Vivienne Westwood: l’enfant terrible de la mode anglaise

Son originalité, son goût pour la provocation, sa chevelure flamboyante et sa contribution majeure à la mode, au mouvement punk et au rayonnement de l’Angleterre, c’est tout ce qui fait de Dame Vivienne Westwood un véritable trésor national.

La première devanture du magasin Let It Rock

Née Vivienne Isabel Swire, dans le Derbyshire, celle qui abandonne ses études d’art à Londres, doutant qu’ « une fille de classe moyenne comme [elle, puisse] se faire un métier dans le monde de l’art » ne se prédestinait pas à un destin de styliste. « D’abord, je ne voulais pas le faire. Je voulais lire des livres, mais je savais que j’étais bonne pour ça »

À 20 ans, elle est institutrice en école primaire et rencontre son premier mari, Derek Westwood. Elle conservera toujours son nom et avec lui, elle aura un enfant : Benjamin (créateur de la marque de lingerie Agent Provocateur). Quatre ans plus tard, sa rencontre avec Malcolm McLaren, signera la fin de ce mariage. Dans les années 70, c’est avec cet homme et son ami Patrick Casey, qu’elle œuvrera, dans le déclin du mouvement hippie, pour le genèse du mouvement punk. Aujourd’hui leur magasin du 430 Kings Road à Londres, est devenu culte. Un véritable lieu de pèlerinage pour les punks du monde entier. Successivement nommé Let It Rock, Too Fast Too Live Too Young Too Die et Sex, comme pour changer successivement son orientation et sa clientèle, la boutique est aujourd’hui devenue World’s End et appartient toujours à Vivienne Westwood.

Malcolm McLaren et Vivienne Westwood

Elle y fait ses débuts en tant que designer. Dans un premier temps, elle ré-introduit le style Teddy Boys des années 50. Un mouvement dandy/rock’n’roll, au mode de vie violent dont les membres ont notamment été impliqués dans l’émeute de Nottinghill en 58. Les Teddy Boys ont été les premiers à revendiquer une culture de consommation destinée et réservée aux jeunes. C’est sur ce marché que McLaren et Westwood se feront une place. De plus en plus provocants, ils font preuve d’une créativité atypique et s’assurent l’attention des jeunes. Dans ses créations, Westwood s’emparera ensuite de l’univers vestimentaire des motards, de l’univers SM, d’éléments de la bourgeoisie anglaise, à grand renfort de tartans. Un mélange de cuir, de vinyl, d’épingles de suretés, de mini-crinolines, de découpes vives et de tee-shirt aux slogans subversifs… S’en suit un large succès pour la boutique (le succès des Sex Pistols, dont le manager n’était autre que McLaren, y étant pour beaucoup) et pour leur première collection « Pirate » qui lui vaudra la reconnaissance du milieu de la haute-couture.

Les Sex Pistols habillés par VW
Les Sex Pistols habillés par VW

La collection Pirate

Tout cela appartient à l’histoire et forge sa légende. Tout comme sa place parmi les six meilleurs stylistes au monde, qu’elle doit à John Fairchild, l’auteur de « Woman Wear Daily », son titre honorifique de chevalier de l’Ordre de l’Empire Britannique qu’elle ira récupérer à Buckingham sans culotte. Et ses trois prix de Designer de l’Année. Ses cornes en strass. Ou encore son influence dans le mangas Nana, d’Ai Yazawa.

Aujourd’hui à 70 ans, elle poursuit sa vie avec Andreas Kronthaler, de 25 ans son cadet et qui fût autrefois son élève. Dans sa demeure de style Queen Anne, elle pourrait couler des jours heureux, jouant le rôle de grand-mère idéale, ressassent le bon vieux temps de la révolte entre jardinage et lecture, se reposant sur les lauriers de sa gloire. Mais ce n’est définitivement pas dans sa nature. Cette ancienne punk aura compris un jour qu’« il n’y a pas de subversion sans idée. Ce n’est pas suffisant de vouloir tout détruire. » Et des idées, des revendications elle en a aujourd’hui à la pelle. Nourrie par des nombreuses lectures, elle devient plus activiste que jamais.

Andreas Kronthaler, Vivienne Westwood et Pamela Anderson (son égérie)

Collection 2008

Collection 2010

Collection 2011

Elle publiera notamment un Manifesto traitant de la Résistance Active contre la Propagande. « Mon manifeste dit, essentiellement, qu’à chaque fois que vous apprenez quelque chose, que vous voyez quelque chose que vous comprenez, vous aidez à changer le monde et vous êtes un combattant pour la liberté. Même s’il s’agit seulement de vérifier dans le dictionnaire un mot que vous ne connaissiez pas avant. » Sous la forme d’une pièce elle traite l’importance de l’art dans la société, appelant à la révolte contre la distraction constante, qui endort les esprits, et le consumérisme. Étrange de combattre le consumérisme quand on est soi-même designer de renom. Et elle s’en défend difficilement:« Je ne me sens pas à l’aise en défendant mes vêtements. Mais si vous avez l’argent pour vous permettre de les acheter, alors achetez-les moi. Seulement, n’achetez pas trop. » A son niveau, elle fait malgré tous coïncider ses paroles et ses actions, en œuvrant par exemple pour une mode éthique, grâce à un programme développé au Kenya qui permet à 7000 femmes marginalisées de travailler à la fabrication des matières premières pour les créations de Westwood. Elle se penche sur de multiples causes, avec cette fougue spécifique des jeunes gens révoltés et avec cette excentricité bien connue et considérée d’un œil de plus en plus indulgent par ses compatriotes. Quant au monde entier, il voit en elle cet autre « enfant terrible » de la mode, (tout comme Jean-Paul Gaultier) talentueuse avant tout, capable d’habiller la dernière it-girl et la Reine avec le même collection.

Photo de Tim Walker

À propos de Rookie

Débutante.

Publié le 27 juillet 2011, dans Bouillon De Culture, Mode, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 6 Commentaires.

  1. Je l’aime, je l’aime, je l’aime !

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  2. Excellent ! J’ai lu ton article avec attention puisque tout fan de punk se doit de connaître Vivienne Westwood, cette meuf déchire ! Tu m’as appris plein de trucs sur elle, merci !

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  3. Je ne connaissais pas VW (bouuh honte à moi) mais je suis contente d’avoir lu ton article, c’est très agréable et ça donne envie de découvrir encore plus cette reine de la mode!

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  4. Elle déchire tellement.

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  5. Très bon portrait :).

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  1. Pingback: « Regarder en arrière est le seul moyen de créer le futur » |

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