Clint Eastwood, l’homme sans nom.

Considéré comme l’un des plus grands réalisateurs des trois dernières décénies, Clint Eastwood, tel un caméléon, est tantôt acteur, tantôt producteur ou réalisateur et même compositeur à l’occasion. Si aujourd’hui, pour les jeunes filles en fleur que nous sommes, tout porte à croire que ce réalisateur s’est fait un nom dans le monde du cinéma en quelques films salués par la critique et le public et que ce destin coulait de source, il en fut, en fait, bien autrement quand on considère d’où il vient…

Trimballé de ville en ville et d’Etat en Etat, son enfance est marquée par la Grande Dépression qui frappe alors le globe au lendemain de la 1ère Guerre Mondiale. Son père, Clinton Sr., est sans emploi, ce qui pousse la famille à déménager d’Oakland (Californie, situé dans la baie de San Francisco). Pendant près de six ans, les Eastwood se déplacent au gré des emplois que l’on propose au père de famille. Cette vie de nomade semble avoir beaucoup influencé Clint dans nombreux des western qu’il réalisera par la suite ou dans lesquels il interprétera un rôle.

En 1950 débute son service militaire qu’il effectue à Fort Ort où sont regroupés des milliers de jeunes recrues pour partir en Corée sous les ordres du général Douglas MacArthur. Mais son diplôme de maître nageur-sauveur lui permettra de ne pas partir au combat et de rester à la base pour apprendre à nager aux nouvelles recrues. De son service à Fort Ort où il sera militaire-enseignant, il apprend à garder son sang-froid et à diriger une équipe, ce qu’il réutilisera  lors de ses tournages où il est le réalisateur. De plus, la ville de Fort Ort possède plusieurs cinémas où la plupart des films Universal Pictures sortent en salle avant la date nationale. Il arrive même que des acteurs et réalisateurs soient présents lors de la première. L’histoire rapportant « comment Clint décrocha son premier contrat avec Universal » varie mais le résultat demeure le même : Les studios Universal Pictures s’intéressent à lui pour son physique surtout et le voient déjà comme vedette dans plusieurs films.

Seulement… il y a comme un hic : même si Clint Eastwood a déjà eu l’occasion de jouer dans des pièces au lycée, il n’a aucune formation d’acteur. Qu’à cela ne tienne, compte tenu de son physique parfait, Universal le fait intégrer l’école d’art dramatique des studios. Mais, tout en s’illustrant comme l’un des meilleurs éléments de la classe, il reste froid et raide devant les caméras, limitant ainsi ses rôles à quelques apparitions par film. Durant cette période on le voit donc tenir de tout petits rôles dans La revanche de la créature, ou Ne dites jamais adieu ou encore Les piliers du ciel. Si durant cette période UniversalePictures l’exploite, rien n’échappe au sagace Clint Eastwood, qui profite des tournages pour apprendre méthodiquement les étapes nécessaires à la réalisation d’un film.

Lorsque son contrat avec Universal Pictures touche à sa fin, Clint semble déterminé à travailler dans le cinéma. Son amitié avec Arthur Lubin, réalisateur et acteur, lui permet de décrocher un rôle dans La VRP de choc, puis dans Escapade au Japon.  Cependant sa carrière a du mal à décoller et Eastwood songe même à tout stopper pour trouver un boulot plus sûr que le cinéma. Au moment où sa collaboration avec Lubin s’achève commence celle avec Bill Shiffrin, qui lui sera très bénéfique.

Clint Eastwood décroche un rôle fixe dans une série B Rawhide en 1956 et au fur et à mesure des épisodes semble toucher le public. Tant et si bien qu’après trois saisons, lorsque la star de la série, Eric Fleming, refuse de tourner dans Pour une poignée de dollars,  du jeune réalisateur Sergio Leone, c’est Clint qui se voit proposer le premier rôle. Sorti en 1965 le film rencontrera un franc succès en Italie et l’acteur devient une vraie star. S’en suivra alors deux autres volets: Et pour quelques dollars de plus et Le bon, la brute et le truand. Le deuxième volet apporte à Clint une certaine notoriété, aux Etats-Unis comme en Italie. C’est déjà à partir de cette époque qu’il commence à penser se mettre à son compte et produire ses propres films.

Pendez les haut et court sera le premier film que la nouvelle maison de production Malpaso co-produira: Clint Eastwood y aura le premier rôle en plus d’en être le premier actionnaire. Il s’agit du quatrième western de Clint mais le premier à être apprécié des critiques. Ce film qui semble prédire un bel avenir à l’acteur grandissant lui offre un nouveau contrat avec Universal Pictures, la maison de production qui l’avait autrefois rejeté, et une nouvelle collaboration, avec Don Siegal. Quand les aigles attaquent sorti en 1968 signe la spécialisation de Clint Eastwood dans les western et policiers en tant qu’acteur.

Après plusieurs retardements le premier film de Clint Eastwood en tant que réalisateur sort dans les salles en 1971, Un frisson dans la nuit. La mort de son père quelques mois avant la fin du tournage a un impact considérable sur le style visuel, très sombre, du film. Pour la première fois Clint ne joue ni un militaire, ni un cowboy, un tournant s’amorce. Un frisson dans la nuit lui permet d’aborder un thème tout autre, celui du jazz et ainsi de mettre en avant l’une de ses passions: la musique.

Suivra L’inspecteur Harry que l’acteur n’accepte que parce qu’il se trouve à l’époque à court de projet et pour lequel Clint retrouve Don Siegel. Mais le personnage qu’il incarne dans ce film culte, Harry Callahan, symbolise pour l’Amérique un renouveau: la police est contestée et la guerre du Viêt Nam risque d’être une défaite, il incarne le héros dont les Américains ont besoin à l’époque. En décembre 1971, le film sort en salle et se hisse très rapidement en tête du box-office. L’inspecteur Harry connaitra trois suites.

Des années 70, il faut également retenir L’Homme des hautes plaines, produit par la société fleurissante de Eastwood, dans lequel il tient le premier rôle et qui contient une scène intéressante et symbolique dans la carrière de l’acteur. Dans la dernière scène, où il est à cheval, on peut voir trois tombes gravées au nom de Don Siegel, Sergio Leone et Brian G. Hutton, les trois réalisateurs qui lui donnèrent sa chance et avec lesquels il estime avoir appris le plus. Si sa carrière de producteur, de réalisateur et d’acteur continue son bout de chemin entre un nouvel épisode de l’Inspecteur Harry et quelques contrats avec Universal Pictures, certains films permettent de montrer une évolution dans le travail de Clint Eastwood en tant que réalisateur et ainsi dans son rapport à la caméra.

Impliqué en politique, sa carrière de réalisateur et acteur est mise de côté pendant qu’il exerce le titre de maire de la belle ville de Carmel (Californie), où il fait bon vivre, de 1986 à 1988. Mais il n’en oublie pas le cinéma puisque Bird sort au milieu de son mandat, en 1987, il retrace la vie du musicien et visionnaire Charlie Parker  joué par Forest Whitaker. Ce film permet à Clint de porter une nouvelle fois à l’écran sa passion pour le jazz ainsi que de rendre hommage à l’un des plus grands jazzmen, que le réalisateur avait vu en concert à Oakland au tendre âge de 15 ans, 1945. Il s’agit également du deuxième film que Clint Eastwood réalise sans y apparaitre.

En 1992 Eastwood réalise Impitoyable, un nouveau western esthétisant, où il joue sur le clair-obscur tout du long et créant ainsi une atmosphère générale sombre. Il rassemble un beau trio d’acteurs: Morgan Freeman, Gene Hackman et Clint Eastwood. Avec ce film, Clint Eastwood propose une réalisation aboutie et sera d’ailleurs récompensé par 4 Oscars (dont celui du Meilleur réalisateur). Pour Mystic River, avec Sean Penn et Kevin Bacon, qui récolte quant à lui trois nominations au Festival de Cannes en 2003, Clint Eastwood est en charge de la bande son. Clint Eastwood fera un doublé en reportant une nouvelle fois l’Oscar du Meilleur réalisateur avec Million Dollar baby, où Morgan Freeman et Hilary Swank seront également récompensés. Par la même occasion il s’empare d’un sujet délicat et poignant, celui de l’euthanasie.

Et puis, n’étant plus à un projet osé près, le réalisateur devenu grand se lance dans la création du premier film américain sur le conflit du Pacifique – où l’armée américaine affronta l’armée japonaise en début de l’année 1945-, MAIS, du point de vue ennemi, avec les Lettres d’Iwo Jima puis son film-miroir Mémoires de nos pères. Il propose alors un diptyque, bien accueilli par la critique mondiale. L’Echange puis Invictus et Gran Torino, qui suivent promptement, ne font qu’anoblir le travail de ce réalisateur, devenue une légende du cinéma avec plus de 80 films à son actif.

Endossant plus d’une fois le rôle de l’antihéros, il joue des personnages redresseurs de tords (comme dans Gran Torino), sur un fond tragique de film d’actions violent ou encore de western (comme Pale rider). Plus tard, il endossera des rôles plus touchants (Sur la route de Madison) et, généreux, les offrirent aussi à ses quelques acteurs fétiches, certains à visée politique (Invictus). Pour celles qui voudraient remonter la généalogie, on estime que son cinéma est de manière générale influencé par le travail de John Ford et de Howard Hawks.

En ce qui concerne sa relation avec ses acteurs sur le plateau, il favorise la spontanéité des premières prises d’une scène ce qui rend le tournage plus rapide et explique que plus d’une fois ses films furent bouclés avant la date prévue : de quoi ravir toutes les maisons de production. Ses méthodes de travail singulières ont pu poser quelques problèmes comme se fut le cas  lors du tournage Sur la route de Madison, il semblerait que Meryl Streep fut désarmée face au silence de Clint Eastwood lors de ses scènes et devant le manque d’explications concernant les intentions du réalisateur, et, sur le tournage d’ Un monde parfait, le perfectionnisme de Kevin Costner associée à la spontanéité de Eastwood furent plus d’une fois causes de mésentente.

En 2010 son dernier film, Au-delà réunissait son Matt Damon favori et la francophone Cécile de France. Les critiques, après l’incroyable série que Clint Eastwood avait entamé, ne sont pas toutes enthousiastes quant à ce nouveau film pourtant tant attendu. Mais le réalisateur, qui ne se désarme pas, annonce déjà un nouveau projet et poursuit son investigation de l’histoire et des moeurs de son pays natal : J. Edgar sera le film d’une des plus grandes personnalités américaines du siècle dernier, l’homme qui fut à l’origine du FBI: J. Edgar Hoover. Leonardo Dicaprio aura le premier rôle et collaborera pour la quatrième fois avec Clint Eastwood après, entre autres, Aviator et The Basketball diaries. Le film explorera la vie publique comme la vie privée d’un homme qui restera dans la postérité. A l’affiche, du beau monde : Leonardo Dicaprio, Naomi Watts, Armie Hammer, Judi Dench et Ed Westwick. Rendez-vous le 11 janvier 2012 !

À propos de Sunsh

Soignante à plein-temps, brunch-addict, coureuse des montagnes de l'après-midi, fétarde de la nuit et globetrotteuse continuellement.

Publié le 30 août 2011, dans Bouillon De Culture, Ciné, Monidole, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 7 Commentaires.

  1. C’est vrai qu’il a un sacré talent ce Clint !
    Enfin moi je n’ai vu que ses films récents. A part Au Delà auquel je n’ai vraiment pas adhérer et devant lequel je me suis ennuyée, Million Dollar Baby, Invictus, L’échange et surtout Gran Torino qui est génial, m’ont vraiment convaincu.

    J'aime

  2. Super article ! Je suis une grosse inculte des films de Clint Eastwood (j’en ai vu qu’un seul…) mais je compte bien y remédier. Million dollar baby me fait bien envie et Au delà aussi que je n’ai pas pu aller voir au ciné. Je ne savais pas qu’il projetait de sortir un nouveau film en Janvier, je serai au rdv !

    J'aime

  3. Hello !
    excellent article !
    Vous pouvez en trouver bein d’autres sur notre site : http://clintlalegende.fr/articles.htm
    et si je ne devais conseiller que 3 films à voir absolument de Clint, il faut avoir vu absolument « Sur la route de Madison », « Million Dollar Baby » et « Unforgiven »… Trois genres, trois façons de traiter des sujets très divers… du grand Clint !
    Bien sûr, il y en a des tas d’autres (et même quelques « mauvais » 😉 ) mais on ne peut tous les citer ici !
    Et si vous voulez tout savoir sur cet homme extraordinaire, rendez-vous sur LE site français qui lui est consacré : http://clintlalegende.fr et sur le forum associé au site pour discuter avec les « clintophiles » français !

    J'aime

  4. Merci pour cet article Sunsh ! J’ai maintenant toute une liste de films à voir et revoir !
    Mon beau frère étant un fan inconditionnel d’Eastwood, je m’en suis tapée des soirées consacrées à sa filmographie mais il m’en manque pas mal, en même temps vu le nombre… xD Surtout les plus vieux. Mais à chaque film je retombe sous son charme légendaire, oui oui même maintenant à 80 balais !

    J'aime

  5. Merci pour ce long article (comment faire autrement face à un vétéran pareil ?!), qui m’a appris plein de choses (et accessoirement, m’a évidemment fait ajouter un tas de films sur « la liste des films à voir », car j’ai singulièrement vu peu de Clint Eastwood!!). Même pas Million Dollar Baby. BOOOOOOOOOOOH !

    J'aime

    • Figure-toi que j’y ai également beaucoup appris et notamment la fin de pas mal de ses films (comme Million Dollar Baby, Mystic River ou L’homme des hautes plaines), évidemment, que je n’avais pas vus.

      J'aime

  1. Pingback: Portrait: Meryl Streep « glorybox

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :