Les blondes au cinéma dans les 60’s

Après avoir parlé des Manic Pixie Dream Girl et de la femme de chambre, nous poursuivons notre investigation des « tropes » du cinéma : ces personnages clichés que l’on retrouve d’un film à l’autre, cette fois-ci avec un gros morceau : les blondes !

Autant dire tout de suite que l’article ne compte pas être exhaustif – les blondes au cinéma, ça ne veut rien dire tellement il y en a eu, en fait on pourrait (presque) aussi bien dire que les blondes ont fait le cinéma, tant la blondeur est associée à Hollywood. Pour autant, au risque d’être partiale et d’en oublier un tas, cela semble valoir le coup que de se demander qui sont ces blondes, devenues cultes, qui feront tourner la tête des hommes, et teindre celle des femmes – et qui permettront d’écouler les stocks de teintures de la firme américaine Clairol, la première marque de cosmétique à commercialiser un produit qui permettait de devenir blonde chez soi, sans aller chez le coiffeur, quitte à se détruire la chevelure.

Parce qu’il faut bien débuter notre enquête quelque part, commençons par les origines : les sixties !

De Vénus/Aphrodite à Lucrèce Borgia, la blonde a été représentée, au cours des âges, comme la femme idéale, l’ultime séductrice. Pourtant, au cinéma, les blondes n’ont pas toujours été considérées comme la quintessence de l’érotisme : dans L’Aurore, de Murnau (1927), un homme est marié à une blondinette, et c’est à une vamp de la ville, bien brune, qu’il succombe !

Mais la tendance va s’inverser, et il semblerait que le premier cas de blonde irrésistible remonte au Blonde Platine de Capra. Dans ce film, un chickflick déjà âgé de 80 ans (il est sorti en 1931), la première vraie fausse-blonde, Jean Harlow, riche héritière, séduit un journaliste et l’amène à vivre « dans une cage dorée » dans laquelle il ne tarde pas à s’ennuyer. Bien sûr, rôde dans les parages une vieille amie de l’intéressé – Gallagher n’est pas blonde pour deux sous, mais elle a d’autres qualités… Bon, vous vous doutez de la fin, mais quand même, avec ses boucles et ses toilettes hyper glamour, Jean Harlow en jette, et préfigure le sex appeal qu’on associera aux blondes dans les sixties.

Souvent le scénario pose, en face de la blonde, séductrice, hypnotisante, une « girl next door » : l’amie de toujours, presque banale en comparaison, et qui souffre de l’attention que porte le héros à la blonde, laquelle débarque toujours de manière fracassante dans le paysage. Hitchcock, notamment, raffole de cette opposition entre la blonde énigmatique et attirante – au potentiel érotique inentamé, et une fille beaucoup plus ordinaire : Suzanne Pleshette VS Tippi Hedren dans The Birds, Barbara Bel Geddes, la dessinatrice de sous-vêtements VS Kim Novak dans Vertigo

Bien sûr on ne peut pas parler des blondes au cinéma sans évoquer le film archiculte de Howard Hawks : Gentlemen Prefer Blondes. A nouveau on retrouve un tandem brune/blonde – mais au lieu de se faire la guerre pour un homme, les deux amies, Dorothy Shaw (Jane Russell) et Lorelei Lee (Marilyn Monroe) font du gringue, ensemble, à leur public grâce à leur numéro de danse et leur allure aguicheuse.

Tout le monde connaît l’histoire : Lorelei a une faiblesse – les diamants, mais ne serait-ce que pour les chorégraphies, les costumes et les répliques acides de Jane Russell (« remember honey, on your wedding day, it’s alright to say yes ! »), il faut voir et revoir ce classique !

Quand Gentlemen Prefer Blondes sort, nous sommes en 1953, et l’engouement pour les blondes ne fait que commencer. Mais à peine fait-elle ses débuts que la blonde est déjà considérée comme une star : le physique aide. La blonde dans les années 60, a évidemment une silhouette de pin-up, et, sans y regarder de près, on pourrait la réduire à un corps tant l’attraction sexuelle qu’elle génère est animale et primitive, comme l’atteste également Anita Ekberg, la magnifique blonde de La Dolce Vita (Fellini, 1960).

