Les primaires socialistes, round 2

Elles agitent la sphère publique depuis le début de l’année, les primaires citoyennes des socialistes se clôturent ce soir à 19 heures. De Dominique Strauss-Kahn jusqu’à Baylet en passant par Valls et Montebourg, les primaires ont intéressé les politiques de gauche mais aussi les citoyens.

Les primaires socialistes doivent désigner le candidat socialiste aux élections présidentielles de 2012.

A voté ! Une carte d’identité à la main, un « bon pour voter » numéroté et une enveloppe bleue en papier recyclé dans l’autre, voici donc les dernières heures de la primaire socialiste. Sont toujours en lice Martine Aubry et François Hollande, challengers depuis l’élimination de Manuel Valls et Jean-Michel Baylet, la claque prise par Ségolène Royal et l’étonnante troisième place d’Arnaud Montebourg. Et le candidat de la démondialisation n’a pas eu le rôle d’arbitre qu’on lui attendait. Lui qui s’est contenté d’écrire une lettre ouverte aux deux prétendants pour leur annoncer les points de son programme sur lesquels il voulait des éclaircissements (disponible ici), a fini par annoncer vendredi son soutien « exclusivement à titre personnel » à François Hollande. Le candidat de « la gauche molle » selon Martine Aubry bénéficie donc des soutiens de tous les autres ex-candidats. Alors, à quoi faut-il s’attendre pour le deuxième tour de ces élections inédites en France ?

Hollande, candidat rose aux présidentielles ?

On pourrait penser qu’avec les soutiens de Valls, Montebourg, Baylet et Royal, François Hollande s’imagine déjà candidat à la présidentielle. Et pourtant, non. Attente cordiale des résultats ou vrai doute ? La question se pose. Si Harlem Désir, secrétaire général du PS par intérim ne s’attendait pas à la mobilisation de 2,5 millions d’électeurs, quand le PS ne compte que 100 000 à 150 000 sympathisants, pour le premier tour de ces élections le dimanche 9 octobre, François Hollande lui, n’hésite pas à tabler sur 3 millions de votants pour ce deuxième tour. Un scénario qui peut se montrer vraisemblable quand la participation est déjà en hausse de 7% à la mi-journée avec 868 879 votants répartis sur 6 000 bureaux de vote (moins des deux tiers de l’ensemble des bureaux). Mais une inconnue accompagne cette hausse : les votants. Car si l’élection est inédite, personne ne peut prédire le comportement des électeurs. Qui sont ces nouveaux électeurs ? Des sympathisants de gauche qui ont répondu à l’appel de François Hollande pour un plus large rassemblement. Ou des partisans de Martine Aubry qui ont décidé de renforcer par le vote une candidate qui leur semblait bien seule, lâchée par les autres candidats ? A moins que cette participation en hausse à la mi-journée ne soit qu’une conséquence du beau temps, les électeurs ayant décidé de voter plus tôt, avant une éventuelle escapade hors des grandes villes. Suivront-ils les consignes de vote ? Sur la table à calcul, le bloc Hollande représente 52,3%. Mais ici, rien n’est gagné. La primaire n’est pas un congrès du PS, où les coalitions font l’élection. Les électeurs des candidats éliminés au premier tour retourneront-ils voter ? Quelles sont les motivations des électeurs ? Autant d’interrogations qui permettent de douter sérieusement de l’issue du scrutin. Car si pour les élections présidentielles, les électeurs sont assez fidèles aux consignes de vote de leur candidat et se mobilisent fortement pour légitimer leur Président, ce n’est pas forcément le cas de la primaire. Et pour preuve, Arnaud Montebourg lui-même annonçait que « beaucoup de ses amis avaient fait un autre choix que le sien pour le deuxième tour, décidant de voter Martine Aubry plutôt que François Hollande » d’après France Soir.

 

 « Candidat du système »

Il faut dire que la campagne s’est durcie pendant cette semaine d’entre deux tours. Ce n’est pas tant pendant les débats télévisés que les deux candidats s’opposent puisque « face à lui, lors du débat, [Martine Aubry] dit : « François est mon ami » » d’après un proche du député de Corrèze, que lors de leurs meetings respectifs. D’abord affublé du surnom de « candidat de la gauche molle » par la maire de Lille, François Hollande serait ensuite le candidat du système et des sondages. Une pique que ne digère pas le candidat, qui s’est empressé de répondre, lors de son dernier meeting à Paris, n’être « fabriqué par personne d’autre que par les électeurs ». Et face au ton qui monte un peu trop vite, la Haute autorité de la primaire s’est empressée d’interpeller les candidats, leur demandant « d’éviter les pièges du dénigrement et l’inévitable enchainement des polémiques ». Il est vrai que pour un parti qui ne cesse de marteler qu’il faudra être uni en 2012 face à Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, ça la fout mal. D’autant plus que ce deuxième tour se joue beaucoup plus sur des personnalités que sur des programmes véritablement distincts. Tous deux fils et fille des années 1950, jeunes pousses de l’ENA, disciples de Mitterrand, Delors et Jospin, espoirs de la social-démocratie, puis barons provinciaux se relayant, faute de mieux, à la tête du Parti socialiste. Mais personnalité ou pas, ils ont tout de même quelques divergences :

–          L’emploi

Alors que Martine Aubry défend fermement les 300 000 emplois d’avenir, nouvelle version des emplois jeunes, concentrés sur les emplois liés à l’environnement contenus dans le projet PS, François Hollande propose une mesure supplémentaire qu’il appelle « contrat de génération ». Concrètement, pour chaque embauche d’un jeune en CDI en même que le maintien d’un sénior, l’entreprise est exonérée de charges sociales.

