Il faut que je parle

Crédit Mallory Pérot

Glory Box a recueilli le témoignage anonyme d’une jeune femme qui avait besoin de parler. Découvrez son histoire.

« Dépression, anorexie, mutilation, excès en tous genres… Je suis passée par là.

J’ai de toute façon des antécédents : mon père est depressif et dans sa famille, le suicide est une coutume, chacun essayant de trouver un moyen d’aller mieux, sans y parvenir, s’enfonçant tous davantage dans ses problèmes. Voilà ma base.

Mes parents ont divorcé quand j’avais 8 ans et demi. J’ai une petite soeur qui avait 4 ans à cette epoque. Ma mère avait notre garde et nous allions chez notre père un week end sur deux. Comme tant d’autres.
Peu après le divorce, ma mère nous a présenté son nouveau copain. Je trouvais cela très prématuré, et commençais, toujours à 8 ans et demi, à comprendre que ma mère avait trompé mon père, chose que ce dernier n’a d’ailleurs, pas tardé à confirmer. Nous sommes ainsi, ma soeur et moi, devenues le traditionnel tampon d’enfants de divorcés, mon père essayant coute que coute de nous monter contre ma mère et son pas si nouvel amour.

Si bien que quand mon père nous a annoncé qu’il s’en allait au Mexique pour plusieurs mois, je me suis sentie abandonnée au milieu de personnes que je ne supportais pas.

Non content d’être parti à l’autre bout du monde, mon père ne nous téléphonait pas et reculait constamment la date de son retour. Quand enfin nous l’avons revu, il n’était plus que l’ombre de lui même : problème d’argent, dépression, il se désintéressait de nous et de la vie, un peu.

Un jour il donne rendez – vous à ma mère dans ce lieu si propice aux ultimatums qu’est le supermarché : « Si je dois tirer un trait sur toi, alors je tire un trait sur les filles« .

Souvent je me suis retrouvée à attendre seule à la sortie de l’école. Je me souviens même de cette fois où ma petite soeur avait dû patienter dans ma classe car personne n’était venu la chercher. Mon père décommandait ses week end de garde 30min avant de venir nous chercher, en disant qu’il ne voulait pas nous voir. Et quand il nous voyait, c’était pour me confier que si nous n’étions pas là, il se tirerait une balle dans la tête. La version de ma mère quant à son propre potentiel suicide différait légèrement : c’était la disparition de son copain qui la pousserait à sauter d’un toit.

J’avais 12 ans quand j’ai réalisé que je ne pouvais plus compter sur mon père, et je pensais que c’était de ma faute. J’ai donc commencé à attaquer mon corps : je cachais un couteau dans ma chambre, et je me punissais d’être aussi stupide, naïve et faible à la fois. La seule chose qui me soulageait, c’était la vue de mon propre sang : j’avais l’impression que mes faiblesses s’en allaient à mesure que mon sang coulait. Et puis je me suis imposée un régime stricte, drastique, parce que je me trouvais grosse, grasse, moche, repoussante. Je ne me sentais bien que quand j’étais vide. Si je craquais pour un morceau de chocolat, je passais ma journée dans les toilettes. C’était devenu une obsession : je haissais mon corps et je me pesais au moins 5 fois par jour. Parfois, je me relevais la nuit pour voir si mon poids avait changé. Quitte à paraître malade, je voulais être différente et mince. Qu’on me remarque.

Sauf que bien sûr, ses sympathiques habitudes n’ont pas fait de moi une cheerleader souriante dont les garçons étaient tous amoureux : j’étais plutot la sale anorexique officielle du collège.

Le seul réconfort que je trouvais, c’était ma demie soeur qui me l’apportait. Fille de mon beau père, du même age que moi,  j’avais au moins gagné une amie au sein de cette famille recomposée. Mais elle a commencé à montrer des signes de faiblesse. Au début, personne ne savait ce qu’elle avait et chaque jour, on réévaluait son espérance de vie. C’était trop dur à supporter et j’étais complètement seule.

Ma mère m’a pourtant un jour laissé une lettre dans mon sac de cours, me disant que j’étais forte, que je devais tenir le coup. Je m’en rappelle encore, c’était un jeudi, en cours d’histoire. Quand je l’ai trouvée j’ai évidemment laché les vannes et pleuré, chose qui a été, vous vous en doutez, excessivement bien accueillie par mes anciennes amies, qui se sont moquées de moi, me traitant de bébé, et de ce que j’étais officiellement aux yeux de tous : de sale anorexique.

Changement de milieu, de camarades, de réputation : je quitte mon collège pour le lycée et toutes mes casseroles avec. Je reprends du poids, retrouve le sourire, même si mon père ne veut toujours pas me voir et mon beau père est toujours un sale con. La trêve est de courte durée : je me recoupe, recommence à m’affamer, je suis de nouveau la fille bizarre qui se fait vomir, et j’ai envie de partir, très loin…

La fac est une nouvelle échappatoire : les cours sont variés et m’intéressent, je n’ai pas besoin d’amis. Je me renforce toute seule, je suis mon propre bifidus actif. Mais cela ne réjouit pas particulièrement mon beau père qui est plutot du genre à croire que les femmes sont à son service avant d’être des personnes à part entière. Un soir où il avait vraiment mis la cuisine sans dessus dessous en laissant le soin à ma mère de tout ranger (ce que j’avais fais moi même avant qu’elle ne rentre) j’ose lui faire la remarque. La riposte est acide : je n’ai rien à faire dans cette maison, je n’ai rien à dire, il m’attrape par les cheveux, me secoue dans tous les sens, me frappe et m’insulte jusqu’à ce qu’un de ses propres amis s’interpose. « Si c’est le seul moyen pour que ça marche dans cette famille, je n’hésiterai pas à recommencer« . Voilà toutes les excuses que je récolterai.

Là j’ai fait le grand saut : j’ai coupé mes cheveux courts, qu’on ne pourrait plus tirer, j’ai arrêté les cours, et ma consommation de cigarette augmentait contrairement à mon poids – moins 8 kilos en 1 mois et demi. Je ne faisais plus rien, je n’avais plus envie de rien. Ne me restait plus que le soutien de ma soeur cadette, puisque même mon père, apprenant l’altercation avec mon beau père, trouva que je l’avais bien cherché.

Je suis partie de chez moi pour travailler dans une autre région. Ca m’a fait du bien, j’ai pu faire ma propre expérience de la vie, dans le prisme d’aucun oeil sinon le mien : drogues, paranoïa, tremblements, perte d’appétit, alcool, sorties avec des gens plus agés que moi qui passent à ça de me violer, rien de très réjouissant, mon prisme à moi était peut être plus pourri encore que celui des autres. Je suis rentrée, retournée à la fac, et miracle ! Je trouve un chéri ! Révolution dans ma vie, je file le parfait amour, mes notes remontent, je reprends du poids, je passe le permis, mon père ne me parle pas, mon beau père me déteste, mais je m’en fous !
Et puis, magie de facebook : j’apprends que mon copain, celui qui m’aime, me chérit et veut faire sa vie avec moi, me trompe avec une fille rencontrée en boite. Il raconte également à qui veut l’entendre que je suis coincée, que je ne suce pas, que je ne fais rien au lit (et pour cause : au début de notre relation, j’étaisvierge). Pour moi qui adorais ce que je découvrais du sexe : douche froide.

Il n’a jamais consenti à me l’avouer, tout juste ai je reçu un message laconique me disant qu’il ne voulait finalement pas une relation sérieuse.

Bref, tous les hommes qui étaient entrés dans ma vie s’étaient foutus de moi. Je ne sais pas si je m’y prends mal, mais eux en tous cas, font ça bien.

Ce qui devait arriver arriva : ma dépression a été diagnostiquée, un peu tard d’ailleurs, puisqu’il semblerait que j’en souffre depuis l’age de dix ans. Cette fois, je n’arrivais plus à m’en sortir seule. Je ne dormais plus la nuit, n’avais plus de force la journée. Je ne mangeais plus, pleurais sans raison… Je me levais sans aucune motivation et avec des maux de têtes horribles.

Mon père a définitivement tiré un trait sur ma soeur et moi. Par sms.

Ma mère fait ce qu’elle peut pour nous soutenir. Je suis très proche d’elle et je vois à quel point la situation la fait souffrir, mais c’est ma soeur qui souffre le plus. Ma mère et moi essayons d’atténuer les paroles de mon père, de ne pas lui dire les pires qu’il a pu avoir. Elle souffre assez comme ça. Elle ne veut plus le voir.

Mon beau père… est toujours le même. Je ne lui parle pas, ou à peine quelques échanges de politesse. Il ne mange toujours pas avec nous, ne dort pas avec ma mère… (qui s’est fait un tatouage en même temps que moi il y a 2 mois et il ne l’a toujours pas remarqué).

Ma demie soeur a quant à elle été greffée il y a quelques temps : on lui a diagnostiqué un lupus. Elle va mieux, même si sa condition de greffée la fait souffrir. Quand nous nous voyons, nous sommes très contentes mais sa maladie reste un tabou. Du moins, elle nous en parle, mais mon beau père refuse que nous en parlions nous (ma mère, mes soeurs et moi) car selon lui, « nous ne pouvons pas comprendre ».

Sinon, aujourd’hui, ça va. Je suis sous anti-depresseurs et ça m’aide, même si le début du traitement a été dur (le package complet des effets secondaires : nausées, maux de têtes, envies suicidaires, et bâillements à s’en décrocher la machoire intempestifs !). J’ai perdu tout sentiments et libido : malgré ma – courte – relation avec un garçon adorable et beau comme un dieu, je n’ai jamais eu envie de le toucher.

En fait, j’ai l’impression de ne rien ressentir, mais ça me fait du bien. De ne plus se prendre la tête, de ne plus souffrir.

Voilà mon histoire. »

Si vous voulez aussi parler de votre histoire à Glory Box : khiera@glory-box-forum.com

Publié le 28 février 2012, dans Être une gloryboxeuse, Société, Vis ma vie, et tagué , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 7 Commentaires.

  1. C’est vraiment courageux de ta part de raconter ça. Sa m’ouvre les yeux sur la vie de certains. Je te souhaite en tout cas un bel avenir.
    Merci pour ce témoignage vraiment touchant.

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  2. Je n’aurais jamais imaginé que tu as vécu tout ça. En tout cas tu es vraiment courageuse d’avoir réussi à te reprendre en main comme ça. C’est vraiment touchant comme témoignage.
    En tout cas, c’est une très bonne idée de topic

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  3. Quel courage de parler aussi ouvertement de ce qui t’es arrivé.
    Perso, j’ai toujours du mal à trouver les mots. D’ailleurs, mon inconscient a effacé certains souvenirs pendant des années jusqu’à ce que ça me revienne d’un coup en pleine face et que ça m’en rende malade physiquement.
    Bref, j’espère que ta situation s’arrangera ou que tu arriveras à t’en détacher assez pour être à nouveau capable de ressentir les choses (dixit celle qui a un caillou à la place du coeur).

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  4. Merci pour ton témoignage. C’est extrêmement touchant et très courageux de ta part de te livrer ainsi car ça ne doit pas être facile d’en parler. Après toutes ces années de galère, j’espère que le bonheur va enfin te sourir !

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  5. Super idée d’article, si ça peut aider celles qui témoignent et rassurer celles qui lisent c’est bien. C’est très touchant…

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  6. Très émouvant ton témoignage, sur ton enfance et ton adolescence sombre. J’espère que tu as réussi à t’accrocher maintenant à des choses qui te plaisent pour que la vie te sois plus plaisante. Et j’espère que tu vas bientôt rencontrer l’homme qui ne t’abandonnera pas.

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  7. Je te trouve vraiment très courageuse après tout ce que tu as vécu, je ne sais pas si j’aurais trouvé la force de me relever et trouver l’envie de continuer de vivre au sens de vivre librement, avec force et détermination, l’envie de se reprendre en main et d’aller de l’avant.
    Super idée ces témoignages sinon, ça fait toujours du bien de se livrer quelque part. Parler, avouer, c’est une bonne thérapie.

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