Séjour à New York

Enfin à New York ! Jusqu’ici j’avais soigneusement évité la ville qui fait le plus rêver… tout le monde ou presque : d’abord, après 2 voyages en Californie adolescente, confrontée aux portes des clubs, bar, salles de concerts irrémédiablement closes devant mon mètre 58 (et mes 16 ans, puis 18 ans), je m’étais promis de n’aller à NYC qu’à 21 ans (l’âge de la majorité américaine). Histoire de ne pas repartir frustrée de ne pas avoir pu expérimenter la ville de nuit. Mais mon histoire d’amour avec la côte Ouest s’est prolongée, et il a fallu encore quelques printemps, quelques fashions weeks, 3 saisons de Gossip Girl avant que je cède à la pression mondiale : oui, c’est bon, moi aussi je vais visiter NYC et prétendre au retour que Paris c’est fini, enterré et subclaquant.

J’avais pourtant toutes les raisons du monde d’aller à New York : comme tout le monde j’adore Woody Allen, je soupire devant les atermoiement de Carrie Bradshaw, je regardais Friends au collège (oui au collège) (sur France 2), je lis religieusement le Sartorialist, je suis en pâmoison devant Bored To Death, bref New York c’est une de ces villes dont on a une image toute faite avant d’y aller, une de ces villes où l’on parle tellement français, desservie limite par une navette Roissy Charles de Gaulles – JFK Airport, que c’est devenu trivial, banal d’y aller en vacances, même de s’y installer. En gros : c’est la très grande banlieue parisienne, accidentellement séparée par un océan, et juste dix fois plus excitante.

Je savais tout de suite que je voulais rester «un petit peu de temps» à New York. D’ailleurs  à la base ce mois de vacances aux Etats-Unis c’était censé être, après une année d’études un peu éreintante, 1 mois de vacances là bas, y louer un appart, trouver mes habitudes. C’est devenu complètement autre chose entre temps, mais je tenais à y avoir plus d’une semaine tout de même. Ce sera 10 jours. Verdict : il faut au moins ça ! Autre chose que je savais tout de suite : mon point de chute, ce serait Brooklyn ! Tous les bars, clubs, et… couchsurfers sont là bas.

Parce que la ville est prise d’assaut, je savais qu’il y avait peu de chance pour que je puisse rester 10 nuits au même endroit, et ce sont trois hôtes différents, vivant tous autour de Williamsburg (en quelque sorte l’épicentre du Brooklyn) qui m’accueilleront. Cambra : une fille stylée, tout le temps à vélo, qui aime se couper les cheveux, la radio, a fait un mémoire complètement dingue à propos du féminisme, de la voix et de l’espace, et travaille pour le moment dans une boutique de fringues, vit avec son copain (étudiant dans une école de photo) ; Connor : j’ai adoré Connor et tout son entourage. Il vit avec ses deux frères (un apprenti comédien et un post-doctorant en paléontologie), un copain de passage, un cousin de passage, sur la Bedford avenue dans un «shot gun appartment». Connor est skateur / interprète de japonais et de néerlandais, hyper gentil et probablement la personne la plus drôle que je connaisse ; enfin le séjour s’est terminé chez Adam : tout juste diplômé, a emménagé à NYC pour devenir journaliste, un garçon étrange, intéressant et stimulant, qui a entrepris de vivre avec et posséder, en sortant de l’université, seulement ce qu’il serait capable de transporter avec lui sur son vélo.

Retrouver nos hôtes tous les soirs, c’était évidemment génial, c’est certainement mes meilleurs souvenirs de New York. Mais ne serait-ce qu’observer la ville et ses habitants (et grâce au couchsurfing, on a pu être au contact des new yorkais, natifs ou d’adoptions !) vaut le déplacement. 10 jours à New-York m’ont enseigné surtout que c’est une ville complètement dingue. Mais littéralement : névrosée. Parce qu’un illuminé a décidé qu’il était capable de travailler 6 jours sur 7 dans les années 80, la norme est devenu de travailler 7 jours sur 7 dans les années 90. N’importe quel employé, de n’importe quel boite, et de n’importe quel grade travaille en continu à New-York. On prend des vacances à l’occasion, on va très loin, on décompresse et dès qu’on revient on reprend le rythme effréné de la ville… si on tient, sinon on part dans le New Jersey (affront suprême : avoir à emprunter un pont ou un tunnel pour rejoindre Manhattan). Il y a une sélection naturelle qui s’effectue : certains adorent, restent toute leur vie, d’autres battent en retraite.
New York attirent définitivement la crème de la crème des Etats-Unis : quelque part tout le monde veut s’y frotter, y vivre c’est forcément spécial, devenir New Yorkais c’est l’ultra combo finish, être un übermensch, le fantasme qu’on peut avoir en France à l’idée de vivre à Paris est complètement décuplé aux Etats-Unis à propos de New York. Si bien que quantité d’étudiants comptent bien y tenter leur chance à peine leur diplôme en poche. Cambra venait de Californie, Connor de Floride, Adam lui venait de New York State (le même état que New York mais à des kilomètres). La majorité des gens de mon âge que j’ai rencontré avaient tous un bachelor ou un master, souvent d’excellentes universités. Mais à New York ils sont : portiers, hôtesses dans un restaurant, serveur auprès d’un traiteur, vendeur de sappes… Au bout de 5 ans à ce régime, s’ils supportent, ils parviennent enfin à trouver un travail en rapport avec le diplôme qu’ils ont chèrement acquis. Il y a comme un bizutage par la ville. 10 ans après avoir commencé leur carrière, ils songent (enfin) à faire une famille : impossible de se promener à Prospect Park ou Central Park sans voir une femme, cheveux clairement grisonnants, avec un ventre arrondi pousser un bambin dans sa poussette. Bref New York est une ville normale, mais on fait seulement tout 8 ans après la moyenne nationale. L’effet qu’on retrouve dans toutes les grandes villes où on s’installe plus tard, se marie plus tard, se reproduit plus tard, à nouveau, est décuplé là bas.

Parmi les clichés que votre serviteur a vérifié il y avait aussi celui-ci : on dit qu’il est impossible de rencontrer à New York un vrai New Yorkais (c’est à dire quelqu’un né ici) : c’est vrai. Sur une cinquantaine de personnes, j’ai rencontré 4 «vrais new yorkais». L’un venait de Brooklyn, deux du Bronx, et l’autre de TriBeCa. Manquait plus qu’un représentant du Queens et de Staten Island !

Et puis franchement il y a des jours où NYC est «full of it» : je me souviens d’une soirée désespérante dans un bar de Williamsburg, un de ces bars qui s’est complètement entichée des bières allemandes et en proposent des centaines mais te les sert (préparez vous c’est très «Berlin soviétique RDA Kreuzberg») pour 9 dollars le demi. Mais dans des verres à vin blanc. Ouais, effectivement, si ma bière vient dans un verre à muscadet, là je dis plus rien, l’argument fait complètement mouche. Le même soir une fille absolument splendide avec qui on passait la soirée, amie de Cambra, se plaignait d’avoir pris 5 kilos dans l’année à force de manger dehors (aux Etats-Unis on mange beaucoup dehors mais à New York on ne fait que ça), répugnant à l’idée de devoir retourner à la salle de gym (avoir un kilo en trop c’est  un pêché : il FAUT se lever à 5h du matin pour aller courir parce qu’il FAUT commencer à travailler à 7h parce qu’il FAUT travailler 13h par jour pour payer son loyer le mois prochain). Tout ça sous les yeux d’autres amis, terriblement underdressed : je trouvais qu’il détonnait dans le tableau général. Normal il venait «de province», c’est à dire de San Francisco. Une journée à New-York et je savais déjà repérer les intrus.

J’avais donc des moments de déprime : devant ces grandes avenues de Manhattan probablement chouettes à un moment, dans les années 60 ou 70, devenues dégueulasses, avec des magasins à peu près tous plus horribles, attrape touristes, criards les uns que les autres. Dans le métro où il fait une chaleur étouffante, où t’es déprimée parce que n’importe qui (même un bébé de 2 ans) a plus d’allure et de style que toi. En subissant l’impatience généralisée des habitants envers les touristes, le stress général. Bref New York est une ville qui ne fait pas de cadeaux, une ville pour initiés, une ville fatigante, bouillonnante et merveilleuse.

Parce que franchement, non il n’y a rien comme Central Park au tout début de l’automne, brumeux, tout gris, hyper mélancolique. Parce que toutes les journées devraient commencer comme là bas : à lire le journal, prendre un café, manger des oeufs sur un coin de table en observant les gens aller-venir – les pères qui montrent fièrement leur progéniture à leur voisin, les couples qui promènent leurs chiens, les jeunes femmes qui partent travailler l’air décidé. Parce qu’un aprèm avec un vieux film dans le East Village, suivi de verres, de pierogi et du concert de Belle & Sebastian à Brooklyn c’est trop cool pour être vrai. Parce qu’un pique nique après un ravitaillement chez Whole Food (meilleur salad bar du monde) (je répète : meilleur salad bar du monde) en fin de journée, devant la skyline de Manhattan et le Brooklyn Bridge, c’est la meilleure façon de terminer un voyage à New York. Parce que quasiment chaque jour, un petit truc de NYC me manque, et que je ne peux pas attendre d’y retourner !

Si je n’avais qu’un conseil : alterner les journées de tourisme intenses avec les petites journées cools, qui vous permettront de sortir le soir, regarder les programmes des cinémas cultes comme le Film Forum ou le Landmark Sunshine, aller au fleamarket, prendre tous les matins le petit déjeuner en ville (il y a des tonnes de café/restaurant où commencer la journée doucement, avec une pile de pancakes sous les yeux), réserver des places de concert à l’avance dès que vous avez les dates de votre séjour… Et bien sûr, prenez vos fringues les plus stylées tout en sachant très bien que vous complexerez toute la journée devant l’allure des New Yorkais.

Publié le 7 mars 2011, dans Voyages, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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