Tree of life, palme d’or du sommeil

Terrence Malick et ses 4 films en 40 ans comme autant de monuments cinématographiques qui ont fait de lui une légende vivante, voyait sans doute en Tree of Life l’apogée de son génie, le summum de sa poésie, l’oeuvre d’une vie, en somme. J’y allais quant à moi, forte de mon excellent souvenir de La Ligne Rouge, dans une confiance totale face au casting parfait (Malick – Brad Pitt – Sean Penn : que demande le peuple ?), ragaillardie par rien de moins qu’une palme d’or fraîchement desservie, je m’attendais par conséquent à ressortir en larmes de la salle, ébranlée par l’incroyable expérience que je viendrais de vivre.

C’était sans compter le travers de tout réalisateur qui se respecte, l’écueil du cinéaste, le cancer du cinématographe : la branlette.

Et autant vous dire que sur ce coup là, Malick n’y est pas allé de main morte.

Le pitch du film tient originellement sur trois lignes qui augurent d’un sujet passionnant : un homme se remémore par bribes les évènements marquants de son enfance, cherchant des clés pour exorciser la mort de son petit frère. Ce que le pitch ne dit pas, c’est que Malick comptait, par la même occasion, faire un crochet par le Big Bang, ça coûtait pas beaucoup plus cher en essence, sans oublier celui sans qui nous ne serions de toute évidence rien : Dieu. God himself. Oui madame.

Et alors que nous aimerions que le réalisateur se concentre sur la partie la plus intéressante de son film, à savoir l’évolution de cette famille, Malick s’égare et nous perd par la même occasion dans les méandres de la nature dans toute sa splendeur, telle nos meilleurs économiseurs d’écran Windows… 5 minutes, 10 minutes, 15 minutes passent et la mer qui gronde, l’herbe qui pousse, les arbres qui grandissent laissent leur place aux volcans qui éructent, à la terre qui se fend, à la lave qui détruit tout : Dieu donne, c’est vrai, mais Dieu reprend aussi. Ca vous a plu, vous en voulez encore ? Non ? Tant pis, c’est parti pour encore une bonne 1/2 heure de comètes et d’étoiles filantes, dans la joie et la bonne humeur, et Malick d’aller jusqu’à nous livrer une allégorie étonnante portée par un sympathique dinosaure en voie d’extinction, épargné par un de ses carnivores compatriotes qui s’apprêtait à le manger : Dieu, dans sa grande mansuétude, est partout.

Mais vraiment partout partout : dans le soleil qui traverse toujours joliment les arbres et caresse les peaux, dans les cheveux toujours gentiment coiffés, dans le vent qui fait se soulever les draps, rideaux et autres taies d’oreillers, dans les pâquerettes qui poussent douillettement, dans les papillons qui se posent sur les mains des bonnes âmes, dans les torse glabres et innocents des petits enfants, dans l’eau qui fait des clapotis, dans les oiseaux qui font cuicui, même dans une violence pourtant annoncée : on souhaiterait presque que le père tape un peu plus fort sur ses enfants, ça aurait le mérite de nous réveiller.

Quand Malick consent à descendre de l’hélico de Yann Arthus Bertrand pour en revenir à cette famille O’Brien, c’est pour engager une analyse qui nous laisse sur notre faim mais qu’on devrait semble – t – il suivre aveuglément tel Abraham suivant les ordres infanticides de Dieu. A toutes les questions que l’on pourrait se poser, Terrence Malick n’a qu’une réponse : Dieu est amour / partout / miséricordieux.

C’est ainsi que si comme moi, vous n’êtes pas une catholique pratiquante, ce film de 2h18 vous semblera durer 4h20.

Et s’il est vrai que les acteurs sont prodigieux – malgré un Sean Penn qui aurait finalement très bien pu se faire remplacer par un hologramme – s’il est vrai que la caméra caresse avec une infinie sensibilité cette famille compliquée où les enfants, occupés à se battre contre l’autorité d’un père à l’image d’un Dieu, se posent finalement les mêmes questions que nous (mais : pourquoi ?), s’il est vrai que les rédemptions respectives d’un père et de son fils nous engage sur un chemin qui aurait pu être intéressant, rien ne parvient à sauver le mal que fait le mysticisme foireux qui saucissonne l’intrigue.

Et le générique chéri attendu comme le messie depuis une bonne heure quarante cinq est précédé par, je vous le donne en mille : le paradis. Tout le monde est heureux, tout le monde s’embrasse, tout le monde se pardonne, tout le monde est blanc et gambade les pieds dans la mer.

En vérité tout le monde est défoncé et c’est la réflexion que je me suis faite en sortant de la salle : je n’avais clairement pas suffisamment fumé pour voir The Tree of Life.

À propos de Aime Pi

-  C'est  tout  c'que  vous  trouvez  à  dire  ?                                                                                                                                            -  Ouais.  Allez  vous  faire  foutre.

Publié le 23 mai 2011, dans Bouillon De Culture, Ciné, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 9 Commentaires.

  1. J’ai enfin lu ton article puisque je suis allée le voir cette semaine. Je partais avec un très mauvais a priori (j’ai entendu que des « mais pourquoi? » à propos du film) et en fait j’ai adoré. Mais je pense que peut-être à un autre moment ça n’aurait pas marché, c’était très… sensoriel, je crois que j’avais juste envie / besoin de voir ça au moment où c’est arrivé, sans le savoir. Ne pas aller voir ce film en se disant que Brad Pitt – Sean Penn et Malick c’est la sainte trinité (sans jeu de mot ahah) puisque B.Pitt et Sean Penn on les voit allez 14 minutes en tout ?

    Je saurai même pas expliquer pourquoi j’ai aimé, si ce n’est que ça m’a transporté. Les 10 dernières minutes, non. Les dinosaures c’était quand même inopportun. Mais même les plans de 20′ sur le cosmos ne m’ont pas gênée, et surtout pas du tout étonné de Malick, pour moi il est possible de faire de tous les films de Malick une lecture panthéiste (j’ai pas vu La Ligne Rouge, c’est un film de guerre ? Peut-être que ça ne s’applique pas pour celui ci, mais pour Days Of Heaven, Badlands, The New World si), la nature est toujours PLUS que la nature. C’est son truc. C’est pour ça que même les évocations de l’Eglise ne m’ont pas gêné, j’avais pas l’impression d’être au catéchisme, même si je crois que dans une autre disposition je pourrai tâcler ce film qui est quand même AS MORAL AS IT CAN GET. Le discours sur la nature et la grâce, Dieu est tout et puissant, m’a en fait évoqué des questions proprement philosophiques, un genre de long poème qui offre plus de questions que de réponses et pas du tout un clip pour une religion en particulier ou bien le christianisme (qui en fait parle quand même essentiellement de Jésus), et m’a vraiment émue et renvoyée à plein de choses, j’étais confuse, égarée, c’était intense! Et je crois que c’est, de toutes façons, un film moral en dehors de la référence appuyée à la création (à laquelle je n’adhère pas mais qui ne m’a pas gâché le film), je crois que Malick parle d’une force toute-puissante, qu’on appelle Dieu, mais pas forcément du Dieu des écritures. Même quand ils lisent le livre de Job pour moi ce passage de la Bible peut être lu de manière complètement athée, la parabole de Job vaut pour l’existence.

    J’étais partie dans l’idée que j’allais me faire chier mais bon « voyons le quand même » et en fait j’ai juste été complètement subjuguée par le tout (pas tellement devant les plans, qui, comme tu le dis sont peu ou prou des screensavers windows mais devant le tout du film). Bref forte, forte impression, rien qu’à en parler j’ai des palpitations limite!

    Ah juste pour le plaisir de la discussion, pour moi le père n’est pas à l’image de Dieu, le seul truc à l’image de Dieu c’est le tout-puissant : les cascades, le cosmos, le mouvement du monde (qui se retrouve dans les fleurs de magnolias dans le monde temporel), mais le père est l’image de la nature (au sens caractère, qui s’oppose à la grâce – la mère) : il s’impose, il est colérique, il veut forcer le destin, il n’accepte rien en l’état – cf : quand il dit à ses enfants de se sortir les doigts du cul, d’oeuvrer pour leur propre réussite.

    Bon bref, J’AI KIFFE A FOND.

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  2. Très bon article ! C’est totalement vrai pour les plans inutiles de 15 minutes (dont 2minutes 30 sur une fucking méduse !). C’est dommage parce que y a un potentiel, mais il est totalement gâché.

    J’avoue que quand je suis allée le voir avec des copines… on s’est toutes dit qu’on avait perdu du temps et de l’argent.

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  3. Alors si on peut même pas fantasmer sur Brad Pitt… mais que fait la police du cinéma????

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  4. M’en fous, j’irai le voir quand même ! Voilà. Au pire, la contemplation de Brad Pitt me fera passer le temps.

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  5. :tup: C’est tout à fait ça. Je l’ai dit dans le topic cinéma. Ce film est  » nul  »
    Je suis tout à fait d’accord avec l’article. C’était un documentaire Yann Arthus Bertrand pendant 1H40 et aprés un film de 30minutes sur comment elever ses enfants à l’époque. En gros.

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  6. J’adore « mots clés : (…) branlette » .

    Ben je crois qu’au moins ce film plaira à quelqu’un : Mel Gibson.

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  7. au moins… ça a le mérite d’être clair! ^^

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