Jane’s Addiction : la rétrospective

Comme la majorité des groupes de rock, Jane’s Addiction était, à l’origine, un groupe minuscule, produit par un label indépendant. Mais seulement 5 ans plus tard, le groupe avait fondé le Lollapalooza, festival culte des 90’s, et y faisait ses adieux. Jane’s Addiction s’est éteint en une poignée d’années : ce groupe, pourtant emblématique de l’alternatif des années 90, avait explosé en vol avant même que Nirvana n’entre dans les charts. Les raisons sont multiples, et montre surtout que Jane’s Addiction a pris à cœur d’appliquer le programme : sex, drugs, and rock’n’roll.

« I like when things kind of go to hell »

En 1987, Jane’s Addiction n’est qu’un groupe underground de plus à Los Angeles : ils font, depuis un an, des concerts auxquels les gens vont, surtout, pour prendre de la drogue et se taper dessus. Ce qui n’est pas complètement pour déplaire aux membres du groupe – le batteur, Stephen Perkins tient alors ces propos dans un journal de la ville « When people go ape shit that’s the biggest compliment we could get ». Leur notoriété leur vient d’abord et avant tout des concerts – leur tout premier disque, éponyme, est d’ailleurs un live, enregistré au mythique Roxy Club à Hollywood, hypnotique et sauvage. Une nervosité dérangeante traverse chaque disque de Jane’s Addiction, une énergie phénoménale et à tout rompre, dont témoigne ce premier disque avec urgence.

– NB : avertissement à propos des vidéos. Souvenez vous. Ce sont les années 90. Et à L.A. dans les années 90 : NO SHAME. (ah et WB a désactivé les vidéos : allez les voir sur Youtube !)


Par rapport à la multitude des groupe punk et hardcore qui existent en Californie à l’époque – la mecque du rock indépendant, il y a déjà chez Jane’s une dimension spirituelle.

Sur scène, Perry psalmodie presque, les beats entêtant de Stephen Perkins se transformant parfois en syncopes primitives (Trip Away, Chip Away), bref il y a une dimension dyonisiaque patente, qui s’accompagne d’une esthétique païenne, poussive et aujourd’hui surannée. Le groupe n’a alors qu’un an d’existence mais Flipside les compare déjà à Led Zeppelin. Ils n’ont pourtant pas la veine blues de Led Zep, mais on retrouve, comme chez le groupe mythique anglais, une énergie brute, imparable et une alternance entre des morceaux simples et directs, et des titres plus tranquilles et poétiques (I would for you).

Si Jane’s Addiction rappelle Led Zep, ils n’ont pas pour autant un son retro ou 70’s, ils sont même plutôt hyperfuturistes : leur son est grunge, voire métallique, avant l’heure. D’ailleurs la comparaison n’enchante pas tout le monde : Eric Avery, le bassiste (et l’intello du groupe – l’un de ses albums solos étant tout de même inspiré d’une citation de Leibniz..) ne manquant pas de rapporter en interview que « Led Zeppelin a fait de la musique intéressante, mais avait des textes crétins. C’est cool d’infuser un peu d’intelligence plutôt que d’avoir un chanteur qui divague à propos de fées, magiciens et de presser des citrons » (référence au sulfureux texte de Lemon Song, lui même pompé à la base sur deux bluesmen Robert Johnson et Howlin’ Wolf). La ressemblance en fait tient beaucoup à la structure de tous les groupes de rock qui auront fait date : chanteur charismatique, à une batterie incorruptible, et surtout, à la guitare déchaînée de Dave Navarro, guitar hero de même pas 20 ans quand il joint le groupe, toujours sur le fil du mauvais goût.

