Monidole : Alexander Mcqueen

Le dernier portrait d’Alexander McQueen, par Steven Klein

Le créateur Alexander McQueen nous a quitté le 11 février 2010 – déja -, mettant fin à ses jours et à mes espoirs de le voir un jour fouler du pied un catwalk après un de ses merveilleux défilés. Je suis d’accord, les deux enjeux ne sont pas comparables, mais quand même : je suis bien triste. McQueen était de ceux capablesde réconcilier n’importe qui avec la haute couture : loin de la prétention des collections pour grand mères liftées, chacune de ses saisons passait comme une exposition mouvante, un tableau de maître fluctuant, car celui qui reçut à 4 reprises le prix du designer britannique de l’année ne dessinait pas des vêtements, mais des oeuvres d’art.

Alexander McQueen est né en 69 (excellent cru comme chacun sait). Fils d’un chauffeur de taxi et d’une prof de sciences sociales, le jeune Lee (de son premier prénom) est le petit dernier d’une fratrie de six enfants, un milieu modeste qui n’augure habituellement pas de fulgurantes carrières dans la mode. Mais à force de faire des robes pour ses soeurs, le démon fashion s’empare de son avenir : il quitte l’école à 16 ans et commence son apprentissage chez des tailleurs et des costumiers de théâtre, à l’origine de sa capacité phénoménale à parfaitement couper des vêtements. Comme on se lasse de tout, même de tailler des costumes à Gorbatchev et au Prince Charles, McQueen rentre à la célèbre Central Saint Martins College of Art and Design. Celui qui n’était alors qu’un tailleur anglais voit son destin basculer.

Intermède : McQueen a formé avec la styliste Isabella Blow un couple athypique, aussi passionné que platonique, se nourrissant l’un de l’autre jusqu’à s’en dévorer. Vous parler d’Alexander McQueen sans aborder la mal aimée Isabella n’aurait pas de sens : elle participa à sa naissance comme à sa mort, et leurs deux destins resteront étroitement liés, probablement pour la postérité.

Je reprends donc :

Lee reçoit un jour un appel de sa mère : « Il y a une folle qui n’arrête pas d’appeler au sujet de tes vêtements« . Isabella Blow, alors rédactrice du Vogue anglais après avoir ses classes comme assistante d’Anna Wintour, a en effet assisté au défilé du Saint Martin College et est tombée raide dingue de ce que fait McQueen. Inconnue du grand public mais pointure dans le métier, Isabella sait repérer un talent mode comme personne : Stella Tenant, Sophie Dahl, Philip Treacy le chapelier fou ou le créateur Hussein Chalayan, tous furent découverts par Issie. Mais sa plus grande trouvaille fut résolument McQueen. Alors qu’il a 23 ans et a tout juste obtenu son diplôme de fin d’année, ils se rencontrent pour la première fois. Elle lui demande combien couterait une de ses vestes. « 300 livres » répond il. « Cher pour un étudiant » rétorque t-elle. Lui conseillant de faire carrière avec son deuxième prénom (Alexander est né), elle achète dans la foulée toute sa collection de « graduation ».

« Burning down the house », Alexander McQueen et Isabella Blow par David Lachapelle

Alexander habite un temps au rez de chaussée de la maison qu’Isabella partage avec son mari. Elle devient sa muse, elle dont le propre visage ne lui inspire que des complexes. « Si vous êtes beau, vous n’avez pas besoin de vêtements, déclare-t-elle un jour au Vogue américain. Si vous êtes moche comme moi, vous êtes comme une maison sans fondations, il vous faut quelque chose pour tenir debout. » Les deux partagent une noirceur, un passé douloureux, une enfance jamais pansée. Ils seront d’ailleurs tous les deux fascinés d’apprendre que McQueen descend d’une longue lignée de creuseur de tombes. Un symbolisme qui leur parle. Côté carrière, McQueen travaille avec Bjork : il dessine le fameux costume qu’elle porte sur la pochette de l’album Homogenic, et réalise son clip Alarm Call.

Homogenic

C’est à cette époque que la maison McQueen se fait connaitre et commence à choquer le petit monde convenu de la mode : on lui doit l’explosion du pantalon taille basse, dit « bumsters » (et on dit « merciiiii Alexander ») ou la collection Highland Rape, dont la noirceur du nom peine à ne pas laisser transparaître les tréfonds du créateur. McQueen grave dans l’histoire de la mode ses mises en scène iconoclastes, ses imprimés novateurs, ses coupes savamment travaillées qui redessinent la femme en une créature longiligne et racée.

Highland Rape
Le « Chestwalk »

En 1996, consécration : McQueen est appelé à remplacer son compatriote John Galliano a la tête de la maison Givenchy. Isabella Blow attend un retour d’ascenseur de McQueen, qui ne viendra jamais. Leur relation ne sera plus jamais la même.

