Road Trip aux Etats-Unis – épisode 2

From Kansas City, MO to New Orleans, LA – 2011 kmNous nous étions quitté à Kansas City, Missouri où, après une courte nuit chez Shane et ses colocs, j’ai rapidement repris le bus, cette fois ci pour Austin, capitale fédérale du Texas. Le trajet jusqu’à Austin est long, et sera sans doute celui dont je me souviendrais le plus longtemps… Première apparté dont je suis témoin, en montant dans mon premier bus : «what’s your problem hun’ ?» «my problem ? It’s coke mixed with alcohol» «I’ve been down that road ! Lost 10 years of my life», je lève les yeux, il s’agit d’un échange entre une femme blonde, vieille avant l’heure, clairement, qui mâche compulsivement du chewing gum et a du mal à tenir en place et une brune, en short et débardeur, qui laisse voir une quantité impressionnante de cicatrices sur ses membres. Bon. Elles continuent d’échanger pendant le voyage et je ne peux pas m’empêcher d’écouter, après tout j’acquiers un savoir inestimable : quelles sont les régions à éviter quand on veut devenir clean (ma nouvelle voisine de greyhound se rend dans un centre de désintoxication, et en attendant elle est très occupée à compter et recompter de petits sachets de comprimés en se plaignant d’avoir oublié son xanax) Quelques kilomètres plus loin, après l’avoir récupéré, sur les bonnes grâces du chauffeur, elle nous quitte : tripler sa posologie journalière, bizarrement ça n’aide pas à faire la conversation. Mais quelqu’un d’autre s’est mis à converser avec ma voisine de derrière, un homme roux, aux yeux très bleux, qui sourit à tous, emprunte l’ipod d’un des passagers en disant «Metallica! Ca fait 5 ans que j’ai pas écouté de musique!». Il voyage depuis 3 jours, il vient de Seattle, c’est son premier voyage en liberté, il y a 4 jours il vivait encore en prison. BON. #funfact : quand tu sors de prison aux Etats-Unis on te remet 4 choses : une pièce d’identité qui indique que tu es un ex-détenu, 100$ en espèces, 50$ sur une carte de crédit, et un ticket de bus greyhound, pour où tu veux dans le pays. Wichita donc. Définitivement «couleur locale», ce voyage est aussi vraiment trop dur pour mes nerfs de française gâtée, bien entourée à domicile, j’ai l’impression d’être une hypocrite total : je vais d’un point A à B en bus, mais ces personnes là, autour de moi, n’ont même pas les moyens (et, aux Etats-Unis, ça dit beaucoup) d’avoir une voiture ou de prendre un ticket d’avion. Je suis encore en colère et triste quand j’arrive à Austin à 6h du matin le jour suivant, pour un week end «plus américain tu meurs».

