit une rupture amoureuse brutale qui creusa une grosse faille dans son égo : le serial killer était né.

La légende du tueur est alimentée par un certains nombre d’éléments étonnants : d’abord, Bundy a été confondu par Ann Rule, la célèbre romancière, suite à la diffusion de son portrait robot. Elle reconnut alors celui qu’elle cotoyait quotidiennement à la fac, et le dénonca à la police qui eut peine à croire qu’un étudiant en droit pouvait être l’auteur de ces crimes atroces. Lorsqu’il est inculpé de son premier meurtre, Bundy déclare vouloir assurer sa défense seul car il trouve son avocat idiot. On lui laisse alors l’accès à la bibliothèque pour préparer son procès : il s’enfuit. Pendant sa cavale, il tue 3 jeunes filles et en blesse sérieusement deux autres. A noter que l’élément qui finira de convaincre le jury est la marque de morsure sur les fesses laissée par Ted Bundy sur une de ses dernières victimes. Dernière anecdote en date : Debbie Harry, la chanteuse du groupe mythique Blondie, a affirmé avoir échappé à Ted Bundy alors qu’elle était encore toute jeune fille.

Theodore Bundy fut exécuté sur la chaise électrique en 89. Il était, selon ses propres mots, « the most cold-hearted son-of-a-bitch you’ll ever meet« .

Edmund Kemper -qu’on appelle aussi « L’ogre de Santa Cruz » – a des particularités significatives : il possède un QI de 136, et mesure 2.06 mètres pour 163 kg. A l’époque des faits, en tous cas.

Il jouit lui aussi d’une enfance absolument désastreuse : sa mère fait régner la terreur sur le foyer, privilégiant sa fille au profit d’Ed et de son mari, qu’elle frappe. Incapable d’aimer son fils, elle installe sa chambre au sous sol, dans la cave, près de la chaudière à charbon qui ronfle toute la journée. Elle ne lui adresse la parole que pour l’humilier. Lorsque son mari demande le divorce, la situation empire : elle boit et enchaine les amants à qui elle réserve le même traitement qu’à tous les hommes de sa vie : de la violence et de la tyrannie.

A l’adolescence, Ed répercute sa frustration sur les animaux de la maison. Devenu ingérable, il est envoyé par sa mère chez ses grands parents, qui, elle l’espère, lui donneront le cadre nécessaire à son épanouissement. A 15 ans, Ed, qui ne supporte pas l’autorité de sa grand mère, l’abat d’un coup de fusil. Il tue son grand père pour lui éviter « trop de peine à l’annonce de la mort de sa femme« , dira t-il.

Il est diagnostiqué schizophrène et est interné pendant 5 ans. Il en profite pour se familiariser avec le langage psychiatrique, observant les méthodes des médecins qui l’entourent. Il est remis en liberté après avoir dit « exactement ce que les psys voulaient l’entendre dire« .

Il entame sa série de meurtres de manière méticuleuse : utilisant toujours le même mode opératoire, il est organisé et ne laisse derrière lui aucune trace. Il s’attaque aux jeunes étudiantes « aux moeurs libérées », aux filles privilégiées, issues de bonnes familles, aux femmes raffinées et intelligentes qu’il ne pourrait jamais avoir.

Kemper finit par se livrer lui même à la police, au terme d’une fuite à travers les Etats Unis au volant de sa voiture. Il vient de tuer sa mère, de lui couper la tête, de s’en servir de cible pour jouer aux fléchettes et de s’adonner à diverses horreurs sur son corps qu’il niera jusqu’au bout : Ed pète un cable et veut qu’on l’arrête.

Il est condamné à perpétuité. Sa grande intelligence lui permet de participer à de nombreux entretiens avec des criminologues afin de mieux comprendre ce qui pousse les hommes à devenir des tueurs en série. En prison, il devient lecteur de livres pour les aveugles et reçoit de nombreuses médailles en récompense de son travail.

A suivre : Henry Lee Lucas et Ottis Toole.

À propos de Aime Pi

-  C'est  tout  c'que  vous  trouvez  à  dire  ?                                                                                                                                            -  Ouais.  Allez  vous  faire  foutre.

Publié le 19 juillet 2012, dans Bouillon De Culture, Day By Day, Serial Killers, Société, et tagué , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 15 Commentaires.

  1. Super idée de « série » d’articles ! Ca m’intéresse beaucoup aussi même si j’avoue ne jamais avoir lu de bouquins sur ce sujet, mais ça ne saurait tarder. En tout cas j’ai beaucoup appris, c’était super intéressant 😀

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  2. Super article, c’est très intéressant, j’adore les rapprochements que tu fais avec la musique (et pour Debby Harry je savais pas, ça fait froid dans le dos..).

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  3. Haha génial! Il se trouve que je suis moi aussi passionnée de criminologie et tout particulièrement des sereal killers. Certains peuvent trouver ça morbide, mais c’est très intéressant d’un point de vue psychologique/psychiatrique. D’ailleurs je ne connaissais pas le dernier tueur dont tu as parlé mais son histoire et surtout son QI le rend d’autant plus fascinant ! Je cherche aussi des films/bouquins sur le sujet, si vous avez des idées…;)

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  4. Conformiste excentrique

    Super intéressant comme article, ça donne envie de se pencher sur le sujet en tout cas !

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  5. J’étais à fond dans ton article, c’est vrai que c’est un quand même passionnant, d’ailleurs est-ce que tu as des livres à conseiller sur le sujet ?

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  6. Il était très intéressant cet article !! Et c’est vrai que c’est original comme article.
    J’ai beaucoup aimé.

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  7. Très intéressant comme article!!

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  8. J’ai aussi trouvé l’article très bien écrit, c’est raconté de façon très claire et bien résumée. J’approuve l’originalité du sujet, ça change un peu de ce qu’on trouve habituellement sur un forum féminin, c’est bien 🙂

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  9. Article très intéressant, merci ! 🙂 L’histoire de Charles Manson est vraiment fascinante et fait froid dans le dos (bon toutes en fait, mais réussir à recruter des gens assez illuminés pour accomplir des actes aussi atroces, c’est quand même fort)… En fait, je n’ai pas lu jusqu’à la fin, parce que le dernier cas est le sujet du dernier livre de Marc Dugain (Avenue des Géants), que je suis en train de lire… donc je préfère garder un peu de suspense !!! 🙂

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    • Ah justement Casus, tu me diras ce que tu en as pensé ! J’ai lu pleins de trucs sur Kemper et le Dugain m’avait moins tentée !

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      • Le livre de Dugain est un peu spécial, parce qu’il prend par moments un point de vue extérieur, et à d’autres le point de vue de Kemper (rebaptisé Al Kenner pour l’occasion). Je ne sais pas exactement ce qui est vrai et ce qui est inventé dans le récit, mais c’est assez fascinant de voir ce personnage en manque total d’affection et de considération essayer de comprendre pourquoi il est comme il est, tout en vouant un véritable culte aux enquêteurs de police criminelle qu’il côtoie. On en conçoit même une certaine empathie pour lui en fait, malgré l’horreur de ses crimes, qui ne sont dévoilés qu’à la fin du roman. Bref, j’ai bien aimé ce récit qui reste une fiction inspirée de faits réels. Ceci dit, ce n’est pas que l’histoire de la vie de ce tueur en série, mais aussi une plongée dans l’Amérique hippie des années 60, ce qui est fort intéressant. ^^

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