Mon premier cours de danse

Et pourtant moi et la danse, ça fait quarante-douze. Mon premier et dernier échec en matière de danse remontait au début des années 2000, les années Janet Jackson au milieu de la savane, et une Greta qui s’essayait au modern-jazz. J’ai fui lorsque la chanson choisie pour le spectacle de fin d’année était une des Enfoirés.

Le lieu du crime était le centre de fitness au beau milieu de la ville, où les clients peuvent bouger leur cellulite en admirant les étudiants aux têtes de Guy George, éreintés par des heures assis à un TD soporifique, allant vers l’université. Ils nous envoient tout au bout du centre et nous arrivons dans une salle que je ne connaissais que de « Un, dos, tres »: le sol en parquet scintillant et glissant, trois milliards de miroirs pour contempler ma dégaine de docker en robe bleue à pois blancs – j’avais eu la très bonne idée de mettre une robe à un cours de danse – mes futurs compagnons d’apprentissage avaient donc la possibilité de lancer les paris sur la couleur de ma culotte avant une rotation (La Française des Jeux n’a pas souhaité s’exprimer sur ce sujet). Puis la salle se remplit, et au lieu d’Espagnols fougueux comme Pedro et Enrique, nous tombons sur des Allemands, la trentaine, les chaussures orthopédiques bio (!!) aux pieds et autant de sex appeal qu’Edouard Baladur. Les filles, certaines accompagnées de sacs de randonnée, chose plus que normale ici bas, semblaient avoir confondu le cours de danse avec celui de trekking.

Nous étions donc environ 10 lorsque les deux profs sont arrivés, une habillée d’un pantalon blanc trop serré et l’autre, sud-américain, avait un gros accent en parlant. Et auyourrrdoui nous allon fairr de la danss màs sansssouelle, qui ss’appell « merengue ». Je le savais, mais bon, par contre j’ignorais que c’était une danse màs sansouelle. A l’entente de ce mot qui me promettait des tête-à-tête chaud brûlants de danse avec des hommes dansant comme des dieux, une sorte de Dirty Dancing avec Günther Swayze, je retournai ma tête pour contempler mes hommes promis, et c’est à partir de ce moment que j’ai pris la conscience de mon erreur, et l’envie de prendre mes jambes à mon cou m’a parcouru. Et puis, j’avais secrètement espéré avoir eu Bruno Vandelli.

Le premier mouvement consiste à balancer ses fesses de droite à gauche. Les Shakira en herbe s’exécutent et un ballet de métronomes fessiers se met en place, droite, gauche, droite, gauche, j’envoie ma cellulite voir d’autres horizons, en oubliant pas le pas en avant et en arrière.

Et tout à coup, c’est le drame.

Ayant totalement zappé que le merengue est une danse non seulement sansouelle mais aussi en couple, le moment de chercher un partenaire était venu tellement vite que je n’avais même pas le temps de dire ouf. Le merengue n’étant pas une danse lesbienne, je n’ai pas pu danser avec ma copine, mais avec un homme qui m’a regardé avec autant de sympathie qu’Eric Zemmour. Rapidement j’avais compris que je tenais là un partenaire de danse discount, car non seulement il n’échangeait pas un mot, même pas une présentation, histoire de savoir comment la chose qui se colle à mon corps s’appelle, mais en plus, il dansait comme un pied amputé. Il n’avait pas compris la sansoualité de la danse et avait donc mis une trentaine de centimètres de séparation entre nous, ce que le prof latino avait vite fait de remarquer. Peut-être trouvait-il que je puais le prout. De plus, il avait une fâcheuse tendance à ne pas se rappeler des mouvements: lorsqu’il devait passer son bras derrière son dos, il m’entraînait dans une direction des plus inconfortables et aurait presque réussi à faire un nœud avec mes bras, ce qui aurait bien amusé le SAMU.

Le highlight du cours était sa fâcheuse tendance à constamment nous faire tourner. Il avait sûrement confondu le merengue avec la valse car, à pratiquement chaque mouvement, il nous faisait faire un tour, deux, voire trois, ce qui nous faisait ressembler à une toupie ou à un presse-purée. Cela aurait pu être drôle, après tout, un tour de manège sans payer, c’est toujours sympa, sauf que la troisième fois, un sentiment irrépressible de tournis m’a pris, ce qui m’a obligé de lui faire remarquer que je ne m’appelle pas Brian Joubert et que les doubles axel n’étaient pas mon kiff, sans quoi j’aurais été l’auteur d’un éblouissant jet de vomi, tel un arrosoir éléctrique.

La providence m’a libéré peu après, la séance avait pris sa fin. Sans un mot, mon partenaire s’éclipse, me laissant moi et mon tournis qui me manque de trébucher. Je pensais devenir une danseuse de merengue affreusement sexy, j’étais devenue Vomito.

Je ne renonce pas cela dit d’apprendre une autre danse et de renouveler cette expérience un jour, mais promis, la prochaine fois, celui qui me fera tourner autant pendant une danse qui ne le stipule pas, sera défenestré illico presto.

À propos de Greta

Française (de papiers), Allemande, Québécoise et Suisse de coeur qui a mangé l'ironie et l'humour (périmé) avec la cuillère. Manie la langue et la culture allemande comme les mecs manient l'hélicobite. J'aime les épinards, la littérature française et regarder "Confessions Intimes". J'aime pas la guerre, le racisme et la croûte des gâteaux.

Publié le 21 juin 2011, dans Day By Day, Société. Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

  1. C’est ce genre dde témoignages qui me fait hésiter à tenter les cours de danse qui nécessitent un cavalier. x)
    Finement drôle !

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  2. « Peut-être trouvait-il que je puais le prout.  »

    Très drôle Greta, il ne manque qu’une chose… LES PHOTOS!

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  3. Excellent!!! Je me suis vraiment marrée en te lisant! 🙂

    Je crois que ce que j’ai préféré c’est quand même ce passage: « nous tombons sur des Allemands, la trentaine, les chaussures orthopédiques bio (!!) aux pieds et autant de sex appeal qu’Edouard Baladur.  » ^^

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  1. Pingback: 10 trucs pour affronter la rentrée | GloryBox

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