McQueen ne se sent pas aussi bien accueilli que le fut Galliano chez LVMH. Il qualifie sa première collection chez Givenchy de « merde » au Vogue américain en 1997, et fait savoir à Bernard Arnaud (le directeur du groupe LVMH) qu’il ne le trouve pas « pertinent » à la place qu’il occupe. Gagnant ainsi ses galons d' »enfant terrible » et de « hooligan » de la mode, McQueen continue à provoquer, faisant défiler le mannequin doublement amputé Aimee Mullins avec des prothèses en bois spécialement créée pour elle, ou faisant jeter de la peinture en plein défilé sur les mannequins et leurs sages robes en coton blanc. McQueen quittera Givenchy, la maison qui « contraignait sa créativité » à la fin de son contrat, trois ans plus tard.

Aimee Mullins et ses jambes de bois et les éclaboussées de McQueen

2000 marque le début de la fructueuse collaboration de McQueen avec la maison Gucci : désormais détenteur du budget dont toute sa grandiloquence a besoin, il ouvre de nombreuses boutiques à son nom dans le monde entier, devient le plus jeune créateur à remporter le prestigieux (le premier des quatre qu’il recevra) « Designer britannique de l’année », il crée une ligne très populaire chez Puma, trouve les bonnes graces des peoples, de Nicole Kidman à Madonna en passant par Sarah Jessica Parker, j’en passe et des meilleures. En 2006 McQueen présente une collection qui restera purement et simplement gravée dans la mémoire collective et arrachera des larmes au pourtant si botoxé public de la fashion week : utilisant la technologie à bon escient, il fait danser un hologramme de Kate Moss dans un final d’une poésie à couper le souffle, loin, trèèès loin de la froideur habituelle du catwalk.

La collection 2006

En 2007 la triste réalité rattrape Alexander McQueen, car la 7ème tentative est la bonne : Isabella Blow met fin à ses jours en s’empoisonnant. Lassée de l’ingratitude de ses amis, se sentant délaissée, mal aimée, ne pouvant se remettre de ne pas réussir à donner d’enfant à son mari et surtout rattrapée par les démons qui la dévoraient depuis toujours, Issie parvient à se donner la mort au terme d’une longue lignée de tentatives toutes plus mélodramatiques les unes que les autres. Alexander s’impliqua énormément dans l’enterrement, prenant soin d’habiller son amie d’une de ses créations avec laquelle elle fut inhumée, et resta sourd aux rumeurs qui le disait « brouillé » avec Issie avant sa mort.

Le compte à rebours débute : McQueen nous gratifiera de son art encore 3 ans. Les robes papillon et les fameuses chaussures pince de homard que Lady Gaga porte dans Bad Romance, c’est lui.

Les chaussures « pinces de homard »

Les robes papillon

Le 3 février 2010, sa mère bien aimée, Joyce, meurt d’un cancer. Le 11 février, Lee la rejoint. Il laisse une note, laconique : « Look after my dogs, sorry, I love you, Lee« .

Ainsi s’éteint un des plus grands créateur de mode de tous les temps : fatigué, déprimé et le plus souvent réfugié dans des paradis artificiels. Mais le nom qui fut le plus prononcé à l’annonce de sa mort fut celui d’Isabella : d’après nombre de ses proches, il ne s’était jamais remis de son décès.

Mort une petite semaine avant son dernier défilé comme directeur artistique de la maison McQueen, les hommages fusèrent de toute part. Il fut décidé que la marque McQueen survive à son créateur, et que son travail perdure au travers de ses exs petites mains, pétrissant un héritage désormais plus que conséquent.

Lee Alexander McQueen : 1969 - 2010

À propos de Aime Pi

-  C'est  tout  c'que  vous  trouvez  à  dire  ?                                                                                                                                            -  Ouais.  Allez  vous  faire  foutre.

Publié le 17 novembre 2011, dans Mode, Monidole, et tagué , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

  1. Alors c’est drôle, j’ai un peu le même sentiment envers McQueen qu’envers certains philosophes, là je pense à certains passages de Nietzsche : on est reconnaissant qu’ils existent, dans leur domaine particuliers ils ont révolutionnés la façon de faire, de voir, ils auront chacun déposé une pierre qu’on ne peut pas éviter, un testament, mais ça ne m’évoque rien. Je trouve ça ni beau, ni moche, je trouve ça fantastique, au sens premier du terme : c’est assez étrange mais merveilleux (à nouveau au sens littéraire du terme – la robe papillon notamment me donne cette impression), mais il y a un truc qui me fait rester « en dehors ». Je trouve ça très dramatique, comme une avalanche, et du coup ça me refroidit, ça me laisse circonspecte ! Mais esthétiquement c’est intéressant, on ne peut pas ignorer son travail, c’est sur et certain, simplement… ça me parle pas ! Merci pour cet article qui retrace sa courte vie, que je connaissais mal, jusque là j’étais seulement décontenancée par les soupirs qui semblent/semblaient invariablement l’évocation de son nom ou son travail.

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  2. Ca m’étonne pas que tu aimes Mc Queen, je t’aurais bien imaginée en muse de mc queen, tiens. (ceci est un compliment, oui)

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  3. Exactement pareil, je ne le connaissais que de nom et ça fait du bien ce genre d’articles ! (et rien à voir mais wow il était beau !)

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  4. Il est super cet article ! Je connaissais pas du tout, enfin juste de nom, j’ai appris plein de trucs.

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  5. Super article ! Très instructif et intéressant.

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