Le plus surprenant dans Jane’s Addiction -outre leur performances sur scène dont on revient pas tout à fait indemnes, ce sont leurs influences. Dave Navarro, qui cite à l’envie que ses guitaristes préférés sont Page et Hendrix, et Perkins aiment le rock badass – ils se sont connus au lycée et jouaient alors ensemble dans Dizaster (sic) un groupe de speed metal (sic²). Ce sont leurs goûts communs pour des groupes beaucoup plus chics, Joy Division et le Velvet Underground qui ont rapproché l’autre moitié de Jane’s Addiction, Perry Farrell et Eric Avery : Jane’s connaît ses classiques. Mieux : sait les digérer. Sur le premier album, le groupe n’hésite d’ailleurs pas à commettre l’impardonnable : reprendre le Velvet Underground (Rock’n’Roll) et les Rolling Stones (Sympathy For The Devil). Déjà sur cet enregistrement, Perry apparaît comme le plus excentrique et flamboyant du tout, caractère ardent qu’exacerbait sa relation amoureuse de l’époque.

Aujourd’hui retranchée à Bakersfield, Californie, Casey Niccoli fut un temps considérée comme la muse de Perry Farrell, comme l’attestent les crédits de Nothing’s Shocking, 1er album officiel du groupe – elle y figure comme « art assistant & lover ».

Pendant 8 ans Casey Niccoli a non seulement été la petite amie, mais le pendant artistique de Perry Farrell : la couverture de Nothing’s Shoking était par exemple une photographie d’une sculpture réalisée à partir de son corps, de deux sœurs siamoises, le crâne en feu. Elle inspire Classic Girl, le titre poignant qui termine le deuxième album studio du groupe (« They never can be, not like a girl, such a classic girl »). C’est aussi elle qui a réalisé les clips de Stop et Been Caught Stealing, les deux singles qui signeront, en fait, la fin du groupe – Perry ne se déplacera alors même pas pour recevoir le MTV Awards récompensant le clip. On ne peut que s’entendre à dire qu’elle a investi plus qu’elle n’a reçu… puisqu’elle vit à présent seule, et, surtout, n’a jamais reçu la moindre compensation financière ni morale pour son implication dans le groupe…

Muse déchue de son trône : le couple Casey-Perry était un des mythes de la première formation de Jane’s Addiction, Casey apparaît dans les clips, les flyers, les photos du groupe ; dans The Gift, un docu-fiction à propos de l’enregistrement de Ritual de Lo Habitual mais surtout à propos de l’amour entre Perry et Casey, ils mettent même en scène leur (vrai) mariage au Mexique – qu’ils n’ont pas cherché à rendre légal aux Etats-Unis, et renvoient à leur fans le témoignage d’un amour pur mais dément. Barton Saunders rapporte, un brin nostalgique, que le message de leur répondeur à l’époque était le suivant : « vous êtes chez Perry et Casey, Roi et Reine de Los Angeles », bref ils sont passionnément amoureux, ils créent, vivent, et s’auto-détruisent ensemble. Mais finalement, tout ce qui demeure de cette période, c’est la notoriété qui la suit toujours, comme une aura.


Surprenant aussi, leur attitude face à la drogue : complètement irrévérencieux et typiquement californien, Dave Navarro, Perry et Eric Avery n’hésitent pas à commenter leur passé de junkie – une bonne partie des chansons de Jane’s Addiction ayant de toutes façons pour sujet le sexe et/ou la drogue. Les couvertures des deux premiers albums studios, Nothing’s Shocking et Ritual de lo Habitual, ont par ailleurs été censurées un temps, malgré le premier amendement, pour cause de nudité. Album-phare, seminal, Nothing’s Shocking contient une vigueur qui fera date. On ne se réclamera jamais vraiment de Jane’s Addiction, mais la critique ne manque pas de saluer la sortie de l’album, souvent considéré comme le meilleur disque du groupe, en tout cas, hyper-prometteur.


Nothing’s Shocking, sorti un an après l’enregistrement du Roxy, est un disque extrêmement romantique, au sens le plus pur du terme : c’est un déferlement. Preuve en est le titre d’ouverture : Up The Beach, première chanson, d’un premier album studio, il n’y a pourtant rien de la maladresse légitime des groupes qui font leur débuts. La piste 2, c’est tout simplement Ocean Size. Chanson imparable, immense, nécessaire. Vivifiante et à la ligne de basse obsédante, Ocean Size témoigne, aussi, des talents des 4 musiciens qui constituent Jane’s Addiction. Je ne comprenais, je ne comprends toujours pas vraiment, d’où Jane’s venait, ça semblait une synthèse outrancière de punk, de metal (déjà en 1988), de rock indie, bizarrement matinée d’influences orientales, moite mais sur-énergique. Ca semble improbable ? Ca l’est. Un groupe que je n’ai, tout simplement, pas peur de tagguer « Porn groove » dans mon Itunes.

Sur cet album, entre l’épique Mountain Song, le dérangeant Ted… just Admit It (repris dans la B.O. de Tueurs Nés de O.Stone), l’immensément triste Summertime Rolls, on trouve aussi Jane Says, titre qui se contente, pour sa part, d’être simplement une bonne chanson.

Pas une chanson véritablement intéressante, même un peu monotone avec ses 2 accords répétés comme une litanie. Premier single, devenu la chanson emblématique du groupe, celle qui fédère, que tout les fans entonnent d’une même voix, quand, en rappel, Dave Navarro fait raisonner le premier accord : « Jane says, i’m done with Sergio, he treats me like a ragdoll ». Même pour ceux qui ne sont pas fans absolus de Jane’s Addiction, Jane Says est devenue un hymne, le « Stairway To Heaven » des années 90 selon Dave Jerden (leur producteur à l’époque et ayant également travaillé avec Talking Heads, Frank Zappa, les Stones et les Red Hot avant de s’engager avec Jane’s). Elle a ce charme, intangible, indéfinissable des standards du rock, qui fait que l’on bloque complètement sur sa petite mélodie qui raconte l’histoire d’une junkie et de son boyfriend nocif, Sergio.

Les autres titres de l’album ne connaîtront évidemment pas le même sort. Jane Says est l’exemple typique du titre « easy listening », ce n’est pas vraiment le titre le plus représentatif du son, souvent convulsif, du groupe, si ce n’est que la Jane dont il est question est la Jane qui inspira le nom du groupe. Au milieu des années 80, elle vivait avec Eric Avery et Perry Farell à la Wilton House, et sa dépendance à la drogue y avait démocratisé l’expression « Jane’s Addiction ». Aujourd’hui complètement fauchée, elle vend sur ebay les 30 derniers albums autographiés paru chez XXX.


Suite à la sortie de l’album, Jane’s Addiction part en tournée avec, tout simplement, Iggy Pop (alors à la recherche de nouveaux talents). Dommage, étant défoncés tout du long, ils n’en ont pas spécialement de souvenir. Non seulement à cause des drogues, mais aussi à cause des royalties qui commence à affluer, la graine de la discorde est plantée, et on prédit à Jane’s Addiction une ruine imminente. Deux an plus tard sort pourtant Ritual de Lo Habitual qui compile des tour de forces, des hits comme Stop ! et Been Caught Stealing, le spasmodique Ain’t No Right (probablement mon titre favori de Jane’s, s’il faut vraiment en choisir un seul et unique) mais aussi des chansons déchirantes comme Then She Did un morceau dépouillé évoquant le suicide de la mère de Perry Farrell, et, surtout, Three Days : épopée de 10′ – dont le solo de guitare complètement décadent aurait été enregistré en une seule prise, et qui raconte le week end de drogue et de sexe de Casey, Perry, et Xiola Blue, la (jeune) copine de Perry avant Casey et qui mourra prématurément. D’une overdose à 19 ans.

Les choses ne vont donc pas exactement bien. D’ailleurs Perry finira l’été arrêté : alors que lui et Casey vivaient à l’hôtel à Santa Monica -leur appart étant crade et bordélique et l’un comme l’autre n’étant même pas assez lucides pour le ranger comme tout adulte fonctionnel, les tourtereaux avaient élu domicile à l’hôtel, la femme de chambre rapporte aux autorités qu’elle y a trouvé des drogues.

