L’amour dure trois ans, du livre au film

Vous avez mis votre féminisme de côté pour lire la théorie de Marc Marronnier selon laquelle l’amour dure trois ans ? Vous avez apprécié l’écriture si propre à Frédéric Beigbeder et vous vous demandez ce qu’il vaut comme réalisateur ? Eh bien ce n’est pas si mal que ça.

« Le meilleur film de Frédéric Beigbeder » annonce la pancarte à l’entrée du cinéma. Ça fait bonne impression mais on relativise vite : c’est la première fois que l’auteur passe derrière la caméra pour réaliser un film.  Et qu’on se le dise tout de suite, si vous n’êtes pas fans des romans de Frédéric Beigbeder, peu de chance que vous tombiez sous le charme de L’amour dure trois ans. L’histoire, c’est celle de Marc Marronier, critique littéraire le jour et chroniqueur mondain la nuit, qui vient de divorcer d’Anne. Nul doute pour lui à présent, l’amour ne dure que 3 ans. Et pour le prouver, il écrit un pamphlet qu’il cherche à faire publier. Mais sa rencontre avec Alice va ébranler toutes ses certitudes. Une histoire d’amour assez banale rythmée par la patte très particulière de Beigbdeder : un peu de drogue, du sexe, de l’amour et beaucoup de cynisme. Alors quand on sait que c’est ce même Beigbeder qui va réaliser l’adaptation de son propre roman, on s’attend à un cocktail explosif. Celles qui ont lu le roman seront déçues de ne pas retrouver l’histoire originale mais une suite du roman. Quinze ans après la sortie du best-seller, le livre est mis en abyme, permettant au réalisateur Beigbeder de moquer gentiment l’écrivain Beigbeder, et on découvre une tout autre version de L’amour dure trois ans, plus actuelle, plus réfléchie.
Louise Bourgoin ne convainc pas

Et pour ce premier film en tant que réalisateur, Beigbeder n’a pas pris de risque côté acteurs. Louise Bourgoin, Gaspard Proust, Joey Starr et Valérie Lemercier occupent les rôles principaux. On se croirait sur le plateau du « Grand Journal ». Offrir son premier rôle à Gaspard Proust, prince de l’humour noir et fin lettré est sans doute la meilleure idée qu’il a trouvé. Non seulement, le réalisateur trouve là un double parfait à l’écran : menton saillant, chevelure romantique, élégance désinvolte avec ce petit côté Hugh Grant, mais en plus, il est charmant et horripilant, drôle et pathétique. Bref, brillant dans le rôle d’un Frédéric Beigbeder complètement seul et déboussolé.  On ne peut pas en dire autant de Louise Bourgoin qui, bien qu’ayant été radieuse dans Adèle Blanc-Sec, convainc difficilement. La relation entre Marc et Alice devient vite ennuyeuse. Heureusement que les seconds rôles sont là. On découvre un Joey Starr là où on ne l’attendait pas mais surtout une excellente Valérie Lemercier qui incarne à merveille le rôle de l’éditrice parisienne au franc parler irrésistible. Les acteurs sont donc dans le cercle de Beigbeder mais que dire de la musique ? La bande originale du film est réalisée par nul autre que Michel Legrand en personne, dont la musique Les Moulins de mon cœur entoure l’intrigue. Et on aime.

Un gant Mappa

Si les lectrices reconnaîtront les grandes lignes de l’histoire, elles y retrouveront aussi les traits d’esprit propres à l’auteur de 99 Francs. « La première année, on achète des meubles. La deuxième année, on déplace les meubles. La troisième année, on partage les meubles»,  « au XXIe siècle, l’amour est un SMS sans réponse »,  « l’amour est le problème des gens qui n’ont pas de problèmes » ou encore « elle me prenait gentiment la main et moi que voyais-je ? Une main molle, blanchâtre, avec la consistance d’un gant Mappa »,  les petites phrases qui évoquent les méandres de l’amour fusent tout le long du film. L’amour dure trois ans n’est pas une comédie qui fait rire mais son réalisme pousse parfois à sourire. Beigbeder réussit à transformer une scène avec du vomi dedans en un numéro de séduction et à faire succéder une sociologie de l’épilation féminine à la vision onirique de lapins entourant des amoureux sur la place Maillot.

Malgré tout, le film de Frédéric Beigbeder laisse perplexe à la sortie. Il ne se passe pas grand-chose dans le roman et le film y est fidèle. Au bout d’une demi-heure, on se lasserait presque du regard bien candide sur les relations homme/femme et des amourettes de Marc Marronier.  Mais Gaspard Proust est à l’aise dans un rôle à la frontière entre le héros, le narrateur et l’imitateur. Et puis, les paysages du pays basque, endroit cher à Frédéric Beigbeder car lieu de sa naissance, combleront les amateurs de belles photos. En bref, et pour paraphraser les paroles de Bukowski en incipit du film : il se dissout aussi vite qu’une brume matinale.

 

Publié le 23 janvier 2012, dans Bouillon De Culture, Ciné, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. Je crois que je n’irais pas le voir. Je crois me souvenir que j’avais bien aimé le bouquin mais j’ai peur que le film soit trop plat, et je n’aime pas du tout Gaspard Proust. Et puis il y a tellement d’autres films qui m’intéressent, qu’il faut bien faire un choix … 🙂

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  2. Je ne pense pas aller le voir, vu que je considère que Beigbeder c’est une phrase bien pour quinze pages de vide total, mais je commente quand même pour dire que j’ai apprécié l’article, c’est très léger, bien écrit !

    (Et j’avais adoré le film 99 francs, mais pas aimé le livre (comme je l’ai dit plus haut : une phrase bien…) comme quoi, parfois le film est une meilleure adaptation !)

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  3. Mmmh. J’étais un peu tentée (ouais ok j’avoue avoir entre-aperçu Nicolas Bedos dans la bande annonce, ça m’a donné envie) mais là beaucoup moins. Ca a l’air très spécial en fait, mais bon, j’irai probablement le voir histoire de me faire un avis.

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  4. Bravo pour ton article que je trouve bien écrit, de belles tournures, simples et efficaces, tu n’en fais pas des tartines et c’est appréciable ^^

    Par contre, je trouve que le film est vraiment à éviter, l’acteur principal Gaspard Proust RECITE d’un ton monocorde avec le regard et le charisme d’un bulot ensommeillé… franchement mauvais et Louise Bourgoin ne relève pas vraiment le niveau, elle minaude beaucoup pour pas grand chose.

    En soi le scénario n’est pas d’un grand intérêt (convenu, prévisible, niais) mais quand c’est pas mal joué ça peut être un minimum divertissant, au bout de 10min on avait envie de sortir de la salle mais on restées en pensant que les autres films étaient déjà commencés et blindés x)

    Du coup, je suis d’accord au sujet des seconds rôles concernant Lemercier et JoeyStarr qui sont justes et dynamiques.

    Le côté « personnage principal se confiant à la caméra » peut être pas mal s’il est bien porté par l’acteur mais comme je l’ai vraiment trouvé MAUVAIS, plat et ennuyeux (enfin, comme Beigbeder quoi, HAN mais c’est une réelle performance d’acteur alooors :D) … j’ai vraiment pas réussi à accrocher. J’y suis allée sans à priori, pour une fois qu’une comédie romantique me motivait (j’avais juste vu l’affiche, je ne me fie plus aux bandes-annonces que je regarde APRES le film désormais) … dommage x)

    Quelques phrases du livres et petites trouvailles font sourire, mais on veut vite oublier le film qui nous fait plus perdre du temps et soupirer qu’autre chose au final. Une brume qui se dissipe, oui, « c’est celaaa oui » 😉

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