Red Hot Chili Peppers

Les Red Hot Chili Peppers, ou comment une bande de guignols californiens est devenue l’un des plus gros groupe de rock du monde. Aujourd’hui ils carburent à la tisane, mais à leurs débuts, dans les années 80, ils étaient déjantés et fougueux, pas professionnels, pas carriéristes, pas sérieux. En près de 30 ans de carrière, les Red Hot ont rempli toutes les closes de leur contrat de rock stars, surtout celle concernant les drogues, consciencieusement consommées jusqu’à la fin des années 90 et jusqu’à l’album dit « de la maturité », Californication.

Quand on écoute le premier album éponyme, il y a de quoi se poser des questions. Est-il possible que les mecs responsables d’un truc crétin et moche comme True Men Don’t Kill Coyotes soient les mêmes qui ont écrit Under The Bridge ? Mais dès le deuxième disque, les énergumènes trouvent le moyen de débaucher Georges Clinton, pape du funk et ex Funkadelic. Certes, le bassiste Micheal « Flea » Blazary a un feeling hors du commun et Hillel Slovak est un guitariste Hendrixien en diable. Mais les chansons composées n’en sont pas toujours, vastes délires potaches ou mégalos. Résultat, les meilleurs titres sont des reprises (Hollywood et If You Want Me To Stay). Kiedis ne chante pas très bien, rappe comme un blanc, manie étrangement le rythme et le flow et ne parle que de cul et de ses potes. Kiedis est un vrai freak, en fait, et cela colle parfaitement avec la basse hystérique de son compère Flea. Musique de potes sans grande ambition si ce n’est d’imiter les vieilles idoles, celle-ci se démarque par une énergie hallucinante et complètement exempt de recul, et un humour un peu barré. Petit succès public, l’album est une réussite et les Red Hot Chili Peppers comptent déjà un encourageant nombre d’admirateurs.

C’est avec Mother’s Milk qu’ils deviennent importants commercialement. Higher Ground, reprise de Stevie Wonder, est un succès. Leur musique frappe plus fort, leur folie est canalisée dans de vraies chansons tubesques. L’arrivée d’un très jeune nouveau guitariste n’y est pas pour rien : John Frusciante, 18 ans, est un prodige, un miraculé qui vient sauver un groupe endeuillé. Fin des années 80, les Red Hot ont perdu leur historique guitariste Hillel Slovak, compositeur de beaucoup de leurs titres, qui a succombé à une overdose d’héroïne… Jack Irons, batteur depuis le départ, a aussi quitté le navire, traumatisé par la mort d’Hillel, remplacé par Chad Smith, une grande baraque un brin tarée. Cette forme deviendra la plus connue et la plus prisée de toutes celles qu’adopteront les Red Hot.
Leur réputation devient sulfureuse : les Red Hot sont considérés comme des malades de la scène (à juste titre) obsédés sexuels (… à juste titre aussi) et cette réputation ne va pas forcément leur faire du bien, au vu des déboires judiciaires qui malmènent Kiedis, Flea et Smith, un peu trop pris par leur folie scénique.

1992 : Blood Sugar Sex Magic est, pour beaucoup, leur chef d’œuvre. Il surpasse largement tout ce qu’ils ont pu enregistrer auparavant, sans oublier le groove et le grain de folie des premiers mais en rajoutant cette fois-ci une vraie émotion : on y trouve les premières ballades du groupe. I Could Have Lied et Breaking The Girl sont deux perles. Plus personnelle encore, Under The Bridge est une description assez terrible de la toxicomanie du chanteur, et va devenir le gros tube que tout le monde connais. Les très beaux chœurs de John Frusciante sont une nouveauté et participent à la réussite. Enfin, My Lovely Man, très enjouée et très triste à la fois, va définir la suite : écrite pour Hillel Slovak, la chanson célèbre l’amour et l’amitié sans parvenir à cacher la douleur provoquée par le deuil.

One Hot Minute sort trois ans plus tard. Les Red Hot sont devenus des stars internationales, ils sont les initiateurs de la fusion, plus marrants que Rage Against The Machine et plus grand public que Faith No More, et ils ne le vivent mal. John Frusciante a quitté la bande pour se consacrer à son héroïne dans sa chambre de bonne, Kiedis est plus drogué que jamais, Flea déprime gravement… Dave Navarro, guitariste très « hard » de Jane’s Addiction, est débauché, et ça ne va pas adoucir le son de One Hot Minute, album grave et désespéré. One Hot Minute est, à mon humble avis, le meilleur album des bonhommes. Beaucoup plus lourd et violent que tout ce qu’ils ont enregistrés, One Hot Minute est viscéral et passionnant. Dès le premier morceau, Warped, le ton est donné. Le clip lui-même décontenance, on-y voit les membres du groupe déchainés, égaux à eux-mêmes, mais semblant souffrir de leur propre hystérie, comme aliénés par leur rôle de clowns pervers. L’album est en plus endeuillé par la mort de Kurt Cobain et de River Phoenix, et ça n’arrange pas l’ambiance sinistre des chansons. Face à leurs responsabilités, à leurs abus, à leurs valeurs violées, les Red Hot livrent treize chansons troublées et brutales, et qui même si parfois semblent joviales, ne font jamais vraiment illusion quant à la noirceur des thèmes. Coffee Shop est un single dansant mais bien trop violent et extrême pour être honnête, One Big Mob est un délire bouffon mutilé par un pont dépressif au possible, Pea est une ballade drôle mais pathétique. Et bien sûr, difficile de ne pas parler des deux chansons les plus fortes de l’album, Tearjerker, ballade brisée et bouleversante pour Kurt Cobain, et enfin Transcending, pour River Phoenix, qui se termine dans un déluge insoutenable, avec un Kiedis hurlant à pleins poumons. Le monde est injuste, One Hot Minute est incompris de la critique, et aujourd’hui encore assez mal-aimé.

Du coup, en 1999, les Red Hot s’assagissent pour de bon : exit Navarro, exit les drogues, retour de Frusciante miraculé après des années de toxicomanie et une poignée d’albums solos torturés, et bonjour Californication, et bonjour les Red Hot de l’an 2000, tels que beaucoup d’entre vous les ont toujours connus. C’est tant mieux pour eux, mais pas pour les fans de la première heure (mais les fans de la première heure sont des gens de mauvaise foi). Californication reste le plus vendu à ce jour, et vous le connaissez par cœur, c’est normal, il est cool, et il a été bombardé sur toutes les radios. Outre les singles que je ne vais même pas mentionner, il y a d’excellents morceaux, dont le génial Get On Top qui est un moment inoubliable en concert (je dis ça parce que j’en ai été témoin). Par contre, oublions hâtivement la chiantissime Porcelain.

By The Way, malgré les critiques, qui reprochent au groupe l’affadissement de leur musique, contient encore d’excellentes chansons, le groupe sait réellement écrire des belles compos pop. Le morceau titre est une bombe, Can’t Stop aussi. Oui, la basse et la batterie sont terriblement en retrait, et oui, ça fait mal quand on connait les talents de Chad Smith et de Flea, mais c’est aussi pour laisser place à la guitare et aux chœurs délicats de Frusciante, qui se révèle meilleur chanteur que Kiedis.

Mais Stadium Arcadium, ça, c’est vraiment l’album de l’impasse. Déjà, c’est un album double, alors que le groupe a tendance à livrer des albums trop longs… Le single Dani California est une redite comique, comme Tell Me Baby, et les clips foutent un peu la honte, avec les membres qui font encore les cons comme s’ils avaient vingt ans. Et puis, ils tombent dans un piège typique, celui du «retour aux sources », traduisez panne d’inspiration… Comment des cinquantenaires sobres voudraient ressembler à des jeunes branleurs cocaïnés, on se demande. Bon n’exagérons rien, on y croit de temps en temps.

Pour leur nouvel album, les Red Hot ont à nouveau perdu Frusciante, leur génial guitariste. Qui sait, peut-être que cela donnera un renouveau de l’acabit de One Hot Minute, qui « bénéficiait » aussi de l’absence du guitariste. La personne qui écrit ces lignes n’a pas encore jeté une oreille à ce I’m With You, et se gardera donc de tout jugement. Reportez-vous à la chronique avisée de Shellyken !

Hum hum, merci Helium. Depuis le 30 août dernier vous pouvez donc acquérir le dixième album des Red Hot Chili Peppers, I’m With You. Grande nouveauté déjà évoquée plus haut, John Frusciante ne fait plus partie du groupe, il a été remplacé par Josh Klinghoffer. Stadium Arcadium, est sorti cinq ans auparavant mais a connu un succès mitigé. L’inspiration Rolling-stonienne suffira t-elle a redorer le blason des Red Hot ? Réponse ci-dessous.

La première piste s’appelle Monarchy of Roses : guitare saturée, voix robotisée et batterie puissante en guise d’introduction, on sent que les RHCP essaient encore et toujours de surprendre et d’évoluer. C’est qu’ils ne sont plus tout jeunes : les trois membres fondateurs du groupe frôlent la cinquantaine alors que Josh, le petit nouveau, n’a que 32 ans. C’est peut-être grâce à lui d’ailleurs que I’m with you rajeunit  un peu l’image des Red Hot. Très rapidement la basse de Flea qui vient dynamiser ce premier morceau.

En même temps, la moustache et les lunettes spéciales mots-fléchés ne rajeunissent personne.


C’est dans Factory of Faith que l’on retrouve le flow inépuisable d’Anthony Kiedis, un joli solo instrumental au ¾ de la chanson et un refrain qui restera sans doute en tête très longtemps. Pour les RHCP, foi et amour sont complémentaires. Le pouvoir du solo est aussi exploité dans Did I Let You Know (qui au passage est pimenté par des trompettes, sisi). Parce qu’il faut calmer le jeu, la ballade de cet album se trouve sur la piste 3, c’est Brendan’s Death Song. Anthony Kiedis sort sa carte de voix de velours pour nous parler de la disparition en 2009 de Brendan Mullen, un ami de longue date du groupe californien. Moments d’émotions, calme et volupté également dans Ethiopia, Police Station (l’une des plus jolies à mon sens), Annie wants a baby et Meet me at the Corner. Vous l’aurez donc compris, I’m With you n’est pas un album survolté, mais l’album de la sagesse.

C’est avec Look Around (à la vraie sauce RHCP, comme dans les anciens albums) que nous prend l’envie de frapper des mains et de comprendre les paroles. Parce que oui, bon, on a beau être très sensibles à leurs chansons, les paroles des Red Hot sont souvent (drôles, il faut l’avouer et) compréhensibles qu’après prise de stupéfiants :

Tic-toc, I want to rock you like the 80s, Cock-blocking isn’t allowed 

(« Tic toc, je veux te faire bouger comme les années 80, bloquer sur la coke – ou la bite en fait, mais comment savoir ? – n’est pas autorisé »)

The Adventures of Raindance Maggie

What you’re smoking maryjane?, It doesn’t make you choke

(« Quoi tu fumes de la marijane ? Ca ne te fait pas t’étouffer »)

Happiness Loves Company

Cosmo sheeva, God oh made you a believer

(« Sheeva du cosmos, Dieu oh a fait de toi un croyant »)

Annie Wants a Baby

Angels must have smoked some dust, Singing songs about « In God We Trust

(« Les anges ont du fumé de la poussière, chantant des chansons au sujet du Dieu en lequel on croit »)

Even You, Brutus

Les bons rockeurs ne se contentent pas de prendre de la drogue, ils balancent aussi du gros son comme disent les djeun’s, même quand ils sont plus proches de la retraite que du college. C’est dans Goodbye Hooray  et Factory of Faith que le groupe se lâche et promet une ambiance surmenée en live.

Touche finale de l’album, la chanson Dance, Dance, Dance qui porte absolument mal son titre, ne vous attendez pas à ce que ce soit le tube de l’été 2012.

On l’aura compris, la force des Red Hot réside dans la palette très variée de sons et de styles qui rendent chacune de leur chanson unique. Les cinq ans d’attente auront dont valu la peine, même si je m’attendais à quelque chose de moins convenable et de plus rock. En pas moins de cinquante dates partout dans le monde, les RHCP ont maintenant pour mission de satisfaire leurs fans qui, les années précédentes, n’étaient pas toujours convaincus de leurs live …

Publié le 12 octobre 2011, dans Musique, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. One Hot Minute, meilleur album des Red Hot, tmtc. Mais je me suis également faite pas mal conspuée par les « faaaaans » (avec tout ça de a oui) aux concerts à défendre une telle conception effectivement. Mais bon. J’avais un faible pour Jane’s Addiction avant même de le savoir on dirait. Can’t help it. Et Shallow be thy game. OUUUUUUCH. C’est déconcertant à quel point les accents métal de Dave Navarro s’intègrent à la dynamique des Red Hot. Album d’autant plus précieux qu’après le départ/l’éjection de Dave, Frusciante se refusant à jouer les chansons de One Hot Minute live, on ne les aura plus entendu sur scène si je ne me méprends ! Bref, il n’y a que les vraies rockstars qui peuvent se vanter d’une telle mythologie et revenir avec un album aussi mélodique que Californication je crois. Enfin tout ça pour dire que je partage chaque ligne de ta critique Helium ! « album grave et désespéré », tellement la meilleure formule pour décrire OHM.

    J’ai jamais écouté la suite, tu me convaincs d’y jeter une oreille Shellyken !

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    • Effectivement, One Hot Minute n’est jamais joué en live. Je voudrais croire qu’ils vont s’y remettre avec le nouveau guitariste, mais ça m’étonnerait. Trop de souvenirs douloureux !

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