« Life is short, get carried away »

A ce stade, en 1991, le guitariste, Dave n’a que 23 ans, le bassiste, Eric, 25. Ce sont déjà des rocks stars usés, ayant derrière eux des disques plus grand que nature. Par rapport à Nothing’s Shocking, Ritual est plus compliqué, tordu, plus proche du sublime – au sens que Burke et Kant conceptualisèrent : c’est un disque phénoménal, impressionnant et dangereux. Chaque jour, tant au studio qu’en tournée, pourrait d’ailleurs être le dernier. Les relations sont explosives. Le tour bus est d’un commun d’accord divisé, quand Dave et Eric ont besoin d’une pause, ils annexent le fond : ils sont récemment devenus clean et tentent de le rester.

En juillet de la même année, pourtant, ils participent au Lollapalooza, le première festival itinérant traversant les Etats-Unis, enfanté par Perry Farrell et rassemblant, non seulement des musiciens, mais aussi des artistes de cirque, des happenings artistiques en tout genre, et qui aura accueilli Nine Inch Nails, Rage Against The Machine, Primus… Mais dès le premier show, à Phoenix, Arizona, Perry et Dave en viennent aux poings sur scène. Les membres du groupe honorent leur contrat, mais attendent avec une impatience non dissimulée la fin du festival. Malgré l’exposition conséquente dont le groupe bénéficie– les deux singles de Ritual de Lo Habitual, Been Caught Stealing et Stop étant tous les deux largement diffusés à la télé, le groupe concrétise la séparation à laquelle ils songent tous depuis un moment – aux multiples problèmes d’entente s’ajouterait un faux pas conséquent… Eric Avery serait coupable de l’innommable : il aurait essayé de séduire Casey, la petite amie du chanteur… « Even in rock’n’roll, you don’t do that » estime Perry.


Perry et Stephen Perkins se rassemblent pour créer Porno For Pyros, Eric Avery et Dave signent un disque ensemble sous le nom de Deconstruction.

Si certains titres de Porno For Pyros ont la même couleur, chatoyante et moirée, que Jane’s, ni Porno For Pyros ni Deconstruction ne se présentent comme la suite et l’héritage de Jane’s Addiction. Ils exacerbent plutôt les différents horizons dont venaient chacun des membres, Jane’s restant le projet qui les unissait. Pourtant, quand quelques années plus tard, en 1997, il est question d’une reformation, Eric Avery, encore échaudé par la fin plutôt dramatique du groupe, ne signe pas. Qu’importe, Flea, le charismatique bassiste des Red Hot Chili Peppers, qui joue depuis 3 ans avec Dave Navarro les ayant rejoint, prend sa place. Mais Flea est en fait un vieil ami, il jouait déjà (de la trompette) sur Idiots Rule, sur Nothing’s Shocking.

Flea n’a pas le jeu intellectuel, froid, « anglais » de basse de Eric Avery (confirmé par ses génialissimes projets suivants : Deconstruction, Polar Bear), il joue à la main et pas au médiator, mais il groove, et donne une nouvelle dimension à des titres qui accusent déjà dix ans de vie. Les apparitions du groupe ont gagné en un certain… professionnalisme : Perry n’est plus en lingerie, corset, et dread sur scène, on est loin de l’énergie punk du début : chaque concert est une grande messe burlesque, un show de freak de grande envergure, auquel il apparaît déguisé et ivre. Et puis il y a les choses qui ne changent pas : le Relapse Tour comme l’indique son nom, est tristement célèbre -et documenté par le film de Carter Smith, Three Days, pour la quantité alarmante de dope qui y fut consommé : Dave et Perry sont drogués à peu près jusqu’aux yeux.

Au même moment paraît Kettle Whistle, un disque intéressant, qui rassemble de nouvelles versions de certains titres (version demo de Ocean Size, magnifique version acoustique de Jane Says) et quelques nouvelles chansons gardées de côté: probablement le meilleur disque pour découvrir Jane’s. A ce moment, le mythe est déjà construit – en annonçant la séparation de 1991, 6 ans auparavant, Rolling Stone Magazine, rendait déjà hommage à Jane’s Addiction sous forme d’oraison funèbre en professant que Jane’s, ayant incrusté la musique alternative dans les charts mainstream de l’époque, avait tracé la voie des plus gros groupes de grunge et indie à venir – Nirvana et Smashing Pumpkins pour ne nommer qu’eux. Cette tournée confirme le sentiment que Stephen Perkins confiait en interview «Jane is like a porsch : fast and mean». Jane’s Addiction n’a qu’une seule dimension, l’auto-destruction. Plus les membres se déchirent, se ruinent la santé à l’héroïne, plus ils flamboient.

