Restless, l’infinie délicatesse de Gus Van Sant

Gus Van Sant revient avec ce qu’il sait faire de mieux : brosser des portraits d’adolescents troublés, cassés par la vie ou comme dans Restless, par la mort.

Annabel n’a pas encore connu ses premières amours qu’elle doit déja affronter le pire : un cancer, provoquant chez elle une soif de vie qu’elle risque fort de ne jamais étancher. Enoch a quitté l’école et assiste à des enterrements de personnes qu’il ne connait pas, et pour cause : la seule personne qu’il tolère désormais c’est Hiroshi, ancien pilote kamikaze de l’armée chinoise, mort pendant la seconde guerre mondiale. Un fantome comme seul confident, et un secret enfoui dans un mutisme têtu.

Bande annonce.

L’un est fascinée par la vie, l’autre par la mort : ces deux là vont pourtant réussir à s’aimer sans même s’en rendre compte, cherchant à tout prix à banaliser le pire, à faire passer à Annabel cette épreuve qui les dépasse, guidés par Hiroshi tel Charon traversant le Styx, en plus sympathique.

Gus Van Sant signe un film d’une infinie délicatesse sur un sujet vu et revu : la vie, la mort, l’amour de deux êtres innocents et brisés, la maladie, les accidents, leur injustice. Le film aurait l’air anecdotique s’il n’y avait la camera de Gus Van Sant, qui capture la naissance d’un baiser, la sensualité d’une première fois, la malice dans un oeil et la complicité d’un couple naissant comme personne. Les images sont léchées à l’extrême, et on pourrait reprocher ce contrôle quasi névrotique de l’image si on ne tombait pas tout crus dans la beauté des cadres : un coucher de soleil près d’un lac irradie l’attirance d’Annabel et Enoch, la blancheur d’une chambre d’hopital met en exergue la pureté de leurs sentiments, et le gout exquis avec lequel le réalisateur choisit chaque vêtement, chaque meuble, chaque livre feuilleté par les personnages nous enchante et nous émeut.

Restless nous fait cadeau de la gracieuse Mia Wasikowska, que l’on préfère 1000 fois en Annabel qu’en Alice hallucinogène, mais aussi Henry Hopper dans son premier rôle, qui relève le défi de ne pas faire rougir sa légende de père Dennis de là où il est depuis quelques mois. Mention spéciale pour Ryo Kase qui en incarnant l’incroyable Hirsoshi personnifie la valeur ajoutée de Restless : sa dimension poétique et surnaturelle, celle qui nous donne de l’espoir.

Je préfère vous prévenir : si Gus Van Sant évite bien heureusement le pathos, il n’évite ni la naiveté,  ni l’innocence. Rien ne parviendra à pervertir ces deux là, et cela pourra agacer les plus cyniques d’entre vous. Pour les autres, si comme moi la mort vous angoisse jusqu’à vous provoquer des nuits blanches, Restless vous apaisera. Il n’apportera ni solution ni remède, mais il aura le mérite de vous réconcilier avec son paradoxe : ce cycle inexorable et son évolution insensée.

Restless, de Gus Van Sant. Sortie le 21 septembre.

À propos de Aime Pi

-  C'est  tout  c'que  vous  trouvez  à  dire  ?                                                                                                                                            -  Ouais.  Allez  vous  faire  foutre.

Publié le 21 septembre 2011, dans Ciné, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. Je dois être un peu névrosée car lorsque j’ai vu la bande annonce pour la 1ère fois j’ai eu follement envie de le voir. Ce film est très noir par le sujet qu’il traite mais tellement beau. C’est un beau film, pas seulement de par son histoire mais par ses images si pures. Je rejoins Mallory sur ce point, il est de ces rares films qui sont tellement beaux à voir, un enchaînement de belles images, le soucis du détail. J’ai beaucoup aimé.

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  2. Pareil pour moi, il ne sort pas près de chez moi, c’est naz :/…
    J’espère le voir avant sa sortie dvd mais je le trouve pas sur le net =(

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  3. Je suis mal partie, j’ai déjà eu envie de pleurer en voyant la bande-annonce !
    Alors je crois que je vais aller le voir (Mia W. a effectivement l’air adorable, plus qu’en Alice), avec un camion de mouchoirs et des copines indulgentes…

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