–          La fiscalité

Pour François Hollande, plus aucun doute : il faut réduire les déficits dès le printemps. Si Martine Aubry s’accorde avec lui, elle s’obstine pourtant à relancer la croissance, affirmant que la dette n’est pas la seule préoccupation. Si tous deux veulent fusionner la CSG et l’impôt sur le revenu, la maire de Lille veut également créer une nouvelle tranche d’impôt sur le revenu et supprimer 10 milliards d’euros de niches fiscales par an.

–          Le nucléaire

Le nucléaire version Aubry, ça donne une sortie complète d’ici 2050, pour le plus grand plaisir de Cécile Duflot (EELV) qui appelle donc, indirectement, à voter Martine Aubry. Le député de Corrèze n’est lui pas aussi radical et envisage de ramener la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75 à 50% en 2025 tout en favorisant le renouvelable, comme Aubry.

–          L’éducation

En proposant la création de 60.000 postes en 5 ans dans l’éducation, François Hollande a surpris. Il cassait ainsi son image construit depuis plusieurs mois de gestionnaire qui ne promettra pas tout. Si la mesure peut lui assurer la sympathie des enseignants, Martine Aubry, elle, essuie les critiques après sa proposition d’augmenter de 30 à 40% le budget de la Culture. La maire de Lille veut plutôt refonder l’école. Elle propose un « pacte éducatif » et la revalorisation du salaire des enseignants. Hollande parle de « un bouclier scolaire ».

–          Hadopi

Sous influence des députés Christian Paul et Patrick Bloche, Martine Aubry annonce vouloir abroger Hadopi (Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet) quand François Hollande parle dans un premier temps de « révision », puis d’abrogation… puis non, puis si… c’est pas clair.

–          Non-cumul des mandats

François Hollande s’est engagé à faire adopter une loi limitant le cumul de mandats « au lendemain de notre victoire en 2012 » pour une « application en 2014 ». Une prise de position – qu’on retrouve dans le projet PS – sur laquelle Aubry ironise depuis des semaines. « Le non-cumul des mandats, pour moi, c’est en juin 2012 qu’il faut le faire voter. Là aussi il faut être ferme. En juin 2012, pas à la saint-glinglin ». Si aujourd’hui les positions des deux candidats peuvent se rejoindre, ce n’était pas le cas en 2010. La première secrétaire voulait imposer aux élus du PS le non-cumul dès les cantonales de 2011. Lever de bouclier chez les sénateurs PS, en majorité hollandais. Pour eux, le cumul peut les aider à emporter des sièges aux sénatoriales. Le député de Corrèze soutient alors la fronde. Au final, Aubry lâche un peu de lest : elle accepter d’appliquer la règle à septembre 2012.

Vous l’aurez donc compris, François Hollande est plus libéral que Martine Aubry, clairement ancrée à gauche. Pour les électeurs ayant déjà voté au premier tour, inutile de repayer un euro. Il suffisait de se munir de son « bon pour voter » fourni dimanche dernier. Pour les autres, un euro suffisait, en plus de la signature de la charte des valeurs de la gauche. L’éléphant rose a finalement été choisi avec 57% des voix, contre 42% pour Martine Aubry. Cette dernière a d’ailleurs annoncé qu’elle se mettait « au service » du vainqueur.

Publié le 16 octobre 2011, dans Société, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Merci 🙂
    C’est vrai qu’Hollande est plus « à droite » qu’Aubry. C’est d’ailleurs pour ça qu’elle le taxe de « gauche molle ». Pour elle, la solution de la crise, c’est la croissance alors qu’Hollande est plus nuancé par exemple. Globalement, on ne peut pas dire qu’ils soient foncièrement différent en terme de politique mais Aubry est plus ancrée à gauche.

    J'aime

  2. Je n’ai pas voté aux primaires, par manque de temps et parce que je n’ai pas de dérogation (je ne rentre pas chez moi mis à part pendant les vacances)…
    En tout cas, ton article est intéressant, c’est un peu un résumé de ce que j’entends parfois le matin en écoutant la radio, même si j’ai cru comprendre que Hollande s’était surtout fait taxer de candidat ancré très à droite (notamment parce qu’il a repris certains thèmes de Pompidou ? Je ne sais plus) pour quelqu’un qui se présente sous la bannière de la gauche…
    En fait je suis étonnée, parce que sur beaucoup de choses leur politique est plus ou moins similaire, alors que je croyais qu’il y avait un écart évident ! En tout cas merci pour cet article synthétique 🙂 ça fait bien le tour de la question !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :