Le voilier, c’est à gerber !

Eté 2008 : il fait beau, chaud, la presqu’île de Datcha en Turquie nous a adopté, une maison avec assez d’espace pour éviter des embouteillages dans le couloir et le salon (oui ça compte, vous allez voir !), la piscine et la climatisation. Seulement la nouvelle tombe : faites vos valises, on se rend au port pour dix jours en voilier.

Pardon ? Vous voulez peut-être dire douze heures par jour sur un bateau  et les douze restantes dans un lit, dans une chambre, dans une maison… Bref, un truc sur la terre quoi ! Non, vraiment dix jours ? Sérieux ?

Me voilà donc sur un deux mats de 18m à surveiller l’horizon à la recherche de la côte la plus proche et à regarder d’un air désespéré la côte que l’on vient de quitter. En journée, tout va bien : le soleil, le coin d’ombre, les matelas sur le pont, quelques dauphins qui nous accompagnent par moment et les gestes de la main aux autres bateaux qui laissent penser que sur la mer nous sommes tous potes rendent les trajets en mer agréables et me font oubliés la peur irrationnelle des centaines de mètres qui me sépare du fond : le sol.

Les arrêts sur des îles inhabitées me font oublier ma vie ailleurs, les études, les autres, la circulation, la pollution, les heures de pointe dans le métro, et qui, lorsque je pose le pied à terre (enfin !) me font penser quelques instants que c’est ça, la vie. Le silence, la nature qui domine tout, l’impression d’être infiniment petit face au monde, sur mon petit îlot perdu en Méditerranéen entre îles grecques et turques.

S’ajoute à cela les barbecues seuls au monde, les églises Orthodoxes abandonnées mais qui montrent la trace de visites des touristes de croisière durant l’été, les ruines de maisons Grecques de l’Antiquité, d’autres réutilisées durant la Seconde guerre mondiale comme abri pour les Allemands qui laissèrent après leur départ des traces artistiques (quelques dessins de femmes nues avec des commentaires d’hommes désespérés et des prouesses graphiques pour réaliser des trompe-l’œil) et les chèvres qui ne peuvent boire seulement lorsque des touristes viennent sur l’île et en profitent pour ouvrir le puits.

Après les arrêts sur des îles désertes, il y a les îles habitées et pourtant coupées de tout, où les gros paquebots de croisière ne passent pas et laissent au calme certains villages pourtant si impressionnants et épatants. Il y a ce petit village grec d’où on peut voir l’un des plus beaux couchers de soleil au monde (et pourtant je ne m’extasie pas vraiment devant le coucher du soleil et la venue de la nuit) et où l’on mange des souvlakis typiques. C’est la Grèce de mon enfance, celle que j’ai connu dés mes quatre ans qui s’éveille de nouveau devant mes yeux d’adolescente blasée : les tables en bois peintes de ce bleu devenu aussi connu que le bleu Klein : le bleu Cyclades ; les nappes à carreaux, les volets bleus, la musique grecque qui raconte principalement des histoires d’amours malheureuses… Et il y a aussi cette île : Rhodes, connue mondialement pour sa plage couverte de kitesurf et de planches à voiles, pour son ambiance de bord de plage atlantique avec une multitude de surfeurs et surfeuses au teint halé comme il faut, au corps sculpté et aux cheveux décolorés.

Tous ces instants me font oubliés ceux de la nuit, où il faut regagner sa couchette : sur un bateau tout est réduit par deux. Une couchette deux-places représente un lit d’une place et demi, qui occupe toute la surface au sol de la pièce. Le lavabo est minuscule, ça bouge même quand on pense que non et mettre ses lentilles le matin tient du miracle ! La douche fait également toilettes. Ai-je besoin de préciser que ce n’est pas de l’eau courante mais simplement de l’eau dessalée ? Evidement comme un bateau est principalement sur l’eau, tout est recouvert d’eau et de sel, ce qui donne une matière spongieuse que l’on se traine partout, même après la douche. Pendant dix jours j’ai eu l’impression de poisser à longueur de temps.

Le plus gros point négatif sur un bateau est le manque de place : pas besoin d’être un loup solitaire pour apprécier quelques instants de calme, de tranquillité et de solitude dans la journée. Sauf que là, non ! Toujours obligée de dire où l’on va (comme si je pouvais fuir plus loin que l’avant du bateau et me la jouer « Je vole ! ») au cas où l’un d’entre nous serait tombé à l’eau sans que personne ne s’en rend compte. J’ai été déçue, je n’ai pas pu une seule fois crier « Un homme à la mer ! » tout en jetant une bouée et plonger comme Pamela Anderson dans Alerte à Malibu.

Ah et puis allez, je vais vous raconter ma mésaventure, la rencontre la plus inattendue. Un matin je me lève, évite de me prendre la lampe, le ventilateur et le plafond et me glisse dans le coin lavabo-entrée-déshabilloir-couloir pour mettre mes lentilles. Tout va bien, je mets la première, puis la seconde tout en suivant avec les jambes le rythme du bateau qui tangue. Et là, malheur,  maintenant que j’y vois clair, je vois très bien le cafard qui remonte des draps, draps desquels je viens de m’extirper pour remonter le long du mur vers le lavabo. Des frissons dans le corps et le dégoût qui monte, je regarde cet insecte ignoble avancer avec fierté. Le voilà qui tombe au sol : ni une ni deux et avec le plus grand sadisme je l’éclate avec ma tong qui trainait par là. Une fois réduit à l’état de crêpe, je le ramasse avec le bout de la chaussure et le jette dans le lavabo en laissant l’eau couler jusqu’à ce qu’il disparaisse dans le siphon.  Il me restait trois nuits dans ce bateau, je les ai passées à inspecter les draps et tous les coins de la cabine avant de dormir !

Autre moment mémorable, durant une traversée : la traversée de nuit. Le plus dur était de dormir en sachant que le bateau s’enfonçait vers le large, loin de toute côte et de tout point de vie et de terre ! Après m’être enroulée dans ma serviette et avoir inspectée mes draps je finis par m’endormir d’épuisement. Vers quatre heures je me réveille en sursaut avec l’étrange sensation que le bateau tangue bien plus que d’habitude. Horreur ! C’est bien le cas. Des affaires tombent dans les autres pièces, le bateau tangue plus à droite qu’à gauche, un coup je suis sur la cloison, un coup dans mon lit et le pire : personne ne semble s’en rendre compte car il n’y a aucun bruit. Paniquée, je vois déjà ma fin arriver : moi au fond de la Méditerranée avec les poissons et autres bêtes ignobles de l’océan. Le capitaine ronfle au dessus de moi, j’ai envie de le secouer et de lui hurler de faire cesser les vagues, de trouver le moyen d’arrêter de faire tanguer ce fichu bateau. Je n’ai jamais eu le mal de mer, juste l’angoisse de l’infiniment grand de la mer comparé à l’infiniment petit de ma taille, mais là, cas de force majeur : j’ai la gerbe et nullement l’envie de me lever pour aller dans le lieu approprié. Tant pis j’ai un autre problème : la chute incessante de mes larmes ! Je me vois crever, je pleure, voilà. Autre facteur qui me rend enfantine : la nuit. Oui, à quatre heures du matin en plein mois d’août en pleine Méditerranée il ne fait pas encore jour et ça, je l’ai en travers de la gorge. Pendant une heure je suis donc accrochée à ma couchette à prier pour que cela cesse.

Les retrouvailles avec la terre ferme pour de bon furent aussi passionnées et émouvantes que celles de Meryl Streep dans Out of Africa quand elle revient en Afrique et y retrouve sa ferme et son peuple. Oui, madame !

En conclusion, c’est une expérience qui m’a montré que jamais je ne recommencerai et que jamais je ne dépenserai de sous pour l’achat d’un bateau et qui m’a fait apprécier d’autant plus la terre ferme et la joie de la toucher avec mes deux pieds. Attention, même si cet article a pour but de vous montrer ô combien le voilier ça peut craindre, j’ai quand même adoré avoir fait l’expérience.  Ah, et je décline toute responsabilité si les locations de voiliers diminuent suite à la publication de ce témoignage et je ne paye nullement les frais de dentistes aux fiancés fous qui auraient, à la suite d’une réservation en voilier, perdus leurs dents après une attaque de votre dulcinée, furieuse.

À propos de Sunsh

Etudiante à plein-temps, brunch-addict, coureuse des montagnes de l'après-midi, fétarde de la nuit et globetrotteuse continuellement.

Publié le 17 mai 2011, dans Day By Day, Les voyages de Sunsh, Voyages, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. greymalkin

    AHLALA mais pendant tout ton article je me disais « mais trop bien, magnifique ! ». Ca avait l’air génial ! Comme Curoneko, j’ai connu les voiliers toute petite, ça aide surement, mini-croisière en famille, j’ai des souvenirs fabuleux : jouer aux bouclelines avec ma grande soeur chérie dans la couchette avant, les « bébé cornichons » (va savoir pourquoi on les avait appelé comme ça) avec qui on partageait un catway… Et j’étais tombée à la mer ! (super souvenir pour mes parents ça).

    Mais j’ai une question, qui étai(en)t aux manoeuvres ?

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  2. C’est un peu le contraire de Curoneko pour moi, j’ai pris le bateau genre 4 fois dans ma vie, et toujours des gros (je vis dans un pays où y a même pas la mer, en même temps), donc je pense que je réagirais comme toi, voire pire ! Je sais même pas si j’ai le mal de mer ou pas, mais à te lire j’ai déjà presque la nausée donc ça semble mal parti x)

    Mais chouette article quand même !

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  3. Perso, je comprends que tu n’ai pas aimé mais moi, j’ai les pieds sur un bateau depuis que je suis née. Je n’ai pas le mal de mer et la promiscuité avec les autres ne me dérangent pas! J’ai passé des mois entiers avec mes parents et mes frangins sur un First 30E (9m sur 3m) ancré dans des criques avec seul moyen d’atteindre la terre: l’annexe qui nous servait pour faire les courses.
    Sérieux, le bateau qui tangue la nuit me berce et même les nuits de tempête où j’ai pu avoir une trouille monstrueuse ne m’ont jamais enlevé l’envie de repartir sur un voilier!

    Cependant, j’ai beaucoup aimé lire ton article! et encore une fois, je comprends que ton expérience ne t’ai pas enthousiasmé à ce point ^^

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