Amélie Nothomb

Un chapeau sur la tête, 20 romans à son actif et toujours habillée en noir, pas de doute, nous parlons bien d’Amélie Nothomb. L’auteur belge a sorti son vingtième livre cet été : Tuer le père, aux éditions Albin Michel.

Amélie Nothomb dédicaçant un ouvrage lors du Salon du Livre de Paris le 14 mars 2009.

J’ai découvert Amélie Nothomb grâce à son neuvième roman, Stupeurs et Tremblements, prix de l’Académie Français en 1999. C’était l’une de ces lectures obligatoires pour la seconde. Tout le monde l’a détesté ; je l’ai adoré. C’est l’histoire d’Amélie, fille de Belges qui a vécut sa petite enfance au Japon, a toujours admiré le raffinement et l’art du vivre du pays. Alors qu’elle y retourne pour devenir traductrice dans la prestigieuse société Yumimoto, le lecteur découvre le système japonais du monde du travail, qui consiste à réclamer la perfection des employés, mais également à mettre à l’écart et frapper d’ostracisme, sans toutefois les licencier, les éléments déviants. De traductrice, elle descend jusqu’à devenir « dame-pipi » mais, par honneur, refuse de démissionner. Un roman autobiographique qui dresse un tableau assez sombre du Japon, pays que l’auteur aime pourtant beaucoup. Il faut dire que l’écrivaine belge y est née, le 13 août 1967 (certains sites expliquent qu’elle serait née en 1966 à Etterbeek (Bruxelles) et non en 1967 à Kobë). Fille de l’ambassadeur de Belgique, Amélie Nothomb, Fabienne de son vrai prénom, a voyagé 17 ans entre la Chine, les Etats-Unis et l’Asie du Sud-Est avant de découvrir la Belgique. Une enfance qu’elle aime à raconter dans ses romans. Métaphysique des tubes raconte son histoire jusqu’à l’âge de trois ans. Celle d’une gamine considérée par tous comme « un tube digestif inerte et végétatif dont les activités se bornent à des besoins primaires ». L’occasion d’une réflexion sur la vie et sur Dieu mais aussi de dresser un portrait humoristique de la vie de son entourage. Elle expose pêle-mêle les problématiques du regard, de l’eau mais aussi, et c’est l’un de ses thèmes favoris, la peur. Des questions qu’on retrouvera dans son deuxième roman, Le Sabotage amoureux qui expose la jeunesse de la romancière en Chine, qu’elle qualifie comme le « pays de la laideur » après son départ du « pays de la beauté », le Japon. Un roman court mais prenant dans lequel on découvre que la Chine abrite des ventilateurs. Comme un voyage initiatique, la jeune Amélie découvrira l’amour à travers la jeune Elena, personnage cruel et inaccessible, idéal de beauté enfantine, la guerre avec les batailles que se livrent pendant les trois ans que dure le roman les enfants des ambassadeurs, mais surtout la liberté.

 

Entre marge et extravagance

Les romans d’Amélie Nothomb sont drôles mais toujours acides. Jamais complètement hilarants mais jamais complètement tristes non plus. Ses déménagements à répétition sont vécus pour l’enfant qu’elle était comme des déracinements successifs mais aussi comme « un nomadisme culturel qui décuple sa curiosité et renforce sa précocité ». Elle et sa sœur, Juliette, plongent dans les livres mais aussi la potomanie, ce besoin de boire, principalement de l’eau, l’alcool infantile, le viol ou encore l’anorexie. « Mon corps se déforma. Je grandis de douze centimètres en un an. Il me vint des seins, grotesques de petitesse, mais c’était déjà trop pour moi : j’essayai de les brûler avec un briquet, comme les amazones s’incendiaient un sein pour mieux tirer à l’arc ; je ne réussis qu’à me faire mal ». Autant de souffrances qu’elle raconte dans Biographie de la faim. Elle y évoque dans un style bien à elle et avec brio l’apparence physique et le secret dans les rapports humains. A l’instar d’Attentat, les romans d’Amélie Nothomb invitent au questionnement. Un questionnement sur la normalité et sur le rôle de la société dans cette norme. Si le vocabulaire est peu commun, les références littéraires, philosophiques et artistiques abondent. Tantôt adulée, critiquée ou marginale, Amélie Nothomb fait partie de ces auteurs qu’on aime ou qu’on déteste. Entre 2000 et 2002, elle écrit sept textes pour la chanteuse française RoBERT dont elle romancera la vie dans le Robert des noms propres. Mais au-delà de son style et de ses expériences, Amélie Nothomb est une boulimique d’écriture. Si elle publie un roman par an, elle en écrirait trois chaque année sans les publier, en consacrant au mois quatre heures quotidiennes à sa passion. Et chaque hiver, sa saison préférée, elle relit tous les livres qu’elle a écrits dans l’année. Après avoir choisi celui qu’elle publiera, les autres sont rangés dans une boite à chaussures et ne seront jamais ni publiés ni détruits, comme elle l’a écrit dans son testament car « ils sont mes enfants ! »

Une auteur pleine de contradictions

Outre la peur et l’apparence physique, l’autodérision est une des dominantes dans l’écriture de la Belge. Un style qu’on retrouvera dans Le Voyage d’Hiver où elle évoque le suicide amoureux et l’incohérence de l’existence si on ne s’attache qu’à l’amour. Avec son dernier ouvrage, Tuer le père, sorti cet été, celle qui aime New Born de Muse, le clavecin, Schubert comme le tango a encore fait parler d’elle. Mais depuis quelques années, ce n’est pas forcément en bien. En effet, si l’écriture électrisante de la jeune femme a longtemps fait son succès, aujourd’hui, ses lecteurs lui reprochent son irrégularité dans la qualité de l’écriture et une écriture provocatrice automatique, qui ne parvient pas à renouer avec sa marginalité des débuts. Dans une interview qu’elle accordait au Figaro (pas dans un cimetière, comme en 1996), celle qui avoue avoir peur de l’abandon et de la solitude reconnaît écrire plus de huit lettres par jour à ses quelque 2 000 correspondants. Parfois en se levant à quatre heures du matin – elle adore le petit matin – et toujours avec un stylo bille, sur des cahiers d’écoliers. Après une vie bien mouvementée, l’auteur à la peau blafarde et aux cheveux noir corbeau (et si je vous disais que sa couleur préféré était le vieil or et sa fleur le lys… blanc ?) a décidé de se calmer. Finie les révélations extravagantes sur les plateaux de télévision (elle a révélé chez Bernard Pivot qu’elle aimait les fruits pourris), l’auteur qui vit entre Paris et Bruxelles ne se déplace plus que pour rencontrer ses lecteurs. Fort de leurs succès, Stupeurs et Tremblements et Hygiène de l’assassin (son premier roman) ont été adaptés au cinéma. Et pour celles qui aiment les défis, amusez-vous à chercher dans son dernier livre le mot « pneu », qu’elle s’est promis de placer dans chacun de ses romans.

Publié le 21 novembre 2011, dans Lire, Monidole, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. J’ai découvert Nothomb avec Stupeur et tremblements moi aussi ; du coup, j’ai lu beaucoup de ses autres bouquins et j’essaie de suivre ses publications depuis. Le problème, c’est que j’ai vraiment accroché avec ses premiers romans et j’ai beaucoup plus de mal avec les plus récents. J’ai emprunté son dernier à la bibliothèque et je n’ai pas encore eu le temps de le lire.
    Par contre, grâce à cet article, j’ai envie de relire les tous premiers, que j’avais vraiment adoré.

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  2. J’ai découvert, comme toi, Nothomb avec Stupeurs et Tremblements et depuis je vacille entre « ouais bof » et « ouah trop cool » à la plupart de ses romans. J’ai l’impression d’admirer l’écriture de la Belge dans ses oeuvres les moins connues. Je n’ai vraiment apprécie Un voyage d’hiver mais j’ai adoré (je le relis de temps en temps) Acide sulfurique, le sujet est génial, l’approche est très intéressante, et Une forme de vie. (Je te les conseille fortement)
    Merci pour cet article.

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