Mon album de merde préféré : Significant Other, de Limp Bizkit

Fascinant phénomène sociologique, Limp Bizkit (traduisez : « biscuit mou ») a profité de mes juvéniles effusions cannabiques pour prendre mon cerveau d’assaut et corrompre ma crise d’adolescence. Il ne s’agissait pas d’un mauvais groupe absolu ; on a ici un guitariste aventureux et inventif et là une section rythmique efficace. Mais c’était sans compter la présence du ringardissime scratcheur de feu House of pain j’ai nommé DJ Lethal (qu’Eminem jura jadis de tuer de ses propres mains, anecdote inutile mais rigolote), et, BIEN ENTENDU, le crétin en chef, sagouin parmi les sagouins, Fred Durst.

Soyons francs : le premier album a le mérite d’exister, il s’agit d’un disque frappadingue, d’une violence de dégénérés, et devant ce mauvais rappeur cintré de Fred Durst qui se hurle à lui-même de « fermer sa putain de gueule », on reste béat. Une expérience unique qui ne prépare en rien à l’album suivant sur lequel nous allons nous pencher. Significant Other est un cas d’école. L’intégrité dans le rock, c’est une qualité primordiale, vous diront certains. Les gangs phares des 80/90’s, Red Hot Chili Peppers, Metallica, KoRn, mirent, en général, une dizaine d’années avant de céder au diabolique chantage du vil merchandising. Et bien la bande à Durst s’est vautré corps et âme dans le commercial le plus vulgaire et le plus consensuel dès le deuxième album ! Entendre la différence entre le bourinnage over the top du premier album et la chanson Just like this de Significant est une expérience comparable à la vision d’un sketch des Inconnus : c’est drôle, c’est stupide, on y croit à peine et pourtant ! Le flow est toujours aussi foireux, mais Durst n’a plus l’excuse de son hystérie vocale, et le couinement rap métal est né. Bientôt il sera plagié par les méga losers de chez Pleymo, et le monde retiendra son souffle.

« I came into this world as a reject ! » se plaint le petit Fred sur Nookie. Comment ne pas aimer un mec si mégalomane qu’il se met en scène suivi par des tas de méga bonnasses éblouies par son sex-appeal ? Et si vous n’avez pas compris que LB, c’était de l’anticonformisme rebelle à mort, attendez d’entendre Break Stuff, et son cultissime «Break your fucking face tonight !!! ». A l’époque, j’étais à donf’, je brandissais le poing comme un fan de Rage Against the Machine qui taggue des A sur les bancs du bahut. Ouaaaiiis ! Enculeurs de maman !!!

Re-Arranged, c’est pour montrer que même si on est encore plus rebelle que Vanilla Ice, on peut quand même avoir un cœur meurtri dedans son corps tatoué. I’m Broke, ça raconte que Fred il est trop vénère parce que y’a un putain d’enculé qui lui a emprunté du fric et qui lui a jamais rendu. Nobody Like You, c’est avec le chanteur de KoRn, qui est tellement torturé qu’à côté Ian Curtis c’est Michel Galabru. Don’t Go Off Wondering c’est rempli de douleur insoutenable, où Fred est stuck avec sa dick dans sa hand parce que sa meuf don’t feel nothing at all. La salope, comment ne pas aimer un mec comme Fred Durst ?

Mais attention, vient le moment le plus comique de tout l’album : N 2gether Now (l’écriture texto, mec, c’est trop l’avenir) où Fred trouve pertinent de nous prouver ses talents de rappeur en chantant en duo avec… Method Man. La star du Wu Tang se baladait dans le studio, est entrée là parce qu’il a vu de la lumière, a alors griffonné quelques rimes sur une feuille de PQ, a enregistré en une prise, a encaissé son chèque et s’est barré. Durst, lui, on sent bien qu’il a mis tout ce qu’il a pour montrer qu’il gère autant le hip hop que le métal. C’est une manie rigolote qu’il a, Fred, il se frotte toujours à plus fort que lui. Plus tard, il essaiera de casser Trent Reznor sur Hot Dog (c’est un peu comme si Kyo disait que Noir Désir fait de la merde, si vous voulez), reprendra Behind Blue Eyes des Who (le mec n’a peur de rien) et se montrera encore plus con que Britney Spears en lui dédiant une chanson à charge, Just Drop Dead, peut-être la pire du groupe.

Mais ! Nous n’avons pas fini de parler de Significant Other ! Vous pensiez y échapper ? Non ! Vous n’allez pas passer outre 9 teen 90 nine, la chanson pour faire la teuf au nouvel an d’il y a douze ans ! Vous n’échapperez pas à la mocheté surpuissante de Trust ! A côté ça la bande à Bernie Bonvoisin c’est les Beatles période Revolver ! Et vous ne passerez pas non plus à côté de No Sex, où le malheureux Fred pleure sur sa relation amoureuse qui n’est basée plus que sur le sexe ! Hein ?! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? C’est des tapettes en fait Limp Bizkit ? C’est pour ça qu’ils ont repris Faith de Georges Michael ? Mais non nous répond Fred Durst avec un sourire plein de complicité malicieuse, regardez comme lui et ses potes ont des grosses bourses pleines de virilité avec Show me what you got, bien sûr qu’il bat tout le monde en taille de zizi, Fred, en plus il connait presque tous les états de son pays puisque il en cite pleins pleins dans la chanson, parce qu’on ne peut pas être un rebelle au grand cœur comme Lorenzo Lamas sans aimer les Etats Unis d’Amérique, le pays de James Dean.

Ce qu’il y a de bien avec LB, de vraiment bien, c’est que franchement, on ne s’ennuie jamais, et on ne peut pas en dire autant de toute la discographie de Pink Floyd. La bêtise spectaculaire du gang est au-delà de toutes les espérances, et finalement, je le reconnais, j’ai pris un étrange plaisir à réécouter l’album pour écrire cet article, entre la nostalgie de mon adolescence et les railleries sarcastiques de mon âge adulte. Ouais, j’ai un peu honte. Mais bon. Écouter de la mauvaise musique, c’est quand même moins pire que de voler le sac d’une vieille, hein. Mais laissons les LB conclure eux même :

 « You wanted the worst ? You’ve got the worst. The one, the only, Limp Bizkit. »

Publié le 25 mai 2011, dans Bouillon De Culture, Mon album de merde préféré, Musique, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

  1. greymalkin

    Attends, dès la deuxième phrase, le mécanisme de défense du fan, cru 2001 : « Il ne s’agissait pas d’un mauvais groupe absolu ; on a ici un guitariste aventureux et inventif et là une section rythmique efficace. » Très bonne contre-chronique !

    Bon sinon j’avoue, je suis passée (PASSEE) à Jacksonville en greyhound cet été. Major « poing sur la poitrine Fred Durst on pense à toi » moment.

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  2. Mouahaha. J’ai bien rigolé. Tu te souviens quand on se disait que quand on écoutait Nookie on avait l’impression qu’on pouvait casser la gueule de tout le monde ?

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    • Moi je me souviens qu’on chantait la fin de Trust en trouvant ça trop cool. « I Don’t trust nobody, cause nobody trust me, i’m never gonna trust anybody, and that’s the way it’s gonna be ! »

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  3. J’avais un prof en musico qui disait qu’une bonne petite daube de temps en temps, ça faisait pas de mal… ^^

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