Si la blondeur plaît autant c’est probablement parce qu’il s’agit d’une couleur qui distingue : celle qui est blonde dénote, puisque le blond serait la couleur de cheveux (naturelle du moins!) la moins fréquente. En toute logique, ce qui est rare attire, la blonde suscite par conséquent une attraction immédiate – John Ferguson, le héros de Vertigo, sorti en 1958, a, de base, un tempérament obscur, troublé, mais quand il croise Madeleine (Kim Novak), il perd toute raison et tombera éperdument amoureux, au point de transformer Judy, une jeune femme châtain qui frisotte, en l’objet de son obsession, l’éthérée Madeleine, sur laquelle il fantasme jusqu’au délire.
Et puisque le désir, lui même, attire, comme le veut la théorie du désir mimétique – c’est la convergence des désirs qui définirait l’objet du désir, la blondeur, rapidement se voit érigée comme l’objet de convoitise ultime – en témoignent, l’engouement pour les barbies, les femmes se teignant les cheveux en blonds, voire quelques mèches, éclaircissent l’air de rien leur chevelure…

On retrouve un peu le même schéma, celui d’un désir unanime et immédiat pour la blondeur, en ce qui concerne Juliette (Brigitte Bardot) dans Et Dieu Créa la Femme, un film de 1956 réalisé par Roger Vadim.

Très jeune, elle ensorcelle déjà tous les hommes de Saint Tropez, et, effectivement, on n’a pas vu de bombe sexuelle tant que l’on a pas vu la scène finale – Brigitte Bardot dansant le mambo : invitation sans équivoque au pêché de la chair ! On doute tant de sa vertu que pour la réintégrer à l’orphelinat dont elle vient, on exige d’elle qu’elle présente un certain « certificat » qu’établirait un médecin…

« Cette petite, rapporte le clerc de la ville, est comme un jeune animal, il faut la dominer », « Bon courage gamin! » souhaite t-on à son futur époux au village… Parmi ce que Juliette aime : la mer, le soleil, le sable quand il est bien chaud, et la musique. Mais aussi l’amour, elle s’y dédie d’ailleurs avec passion, comme si elle avait le diable au corps. « Si j’commence, confie t-elle, j’peux plus m’arrêter ».

Quelques années plus tard, en 1963, Brigitte Bardot reprend un rôle un peu similaire, celui de Camille dans Le Mépris, adaptation par Godard d’un roman de Moravia. Là encore, elle séduit, mais le vit mal, semblant reprocher à son époux les avances de son patron.

Souvent, l’époux le plus dévoué, le plus compréhensif, est dépassé par sa blonde de femme et, en général, la blonde a de bonnes chances d’aller au plus offrant : Lorelei aimait les bijoux, et préférait spécifiquement les diamants aux fourrures et aux chevaux de courses, le richissime Carradine courtise Juliette tout en reconnaissant que cette fille là est faite « pour perdre les hommes », quant à Camille, on surprend son époux Paul, à tenir à son employeur , producteur de cinéma, la conversation suivante : « pourquoi j’aurai besoin d’argent ? » « On m’a dit que vous aviez une femme très belle. ». Bref, la réputation de la blonde la précède : a priori, si l’intrigante vient dans vos bras, c’est contre argent : qu’elles le veuillent ou non, les blondes ont des goûts de luxe.

Mais, au lieu de lui prêter tel ou tel trait de personnalité, il semble judicieux de se demander ce qu’il y a vraiment dans la tête de la blonde. A en croire les plans systématiques sur le derrière de Bardot, peu de choses, elle semble n’être qu’un corps, n’exister que du point de vue de la séduction, en somme son existence se résumerait à plaire aux hommes. Pourtant quand le scénario nous offre d’entrevoir leurs états d’âmes, on découvre en la personne des blondes des femmes à la personnalité ombragée, malheureuses, jalouses, consumée d’une façon ou d’une autre.

