Road Trip aux USA – épisode 3

3è partie : From New Orleans, LA to New York City, 3480

J’ai quitté Reecy, qui m’avait accueilli pour quelques nuits à La Nouvelle-Orléans en fin de journée, après avoir visité un des cimetières qui réjouissent les touristes de la région : à cause des crues fréquentes, les cimetières de la ville considérée comme la «ville la plus hantée des Etats-Unis» sont spectaculaires : des tombes très imposantes, rappelant les édifices qu’on peut voir au Père Lachaise remplacent les tombes habituelles, dont pouvait s’échapper les cercueils en cas de tempêtes, finissant par flotter à travers les rues, ce qui pouvait donner lieux, on en doute pas, à des situations intéressantes… Après avoir arpenté un cimetière qui hébergeait des francs maçons, je retrouve de nouveau le chemin de la gare Greyhound, en route pour un long voyage jusqu’en Floride ! Je traverse l’Etat du Mississipi, de l’Alabama et la Georgie de nuit, j’aurai aimé pouvoir voir de quoi ça avait l’air mais… les aléas de la route et un calendrier serré en ont décidé autrement. La Floride est un Etat qui s’étale tout en longueur, et, parce que j’y retrouve deux amies rencontrées l’année passée à Kyoto au Japon, je ne m’égare pas jusque dans les contrées de notre serial killer moraliste favori, Dexter Morgan, puisque tout le week end je serai à la limite entre la Georgie et la Floride.

En fait, Kelly et Ellie se sont elles mêmes rencontrées à l’université, à peu près en plein milieu de leur Etat natal, mais l’une habite à l’origine à l’extrême sud, sur les îles de Key West (ouais, tranquille), plus proche de Cuba que de la capitale fédérale en somme, l’autre tout au Nord, à Saint Augustine. C’est là bas qu’on se retrouve avant de se mettre en route pour Brunswick, GA où on passera la nuit. Notre «reunion week end» débute par une nuit dans une maison dans les arbres ! On y arrive assez tôt dans la journée pour profiter de l’endroit en lui-même : il s’agit d’une véritable communauté qui existe depuis les années 70 (un panneau retraçant la succession des managers de la tree house indique qu’il faut un degré de pilosité certain pour envisager gérer la communauté – critère comme un autre, mais jamais démodé chez les hippies), une petite dizaine de maisons ont été construites au fil des ans pour les gens de passages, mais en permanence il y a un staff fait de gens plus ou moins locaux (une femme française s’y est installée il y a quelques mois), qui font tourner l’hôtel, préparent le dîner du soir, s’occupent du potager…

A côté des maisons réservées aux habitants, ont été aménagés une grande salle pour faire du yoga et de la méditation (évidemment), les abords d’un lac ont été défrichés et on peut profiter de toutes ces installations toute la journée avant de se réunir pour dîner dans la salle commune. Les gens qui vivent là n’ont pas trop de raison de quitter le bout de forêt ainsi aménagé : il y a un système de recyclage d’eau, ils font évidemment du compost, ils vivent en mangeant les oeufs des poules qui gambadent entre les maisons et les légumes qu’ils font pousser… Ca a quand même un petit côté secte : il est possible de vivre en parfaite autonomie, et les accoutrements du staff, assez peu portés sur les conventions sociales comme «se vêtir», «se laver» (certains ont une fragance.. personnelle) fleurent bon l’encens et les opinions politiques tranchées à propos du veganisme. Mais c’est toujours intéressant d’être confrontée à d’autres modes de vies, d’être sensible au fait qu’on peut vivre autrement : en nous indiquant chaque lieux les membres du staff nous enseigne leur façon de vivre en étant le plus eco-friendly possible, et le cadre est franchement agréable. Le téléphone portable est proscrit, il n’y a évidemment pas de câble, de télé, bref, la retraite parfaite après avoir entendu les pubs qui entrecoupent le football américain toutes les 47 secondes dans les stations de bus greyhound. Le soir avant de dîner, on fait le «thanks circle» : on se tient tous la main, on dit comment on s’appelle et ce pour quoi l’on est reconnaissant aujourd’hui. Mon cynisme bien parisien ne s’est toujours pas remis d’un des membres de l’équipe – qui vient d’ «ici» (sous entendu, la tree house), et qui était reconnaissant pour : la levure qui a fait le pain-de-ce-jour et l’énergie très yin se dégageant des effluves de la cuisine de Rara, le cuisinier officiel. Magique.

Direction la maison de Ellie le lendemain, pour un petit aperçu de la vie typique en suburb : Ellie et Kelly qui ont toutes les deux 25 ans rentrent tout juste d’un grand voyage d’un an autour du monde (d’où la rencontre en Asie l’été passé), et, en attendant d’économiser assez pour leur prochain projet : déménager à Brooklyn, elles vivent dans la maison d’enfance de Ellie, une espèce de grande maison dans un lotissement où l’on pénètre à travers une porte, il n’y a pas de trottoir ni de clôture autour des jardins : tous circulent en voiture au pas, et, dans les salons, on expose les photos des grandes filles le jour de leur prom. J’en profite pour mettre à jour ma connaissance des moeurs lycéennes : la petite soeur de Ellie, Alexis, est parvenue à un exploit total : elle sera allée à 3 high-school proms (au lieu de l’habituelle senior prom, à la fin du lycée) en s’étant attirée les bonnes grâces de cavaliers des classes supérieures. Bon contrairement à sa soeur elle va dans un community college (sorte de sous-faculté)… Yin et Yang disions nous ?

Saint Augustine est une petite ville de bord de mer, l’océan est à maximum 15’ en voiture, il y fait beau et chaud 11 mois par an, et, à ce stade du voyage, la perspective de passer tout l’après-midi à la plage est plus que tentante. On se ravitaille des meilleurs fish tacos de ma vie (normal : en tongs et lunettes de soleil tout va mieux), puis Kelly, en bonne florida gal, tente de m’enseigner le surf. 18 noyades plus tard, je me rends à l’évidence : direction le sable, je bronze. Le reste du week end est tout aussi parfait, on sent que ces filles qui ont passés tellement de semaines loin de chez elles savent ménager le voyageur fourbu : bière en ville, jeux de société et esquimos à la horchata, et parce que ça me fend beaucoup trop le coeur de quitter si rapidement Kelly et Ellie, je renonce à visiter la ville qui a le vent en poupe en ce moment, Savannah en Géorgie (Marc Jacobs vient d’y ouvrir une boutique), une des plus belles villes des Etats-Unis selon un consensus général, pour rester avec mes amies une journée de plus. Dommage pour Savannah, mais ce week end si bien entourée et cajolée le valait bien. On se quitte tout de même à un moment : mon périple prend fin à New York, et il faut se mettre en route, mais avant, à cause d’une lubie que je partage avec mon compagnon de voyage on s’arrête dans le.. Kentucky, à Louisville.

A nouveau on arrive le matin. mais Stephanie et Byron, jeunes mariés qui nous hébergeront le soir, nous ont indiqués comment laisser nos sacs dans leur jardin, on se retrouvera en fin de journée. Bien exténuée par le voyage de nuit, une fois débarassée de mes impedimenta j’échoue dans un diner, greasy spoon at his finest, pour un petit déjeuner à 1500 kcalories. Soyons honnête : il n’y a pas grand chose à faire dans le Kentucky, du coup, j’en profite pour aller au cinéma voir Scott Pilgrim avant tous les gens que je connais. Mais les villes comme Louisville, en voyage sur la route, ont un certain côte reposant, accueillant : on est content de juste trouver une friperie, faire un peu de shopping, se poser devant un film, on se sent plus en voyage qu’en suivant les diktats des guides touristiques tout simplement. Byron tient tout de même à nous faire découvrir les spécialités locales. Le Kentucky est connu pour trois choses : le derby, la beuh, le bourbon. Ce n’est pas du tout la saison du derby donc lui et Stephanie prennent très à coeur de nous faire découvrir dans la soirée le programme des festivités de Louisville. Bon, très rapidement je n’ai donc plus de souvenir, mais je me rappelle qu’on a bien rigolé. Stephanie, Byron, mon copain et moi avons tellement de choses en commun que c’est limite inquiétant : c’est à dire que outre étudier la même chose que moi, Byron a les mêmes vynils de Bright Eyes, et ça, ça c’est trop bizarre pour être vrai : exposer son amour pour Conor-Tremolo-Oberst dans son salon c’est à la limite de l’acceptable. On se sent bien chez eux, le soir on fait aussi de la musique (Byron joue de la trompette dans des groupes de punk, Stephanie a été guitariste/chanteuse dans un groupe bien féministe pendant 10 ans), on joue avec leurs deux chiens, bref : c’est trop la belle vie, et à nouveau le temps passe trop vite et c’est à reculons que je quitte mes hôtes…

Le dernier voyage Greyhound débute à Louisville en fin de journée et se termine, 24h plus tard à New York. Aucun incident majeur : le lot habituel de mecs éclopés, qui bravent l’interdiction de fumer / boire dans l’enceinte du véhicule, des wc sinistrés, normal. Les bus Greyhound, incontestablement, m’ont permis de voir du pays.

C’est regrettable, quand on fait autant de kilomètres à travers les Etats-Unis, où, tout le monde le sait, les paysages naturels peuvent être beaux à couper le souffle, de ne pas pouvoir choisir son itinéraire, choisir telle route car elle traverse telle chaîne de montagne, longe un parc nationale, et, après avoir enchaîné cette dernière semaine 1 nuit sur 3 à dormir dans un bus mon corps réclame un lit, les interstate, voie privilégiée des greyhound, sont d’une laideur à toute épreuve – on est au summum de l’uniformisation américaine : la plus grande originalité réside dans la diversité des fast food dont on aperçoit l’enseigne au loin, en vivant ailleurs que dans une ville d’une taille relativement importante, le citoyen américain ne peut tout simplement pas soupçonner – à cause de la distance qui l’éloigne de la «civilisation», qu’il peut exister des librairies autres que Barnes & Nobles, un moyen de se sustenter en dehors de Mac Donald’s ou Wendy’s, de faire du shopping ailleurs que chez Target ou Best Buy… mais, encore plus parce que c’était loin d’être un choix voulu, d’une situation idéale, je ressors de cette vingtaine de jours un peu changée, définitivement abasourdie : comme si mon voyage déjà «avait rempli son contrat». Je «prends mes quartiers» à New-York pendant une quinzaine de jour pour terminer en beauté mon séjour : bye bye les stations service, salut civilisation, au revoir discovery pass, bonjour carte de métro.

Publié le 17 février 2011, dans Day By Day, Voyages. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :