Ta gueule !

Aujourd’hui un article dédié à l’une des seules phrases au monde plus promptes à être pensées qu’à être dites, le fameux « ta gueule », déclinable en « ferme ta bouche », « pouet-pouet camembert » et autres « ta bouche ». Ce sentiment où plus un mot n’est tolérable, où on ne souhaite que le silence pur et dur, les oiseaux qui sifflent, la rivière qui coule, les papillons qui volent et les vaches qui chient. Mais juste plus aucune voix humaine.
Et comme tout le monde a au moins prononcé ou dit cette phrase, il vaut donc la peine de laisser quelques paragraphes sur ce moment de frustration.

1. Ta gueule!

On l’a tous vécu. 7h30 du matin, dans le bus, en hiver, il fait froid, les places assises sont occupées depuis au moins la première station par des vieux visiblement pas au courant qu’ils sont en retraite (alors pourquoi se lever aussi tôt ???), les yeux dans le vide, le teint Guy Georges et la perspective de 8h de cours dont 4 de philo. Déjà de quoi pousser 70% de mes lectrices au suicide, mais non, quand y’en a plus, y’en a encore : un gamin, 3 ans environ,  visiblement réveillé (lui au moins) pousse des cris stridents qui ne veulent rien dire, si ce n’est « je suis un gamin et je veux faire chier ». Et tout le monde, réuni par une télépathie à la « We are the world », pense fort, très fort « MAIS TA GUEULE !!! ». Mais ! Mais. Problème. Tout le monde le pense, mais ne dit rien. Car.
Hypothèse numéro 1 : En cas de « ta gueule » impossible à réprimer, le gamin, apeuré par cet ordre braillé tel un nazi, crie de plus belle, en plus de la mère scandalisée par cette impolitesse.
Hypothèse numéro 2 : En plus de ça, une femme (en formation d’auxiliaire puéricultrice) s’indigne d’une telle antipathie et dit adorer les cris de cet enfant, mais les cris d’un enfant c’est tellement meuuugnoooon.
Hypothèse numéro 3 : hit combo = Elles sont plusieurs.
Vous êtes donc foutue, félicitations.

Mais calmez-vous!

Bref vous l’aurez compris, il est pratiquement impossible de libérer ce « ta gueule » profondément encré sans créer un énorme désagrément. Cela dit il est possible d’éviter de justesse la folie en suivant ces quelques conseils : D’une, le lecteur mp3 est toujours très utile. Ainsi le cri d’un gamin se transformera en cri aiguë de « The Darkness » (le « love » de « I Believe In A Thing Called Love » !), le monologue chiant d’une blonde narcissique en rap british de The Streets. Si la pauvreté vous accable et vous met dans l’impossibilité de vous procurer ce sauveur de vie, il reste toujours le cinéma de tête : imaginez-vous scalper cette blonde, touffe par touffe, qui tiendra plus du clodo que du mannequin, ou que cette mère de famille se mette plutôt à calmer son enfant au lieu de le laisser faire ce qu’il veut… et ouf, ça ira déjà mieux. Les crâneuses seront toujours libre d’imiter Joe la Mouk.
Pour tous les autres cas, il existe également le discours, comme par exemple s’il s’agit d’une amie qui a un nouveau petit ami (souvent à l’origine d’une explosion des nombres de « ta gueule » pensé profondément). N’hésitez pas à changer de sujet de conversation lorsque vous estimez que vous en avez fait le tour, de préférence avec un thème assez important pour qu’elle ne prenne pas cela mal. Et si au contraire elle se fait larguer, ce n’est pas d’un « ta gueule » dont elle a besoin, mais beaucoup plus de mots réconfortants.

2. Ma gueule !

De toute façon, c’est toujours les autres ! Ou pas. Nos grand-mères nous disaient toujours de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler (ou dans celle de son voisin, comme le disait ma prof de français), et ce n’est pas pour rien ! Il arrive des fois de parler trop vite et de lâcher des choses qui devaient ne pas sortir du domaine du « super privé pour moi toute seule ».

Situation : Kevin-Jason, le mec que vous convoitez depuis 10 ans (en vrai 4 jours) vous invite enfin au summum de la classe, à un restaurant américain. Lors de la discussion, entre deux frites, vous apprenez à plus vous connaître, plus intimement et parlez de votre enfance. Il vous avoue avoir été amoureux de Vanessa Demouy (celle de Classe Mannequin, pour les incultes) plus jeune. Vous êtes sur le point d’avouer avoir été amoureuse de Bourdu de Sailor Moon, donc d’un morceau de papier crée à 10 000km de là. Et, à peine aviez-vous furtivement pensé que c’était peut être trop la honte, vous lâchez le morceau. Il vous regarde d’un air questionné, cette fille était donc amoureuse de 3 traits de crayon de couleur. Et là, vous pensez qu’effectivement, vous auriez dû fermer votre gueule.