La métaphore de la petite amie un peu chiante et compliquée revient souvent, dans la bouche des membres eux mêmes, pour décrire Jane’s Addiction. Jane’s Addiction, ce n’est pas la girl next door, la fille sympa qui joue à la console, tendre et souriante, c’est cette petite amie vénéneuse, attirante, mais toxique. Eric Avery rapporte d’ailleurs son soulagement en interview lorsque le Relapse Tour se termine : « peut-être que maintenant, où que j’aille, je ne vais pas entendre parler de cette fille avec qui je suis sortie il y a un bon moment pour me dire avec qui elle est à présent ». Faire partie ou avoir fait partie de Jane’s Addiction c’est avoir fait partie d’un groupe spécial, de quelque chose de grand… Perry Farrell n’hésite pas à désigner les autres membres du groupe comme ses frères. Et, aussi considérables que soient les divergences et haines qui ont pu déchirer les membres de Jane’s, tous étaient peut-être soudés par l’indéfectible fierté d’avoir pu un jour produire des albums aussi excitants que Nothing’s Shocking ou Ritual de Lo Habitual.

Sa majesté Jane’s Addiction

Cette fois ci, le groupe ne splitte pas et travaille sur de nouvelles chansons : à l’été 2003 sort Strays, dont le principal problème est en fait le producteur Bob Ezrin. Martyn Lenoble, bassiste de Porno For Pyros ayant rejoint la troupe et qui n’a finalement pas participé à l’intégralité du projet, rapporte dans une interview accordé à aintnoright.com que le producteur des Pink Floyd, du Berlin de Lou Reed, détestait le son de Ritual de Lo Habitual, estimait que Jane’s ne devait plus être un groupe de « art metal » mais devait devenir un groupe de rock de stature mondiale. Les fans et la critique ont légitimement bashé la couverture de l’album – une photo promo photoshopée comme une pub pour The Gap… Quelques pistes sortent du lot : The Riches, Suffer Some, Price I pay. Tout le reste est globalement soupeux (voire complètement nul, coucou Everybody’s friend), en tout cas, n’atteint de loin pas les précédents opus. Léché à la sauce neo-metal, mais tellement pas le son de Jane’s, on n’y retrouve en rien la lueur de folie et d’excentricité underground des premiers enregistrements – l’accoutrement de Perry ne suffit pas.

Mais le gros problème de Jane’s Addiction, en 2003/2004, souci qui existait déjà au tournant des années 90, ce n’est pas seulement cet album décevant et creux, beaucoup trop lisse, c’est surtout le superego de Perry. Dès le départ, Perry Farrell, s’est présenté comme le frontman, et a pris a cœur d’être aussi égocentrique et totalitaire que le job l’exige. Quand le groupe se sépare pour la deuxième fois, une scission se crée : tout le monde s’oppose à Perry (les trois autres formant The Panic Channel). Perry, qui reconnaît également à ses heures qu’il est un « narcissistic motherfucker », n’a pourtant sur le coup qu’une seule chose à dire : « Jane doesn’t strip for everyone but me. I brought Jane’s Addiction to life, it is only fitting that I’m the one to bury her ».

Quand en 2006, un best-of, Up From The Catacombs, sort, il n’est pas accueilli dans la joie la plus franche : non seulement le disque est un peu redondant (quelle est l’utilité d’un best of quand on a en tout et pour tout une trentaine de chanson?) mais surtout laisse penser que le groupe était bel et bien mort. Mais en 2008, à l’occasion des NME Awards, pour y recevoir un prix (le Godlike Genius Prize – ça ne s’invente pas), Jane’s se reforme. Avec Eric Avery. 17 ans que Jane’s n’avait pas joué en rassemblant la formation originelle. Les concerts se multiplient en Californie, et finalement, Jane’s Addiction accompagne un copain, Trent Reznor et son groupe Nine Inch Nails dans une tournée mondiale l’été 2009. Le départ, prévisible, de Eric Avery, se concrétise en février 2010, mais n’entame pas la motivation des trois autres, qui nous reviennent avec un nouvel album, seulement le 5ème officiel après une si longue carrière, cette semaine: The Great Escape Artist.

Il est honnêtement un peu tôt pour se faire un avis sur l’objet en question, qui a le mérite, d’une part d’exister, d’autre part d’avoir tout de même une cohérence -un son trop lourd pour être honnête. Pas celle que les vieux fans aimeraient retrouver évidemment : les technologies -tout comme les membres du groupe, ont évolués depuis 1991, et, autant le dire tout de suite, ce disque, tout comme Strays, ne va pas devenir représentatif d’une génération… La première chanson (Underground) tient ses promesses : incantatoire et mentale mais il y a des moments désagréables dans les chansons qui suivent -le refrain de Curiosity Kills, affreux et ridicule, trop d’arrangements sur Irrestible Force qui rendent le titre très travaillé… Il y a aussi de meilleurs moments, notamment dans la deuxième partie de l’album, qui paraît moins une démonstration de force. La piste 8, Splash a Little Water On, notamment, se défend – c’est toujours globalement costaud, mais il y a une substance et surtout la piste 9, Broken People, qui va dans une direction plus simple, sincère, et rappelle le son « Jane’s », mais ça ne suffira pas à réconcilier les fans, l’Alternative Nation, ou les Mosquitoes, qui écoutaient Jane’s Addiction avec passion.


Le premier single, End To The Lies, est placé en deuxième position : surproduit, pas franchement fabuleux, les paroles surtout font grincer les dents (à les lire, ce n’est pas surinterpréter que déduire que Perry règle ses compte avec Eric). Le deuxième single, The Irresistible Force suit la même veine : calibré, mais sans émotion. Le tout est un peu anonyme, et, il faut l’avouer, on s’ennuie un peu, on passe The Great Escape Artist en fond sonore sans vraiment l’écouter… Eric n’étant pas à la basse, 3 bassistes se sont succédés / partagés le travail de composition, d’enregistrement, et la tournée qui suivra : Duff MacKagan (ex Guns’n’Roses, ex Velvet Revolver), Dave Sitek (TV On the Radio), et Chris Chaney (bassiste sur Strays).

Ce deuxième album post-break up, confirme surtout que Avery faisait partie intégrante de la dynamique et de l’identité sonore du groupe : inutile de chercher les lignes de basses, inquiétantes, voire sinistres qui propulsaient les titres de Jane’s et rendaient leur son unique si convaincant. On obtient au final un disque convenu, pas une chanson ne dépasse les syndicales 3’30 / 4′ : ce n’est pas complètement pourri dans l’absolu, la voix de Perry est hyper mise en valeur, mais la vigueur, la nervosité et l’humour des premiers disques manquent (cruellement) à l’inventaire…

Publié le 22 octobre 2011, dans Bouillon De Culture, Musique, et tagué , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

  1. Je vais m’y mettre, j’aime beaucoup Three Days dans tes liens. A part ça c’est la honte, je connais qu’une seule chanson, Just Because sur Strays

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  2. Merci de m’avoir donné envie de prendre le temps de découvrir ce groupe (que l’inculte que je suis ne connaissait que de nom)
    (et plus globalement merci à vous -toi, Helium et les autres rédactrices- de pondre des articles musique aussi riches et détaillés, c’est un plaisir à lire!)

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    • Merci à toi pour ton commentaire, j’espère que ça te plaira !!

      Et un grand merci également aux commentateurs du dessous pour leur réaction!

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  3. Globalement d’accord. Frustré par le dernier disque par des chansons trop courtes. Bon article. You owe me one.

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  4. Très bon article, du bon boulot.

    Concernant leur dernière galette, je suis plutôt d’accord. Pour moi Splash… est le titre phare, le reste navigue entre le mauvais et l’écoutable.

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