C’est l’autre point commun entre Juliette et Camille, les deux personnages jouées par Bardot à 7 ans d’intervalles : elles ne sont pas heureuses.

Quand l’une dit, à propos de son besoin pathologique de séduire, « c’est comme une maladie, j’allais être heureuse avec Michel et maintenant j’ai tout gâché », l’autre réplique à Paul, qui lui demande « ce qu’il se passe » : « rien, si tu es heureux, moi aussi ». Le bonheur paraît toujours inaccessible, une quête compliquée. Si Lorelei est persuadée qu’il faut épouser un homme riche, c’est précisément parce que selon elle, on ne peut être heureuse sans disposer des meilleures choses. Pauvre on passe sa vie à se faire du soucis : la richesse n’est pas un détail secondaire, il en va du bonheur ! Désargenté, on reste malheureux toute sa vie ! Madeleine dans Vertigo, était elle aussi extrêmement troublée, arrière petite fille de Carlotta Valdes, devenue démente à la fin de sa vie, elle serait en effet possédée par cette aïeule dont elle ne sait pourtant rien…

Bref finalement, sous l’image de la ravissante idiote, blonde écervelée qui annonce partir pour « Europe, France », en concurrence avec toutes les brunes du voisinage, introduite par les 60’s, se dessine, en fait dès l’origine la figure plus complexe de la blonde névrosée et insaisissable qui culminera dans les années 70 avec Catherine Deneuve dans Répulsion, ou Faye Dunaway dans L’Affaire Thomas Crown ou Network. Certes, la blonde exerce sur les hommes un pouvoir de séduction magnétique, mais derrière chaque blonde culte du cinéma on trouve également des individus fragiles, confus, voire torturé – faire tourner les têtes ne fait pas tout…

D’ailleurs, Belle de Jour, de Bunuel, tourné en 1967, et adapté du roman de Kessel, amorce cette transition vers la représentation de la blonde comme une femme froide, soucieuse, en mettant en scène une Catherine Deneuve, bourgeoise mariée à un médecin parisien, dévorée par des fantasmes sexuels préoccupants, la poussant, dans la journée, à se prostituer non par besoin mais par pure envie, avant de retrouver son mari le soir… Les clients s’arracheront Belle de Jour, pas seulement à cause de ses robes St Laurent bien coupées, ni de son allure délicate de bourgeoise bien sous tout rapport, mais sûrement à cause de sa blondeur, déconcertante d’érotisme dans un salon comme celui de Mme Anaïs… En tout cas, Belle de Jour n’a pas la conscience aussi claire que sa chevelure…

S’il fallait tirer une conclusion, ce serait sans doute la suivante : la blonde nunuche n’a, en fait, probablement jamais existé. De Marilyn Monroe à Naomi Watts dans Mulholland Drive (qui incarnera une blonde sacrément dérangée) ou, dans un tout autre registre, Reese Witherspoon dans Legally Blonde (une blondasse essaye de rentrer dans l’école la plus prestigieuse des Etats-Unis : l’école de droit de Harvard) le cinéma tente pourtant encore et toujours de nous le nous démontrer !

Stock de films et livre ayant inspiré cet article :
Platinum Blonde, Frank Capra (1931) ; Gentlemen Prefer Blondes, Howard Hawks (1953) ; Et Dieu Créa la Femme, Roger Vadim (1956) ; Vertigo, Alfred Hitchcok (1958) ; Le Mépris, Godard (1963) ; Belle de Jour, Bunuel (1967) ; Blonde, Joyce Carol Oates

Publié le 18 septembre 2011, dans Bouillon De Culture, Ciné, Tropes féminins au cinéma, et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 3 Commentaires.

  1. Pareil que Sunsh, je note! Tu m’as donné envie de me replonger dans Vertigo et de découvrir certains autres films. Ah et mondieu Catherine Deneuve était tellement belle quand elle était jeune…

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  2. Je note, je note. Il me tarde les dimanches pluvieux de novembre pour voir ces films !

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  3. Il manque juste Charlotte.

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