Chez certaines personnes (ne citons pas de noms, mais l’une d’entre elles a un nom qui commence par « G » et fini par « reta »), cela est récurent et n’est pas forcément très grave. Dans ce cas ci, dites-vous que s’il veut sortir avec vous, partager votre lit et avoir la place convoitée du gobelet à brosse à dent, il devra accepter votre amour inespéré pour Bourdu, épicétou. Mais dans un cas comme la boutade : « vous avez tous l’air triste, y’avait un enterrement  ces temps ci ? » alors qu’effectivement, quelqu’un était mort (véridique…), pensez tout de même à réfléchir avant de parler. Le cas contraire, réparez le tir en toujours riant de vous-même, l’autodérision étant la meilleure arme pour faire oublier une gaffe. Au mieux, vous aurez l’air mignonne. Au pire vous aurez l’air stupide, mais rien ne vous empêche de lancer une réflexion telle que « aimer un bout de papier, n’est-ce pas le paroxysme de notre société de consommation où l’amour se trouve désormais sur internet, où on tombe amoureux de pixels, preuve que nous sommes constamment seuls dans cette société où le « marche ou crève » semble faire la loi ? », et bingo, à moins que Kevin, se sentant attaqué par cette inondation d’adverbes à 3 syllabes, ne s’en aille regarder « Secret Story ».

Comme je ne veux plus être la seule à avoir raconté mes plus grosses hontes, avez-vous déjà connu des situations semblables ?

Ou ça, ça marche aussi.

À propos de Greta

Française (de papiers), Allemande, Québécoise et Suisse de coeur qui a mangé l'ironie et l'humour (périmé) avec la cuillère. Manie la langue et la culture allemande comme les mecs manient l'hélicobite. J'aime les épinards, la littérature française et regarder "Confessions Intimes". J'aime pas la guerre, le racisme et la croûte des gâteaux.

Publié le 9 novembre 2011, dans Day By Day, Société, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 6 Commentaires.

  1. Je suis la reine du ta gueule, aussi décliné en « TG » et en « chuuuuuut » quand je veux être polie. Quelques autres variantes ? « sérieusement, ta gueule! » … « eh machin : ta gueule! » « je voulais dire un truc, la, mais je me souviens plus. – (l’autre recommence à parler) – Ah siii ta gueule ! ».

    Je suis méchante, mouahaha.

    Le « ma gueule » aussi, quand je dis de la crotte et que je m’en rends compte. Généralement c’est trop tard.

    Bref super article, très drôle !

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  2. Mais enfin, quelle jeune fille n’a pas ete amoureuse de Bourdu?!
    Sinon, je pense et parfois ose dire « ta gueule » assez souvent, bon ok, je triche > quasi personne ne comprend ici mais qu’est-ce que ca fait du bien…

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  3. Génial cet article! xD
    Et le « cinéma de tête » (bien trouvé) y’a que ça de vrai en ce qui me concerne. Enfin en général, dans mon cinéma de tête je suis pacifique physiquement, mais je trouve miraculeusement une bonne répartie pour fermer la gueule de la cible! Ou je gueule à la Joe la Mouk (danke schön pour le lien c’est marrant je connaissais le nom mais j’avais jamais vu la vidéo !)

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  4. Haaaa je confirme pour les cris d’enfants, moi-même qui ai mon diplôme d’animatrice et qui m’occupe souvent de mômes de 4 à 12 ans, je le pense, le ta gueule, je le pense héhé.

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  5. Excellent xD
    Je suis quand même un peu troublée, le mec de la photo ressemble étrangement à mon médecin généraliste…
    Ha justement y’a aussi tous les « TA GUEULE » du « On s’en fout de ce que tu dis ». Plus piquants mais tellement efficaces.

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    • Oui les « ta gueule » de ceux qui disent des trucs dont on s’en fout grave, j’en avais parlé dans l’article d’origine, mais comme ça faisait trop long je l’ai supprimé, et même supprimé de l’article sur mon ordi :/ mais en commentaire je pourrais essayer de l’écrire comme je l’avais fait à l’origine.

      Et merci, ça fait plaisir que ça vous plaise 😀

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