Caryl Ferey

Une enquête bien noire, un choix des personnages intéressant, une part importante de la culture et des traditions, un cadre spatial exotique et surprenant ainsi que quelques passages de voyage, pour moi c’est cela les polars de Caryl Férey.

Mon histoire d’amour avec les romans noirs de Caryl Férey a commencé cet été sur la plage, les doigts de pieds en éventail à me faire dorer la pilule sur les côtes de l’Atlantique. Rangé méthodiquement dans ma bibliothèque  (comprendre : en tas par-dessus tous les autres) avec tous les autres livres pas encore lus, je glisse Zulu (avant-dernier roman de l’auteur) dans mon sac de voyage. Les vacances passent et je retarde de plus en plus la lecture de ce livre tant il me semble être barbant et sans intérêt (j’avais déjà essayé une première fois de le lire, mais les premières pages m’avaient découragée). Finalement, ma mère le lit, m’en fait presque une éloge et la bête curieuse qui est en moi se réveille. En effet, les pages défilent et c’est génial !


Je pense que le cadre exotique de l’histoire y est pour beaucoup. Zulu se passe dans l’Afrique du Sud actuelle où l’on pense l’Apartheid comme événement historique lointain. Les sujets malheureusement incontournables quand on parle de ce pays d’Afrique sont le sida, les trafics de drogue et, selon les points de vue, la coupe du monde de football qui se prépare. On jongle entre beaux quartiers peuplés de blancs et bidonvilles noirs, passant de l’un à l’autre en restant toujours avec ce sentiment d’être trop loin pour comprendre réellement ce qui se passe, mal à l’aise de lire toute cette réalité si  affligeante et dégueulasse ; et la curiosité d’en savoir plus, toujours plus. Caryl Férey traite avec beaucoup de finesse plusieurs sujets d’actualité et d’autres que l’on pensait réglés, le tout à travers l’enquête du meurtre de la fille d’une grande star du rugby. Plus qu’une envie de savoir qui a pu tuer si sauvagement la jeune fille, la question des trafics de drogue est soulevée ainsi que cette histoire de financement des laboratoires du Nord pour tester les potentiels vaccins du sida sur les enfants des quartiers insalubres. La mort d’une mauvaise personne peut alors faire éclater au grand jour ce que les trafiquants et fournisseurs espéraient garder dans l’ombre (les séries télévisées nous tuerons tous).

Le parallèle entre enquête policière – qui implique forcément sang, pistolets, beaucoup de combats, un héros toujours plus fort que ces ennemis, quelques rapports d’autopsie incompréhensibles mais que l’on fait semblant de comprendre, nous, pauvres lecteurs et j’en passe ! – et description des lieux très réaliste ainsi l’histoire basée sur des faits historiques et quelques rapports aux coutumes des tribus africaines font de Zulu un policier sortant du lot et c’est surement pour cela que depuis j’en ai dévoré d’autres.

La richesse de l’auteur et ainsi de ses histoires est tirée de tous les voyages qu’il a pu faire. Ainsi, ses histoires ont quelque chose de bien plus réaliste que celles d’autres auteurs qui ne font pas le déplacement. On aura beau connaître toute l’histoire d’un pays ou d’une île, les cultures, les traditions et même la moyenne de température entre le 12 et le 16 janvier ce que l’on racontera semblera plus faux qu’un réel témoignage. Si Zulu n’est pas le meilleur exemple pour vous faire part de l’importance des témoignages et des faits exacts dans les romans de Férey, Haka (autre livre, publié en 1998) en est un, et parfait si je puis dire. A la base une simple disparition qui est l’affaire personnelle d’un policier, on en vient à assister par des descriptions incroyables des rituels maoris et autres traditions de la  population native de Nouvelle-Zélande. Utu en est la suite et ce qui a laissé l’histoire au début nous semble bien loin. Explications plus approfondies sur les pratiques maories et intrigue d’autant plus sombre, on est pris dedans, jusqu’à la fin qui arrive comme une gifle rapide et silencieuse, piquante et vive.



Peut importe le livre, à chaque fois on est surpris, sans voix et encore aveuglé par ce que l’on vient de lire. Évidemment comme tout bon roman policier il faut une fin inattendue vous allez me dire, mais les romans de Caryl Férey me le font ressentir différemment. Nous ne sommes pas simplement étonnés et surpris de découvrir le fin de l’histoire, mais également en colère que l’histoire s’arrête ici. Un petit goût amer dans la bouche rappelle notre insatisfaction. Je ne peux vous en dire plus, lisez-en un et vous verrez : la résolution de l’enquête n’est pas le plus intéressant dans les dernières pages de la fin…

Cependant il ne faut pas penser uniquement Caryl Férey comme écrivain de polars. En effet, il a écrit d’autres types de romans, ainsi que des nouvelles qui ont pour sujet la vie quotidienne et ses récits de voyage. Son tour du monde et par la suite ses plusieurs voyages en Nouvelle-Zélande vont lui servir d’inspiration pour ses romans et plus tard ses romans policiers. Il est enfin récompensé pour son talent avec Utu en 2004 puis Zulu dans le courant de l’année 2008 et également 2009 par une pluie de prix.

Loin des livres les plus récompensés, La Jambe gauche de Joe Strummer ou Plutôt crever sont surement les premiers livres où on sent un Férey sur de lui et de ce qu’il écrit.

À propos de Sunsh

Etudiante à plein-temps, brunch-addict, coureuse des montagnes de l'après-midi, fétarde de la nuit et globetrotteuse continuellement.

Publié le 21 février 2011, dans Bouillon De Culture, Lire, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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