Greta vs l’honnêteté : qui gagne ?

Etre honnête, ça sert à rien et ça pue du cul. Voilà. Ca pue du cul, et ce, même avec tous les Febreze et déodorants Scholl du monde.

Je vous rassure tout de suite, comme beaucoup d’entre nous, j’ai été élevée par une mère qui m’a inculqué la politesse très vite. Ayant été par le passé une fille bien trop sage, que les profs et les parents adoraient, je faisais preuve de la politesse la plus exagérée, celle qui m’interdisait de dire ce que je pensais, que j’emmerdais en vrai pas mal de mes profs et que les compliments rouillés me couraient sur le Géant Vert. Je me suis mise alors à l’édulcorer ma politesse, à laisser place à l’honnêteté, la mentalité de mon pays d’adoption l’Allemagne ne facilitant pas les choses : en effet, les Allemands sont connus pour être directs et francs.

Je commençais donc à ne plus rien cacher, à ne plus garder mes propos pour moi, en bref, du putassier pur et dur. Être honnête, c’est assez facile en soi, il suffit d’ouvrir ses sept portes du chakra, avoir un peu de confiance, enlever le string, ou tout bêtement de laisser son cœur parler. Respirez un bon coup et criez fort (enfin, pas trop, pas que le voisin entende, pas envie de porter la responsabilité d’une guerre de voisins, je ne m’appelle pas Julien Courbet tout de même) : « Non, ton gamin n’est pas mignon avec sa couche constamment pleine, s’il mesurait pas 70 cm on dirait qu’il à 65 ans », « Ta robe te fait plus ressembler à Sim qu’à Sandra Bullock », « Oui je t’ai trompé et alors ? Lui au moins, il m’a offert des Schokobons ». Ca fait du bien, non ?

Avec le temps, je considérais la politesse, la retenue, pour une perte de temps. Après tout, pourquoi ne pas dire à ce boulet du boulot que non, je n’irai pas manger avec toi un soir, vu ta dégaine, c’est dans un resto américain que tu m’emmèneras et me feras payer les frites que tu me taxeras..? Ca économise du temps, des disputes et comme c’est bien connu que le temps, c’est de l’argent, le sac Lancaster sera financé plus vite. Et je me développais en bête d’honnêteté, la vérité m’échappait de la bouche, ce qui me faisait voir les premiers défauts : plus de mensonges rigolos comme au 1er avril à la « j’ai un cancer du cul » ou « j’abandonne tout pour devenir sosie de Jacques Ségéla ». Je devenais rouge et ma pire ennemie venait au galop me frapper, ma conscience.

Ah cette sal*pe de conscience.

C’est celle qui m’empêche de dormir (à mettre donc dans la catégorie « trucs à buter le jour où je trouve un bazooka en soldes » avec les moustiques), qui me file un mal de ventre comparable à celui du cadeau mensuel, qui me fait sentir mal et qui a, bizarrement, la voix de ma mère : « Va t’excuser », « C’est méchant d’avoir avoué ça » ou « Tromper pour des SchokoBons, c’est bas, t’aurais pu au moins demander des Lindt », etc. Et ma conscience est particulièrement bruyante, cela dit, encore plus lorsque je ne dis pas la vérité. Et quand je la dis, elle l’ouvre quand même.

Et comme les bazookas ne sont jamais en soldes, la situation ne change pas.

Mais dire la vérité ne s’est pas révélé être une bonne idée non plus.

Devoir dire à une copine que si on ne lui avait pas écrit depuis des mois, ce n’était pas parce que mon ordi était mort (moi ? Vivre sans ordi pendant des mois ? Vous avez fumé?), c’était bel et bien par flemme. Résultat, elle prend la mouche et refuse de me voir, pourquoi, je vous le dis en mille, parce qu’elle a la flemme.

Avouer à une amie que son copain est un branleur, à sa mère que non, je ne suis pas malade, je déteste bel et bien les cours d’italien, à son boss que le remplacer par un hamster ferait du bien à l’entreprise, à son copain que son t-shirt rose lui fait ressembler à un Queer, à son cousin que le tunning ça devrait être passible d’expulsion du pays, à son chat que non, ta tendance à atomiser la litière n’est pas mignonne mais juste chiante, à son père d’arrêter de mater les jeunes en jupe, au vendeur du rayon céréales que non, ne me donne pas ton numéro, je t’appellerai jamais, au prof de littérature qu’il est un connard, à Arthur qu’il est autant humoriste que moi ingénieur en informatique, et… uaaaargh… aaaahhh… uuuaaaah….

Depuis je crépis en asile psychiatrique, entend des voix qui ressemblent à celle de Jean-Luc Delarue et crois que la nuit, un vampire avec des paillettes sur la tronche viendra me libérer. Pas la peine de me prévenir de la vérité, vous voulez pas que je perde toute raison de vivre , quand même.

À propos de Greta

Française (de papiers), Allemande, Québécoise et Suisse de coeur qui a mangé l'ironie et l'humour (périmé) avec la cuillère. Manie la langue et la culture allemande comme les mecs manient l'hélicobite. J'aime les épinards, la littérature française et regarder "Confessions Intimes". J'aime pas la guerre, le racisme et la croûte des gâteaux.

Publié le 22 septembre 2011, dans Day By Day, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

  1. Le texte est super drôle !
    J’adore 😀

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  2. Super article Greta!!

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  3. Je compatis, je suis atrocement honnête aussi. Heureusement ce qui me sauve c’est que je pense rarement du mal des gens et j’ai quand même un minimum de tact, donc ça pourrait être pire…
    Par contre c’est quoi la vérité dont tu parles dans le dernier paragraphe ? Genre les vampires ça a VRAIMENT des paillettes sur la tronche non ? Et si c’est pas Jean-Luc Delarue que j’entends, alors c’est qui Oo ?? Flippant.

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  4. Mais génial cet article !

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  5. Putain ! Greta ! C’est l’histoire de ma vie !

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