J’y retrouve Laura et Alex, qui ont tous les deux étudiés en Europe à un moment dans leur études, l’un à Paris, l’autre à Lausanne. Nous sommes le 11 septembre et l’affaire du pasteur qui tenait à brûler le Coran bat son plein. Tous les gens que nous rencontrons disent qu’il s’agit de manipulation médiatique. N’empêche mes petits préjugés européens et moi pensons qu’un 11 septembre, au Texas, on va avoir notre lot de patriotisme dégoulinant. Quedalle, politiquement les américains sont beaucoup plus préoccupés par la guerre en Irak (il y a une vraie conscience que le pays est en guerre, par rapport, par exemple aux moments où l’armée française est engagée dans des conflits), descendre Obama, dont la côte de popularité est loin de 2008, et, spécialement à Austin, tous les esprits sont tournés vers l’ouverture de la saison de college football. Si le football américain est une religion, le college football, qui réunit les athlètes des universités, est son prophète. Ce soir, le premier match de la saison se joue : Les Long Horns, l’équipe de l’université d’Austin, joue, à domicile contre les Wyoming Cowboys. Inutile de préciser qui tient le rôle des «underdogs»… énorme centre universitaire, toute la ville porte du «terre de sienne brûlée», les couleurs de l’équipe. On se rassemble pour le «tail gating» qui consiste à faire des barbecue à l’arrière des pick-up et regarder la retransmission du match sur des écrans transportés de chez soi, à grand renfort de tonneaux de bière, c’est assez gras mais convivial, les filles portent des santiags et des mini robes orange estampillées d’une tête de buffle, la mascotte de l’équipe locale, bref les étudiants ne boudent pas leur plaisir. Même Lisa, qui nous a rejoint, en master pour devenir archiviste, suit le score. La chaleur est écrasante, on décide, en attendant le début du match, d’aller cultiver les petits français que nous sommes au MUSEE DU TEXAS (oui ça existe). J’y vais sceptique, à ce stade, je connais vraiment peu de choses sur l’histoire du Sud des Etats-Unis et, du Texas je n’en ai que l’image très subtile des ranch et de la dynastie Bush. Qui vient à l’origine du Connecticut. En fait cette visite est géniale : non seulement je réalise mon inculture crasse, mais en prime, puisque c’est ma première escale dans le Sud, je prends réellement la mesure de cet autre versant des Etats-Unis, avant de poursuivre ma route vers la Nouvelle-Orléans, c’est spécialement intéressant au Texas, le seul des Etats américains à avoir été son propre pays à un moment dans l’histoire américaine, à avoir un passé aussi complexe et mouvementée. Bon l’indépendance a duré sept ans certes, après avoir joué la concubine du Mexique et avant de rejoindre penaud la Fédération, mais ça nourrit encore la fierté des «southern gentlemen». Je mets des dates sur de vagues périodes historiques, des visages et des fonctions sur des noms plus ou moins connus, dépoussière des approximations inacceptables. Et le prochain qui dit que les Etats-Unis n’ont pas d’histoire doit relever le défi de tenir 4h dans un tail gating. La soirée se termine de façon typique à Austin : dans un hole-in-the-wall à boire de la bière et écouter de la musique live, le genre d’endroits dont la ville regorge, Austin étant connu pour être un havre d’indépendance, de «free spirit», d’intellos et d’artistes au Texas.

Le lendemain est à nouveau typiquement américain, après un brunch on va faire du «tube» tout l’après midi : activité réjouissante mais peu intellectuelle qui consiste à poser son séant sur une grande bouée tubulaire, attacher un certain nombre de bouées entre elles pour chacun des participants, ne pas oublier de remplir une glacière flottante (génie!), et se raffraichir dans une rivière avec un courant un peu rapide histoire de se faire des frayeurs.  Bien sûr la seule à réussir à se détacher du groupe est votre dévouée. BBQ Texan pour le dîner (mon délicat palais n’a pas vu la différence avec le BBQ de Kansas City). Le dernier jour à Austin j’explore les boutiques de design qui ont fleuri depuis un an ou 2 dans le centre ville, et que j’avais repéré en regardant religieusement mes sites de déco américains favoris… Austin est devenue la mecque du Sud pour les gens intéressés par l’architecture d’intérieur / les petits trucs mignons, pour peu qu’on tombe au moment du South by Southwest, un genre de Coachella avant l’heure, (en mars avant qu’il fasse beaucoup trop chaud) ou d’un des festival de cinéma qui rythme l’année, on a un bon karma pour 6 mois. Verdict : Austin, pas mal, mais en tant que touriste, pas grand chose à faire à part tester tous les frozen yogurt et les «food car» de la ville (ce que j’ai fait avec attention).

La prochaine étape est la Nouvelle-Orléans. Au fur et à mesure la route change et on traverse des kilomètres de marais inquiétants, pour finalement rouler sur ce pont, si long, qui jouxte l’eau, et rejoindre, tout au bout, la ville à l’emplacement le plus crétin du monde. C’est, littéralement, entouré d’eau. A nouveau je partais avec un a priori massif. En fait l’idée générale est que le Sud des Etats-Unis était pour moi le royaume du conservatisme et/ou de la vulgarité. Dans mon scénario personnel, la Nouvelle-Orléans en était peut-être l’épicentre, comble du kitch, de la fête facile, forcée, des clichés sur du jazz d’ascenseur. Le premier contact m’a vite remis les idées en place.. D’abord il s’agissait de marcher, de nuit, de la station de bus à chez Reecy, la couchsurfer qui m’accueillait : on longe la frontière du French Quarter, on contourne le Faubourg Marigny, et on arrive à Treme, son quartier. Comme la ville n’est pas très grande (rare pour les Etats-Unis), malgré mon sac sur le dos, et le fait que ce ne soit pas une ville très sûre selon les guides et les ragots, je marche à pied. Je guette le nom des rues et c’est drôle de croiser tous ces noms si connus : Central, Esplanade, Elysan Fields. Il y a une certaine esthétique du délabrement et on dirait que la ville n’a pas bougé depuis Un tramway nommé désir, en fait c’est joli et ça a un charme vénéneux. Après 30’ de marche, j’arrive dégueulasse chez Reecy : à la Nouvelle-Orléans AUSSI il fait chaud.

Comme à presque minuit le seul truc ouvert dans le coin où elle habite c’est une petite taverne de quartier, c’est notre point de chute pour avaler un truc. Bien nous en a pris, je suis instantanément propulsée hors du temps, dans ce que la Nouvelle-Orléans a de meilleur : une ville où tout le monde fait n’importe quoi. Les cadres en goguette, Mr et Mme Moyen en vacances, mais aussi les artistes, poètes, musiciens de tout accabit qui sont venus vivre à la Nouvelle-Orléans, séduits par les très bas loyers de la ville post-Katrina (dont je ne compte pas les évocations en seulement 3 jours, sans même lancer les locaux, ou moins locaux, sur le sujet). Dans ce mini pub défilent des filles vêtues de robe vichy super rockabilly, Seamus, torse nu, cheveux longs jusqu’au reins, en pagne et chapeau, des mecs tatoués jusque sur leurs paupières, c’est un véritable freak show. Et chacun vient avec son chien. Bref, n’importe quoi. La soirée se prolonge sur le porche de Reecy, southern style, elle nous raconte comment elle est venue vivre ici, et à quel point la ville l’a adoptée. Je vais me coucher encore un peu sceptique, mais déjà séduite par l’air général d’amusement, d’étrangeté qui rôde sur la ville.

La journée du lendemain est dédiée à découvrir la ville à pied. Parce que c’est si petit, c’est facile d’éviter les coins touristiques et dégueus, et, après avoir survécu 2 blocs sur Bourbon Street (la rue mythique…), je repère mes rues favorites, dans des recoins, plus calmes, comme si le temps s’y était arrêté. Les couleurs pastels des maisons, les volets fermés jusqu’à 15h, la (bonne) musique partout dans la rue, les palmiers partout… c’est un choc de voir quelqu’un passer en tailleur, avec, manifestement, l’ambition de travailler, de regarder sa montre. Après une journée de promenade je retrouve Reecy qui me propose une soirée typique : southern food puis où sortir pour voir «la vraie Nouvelle-Orléans». Je ne suis pas fan des expressions toutes faites du style, mais il faut se rendre à l’évidence, tous les clichés sur une ville qui vit que pour la musique, où tout le monde s’amuse sans penser au lendemain, ont survécu. On va sur Frenchman St, dans le quartier de Marigny, pour écouter dans le désordre : du punk italien, du rock shoegaze, un groupe de jazz qui se fait appeler Saint Louis Slim (!) et fait danser les couples comme dans les années 20, un duo de violon/guitare acoustique et on retrouve par hasard Seamus qui joue un genre de banjo, avec une contrebassiste et quelqu’un qui joue des percussions avec des cuillères, pour un divertissement plus… avant garde puisqu’il finit sans pagne. Coïncidence délicieuse, complètement amourachée par cette ville accidentée, comme on a dix fois plus d’affection pour le chiot qui a une oreille tordue, le lendemain, au petit déjeuner dans un café adorable, où on mange des pancakes en sirotant de la limonade au gingembre, je regarde mes mails et tombe sur une interview de Michael Stipe à propos de où sortir/manger à la Nouvelle-Orléans, qui conseille les adresses où nous sommes allées la veille. Hyper boursouflée de fierté et galvanisée par cette chance honteuse (c’est rare que dans les villes touristiques on puisse avoir du premier coup LA bonne expérience, et tout le crédit revient à notre charmante hôte, Reecy), je décide de ne plus jamais revenir à la Nouvelle-Orléans : ça ne sera jamais aussi réussi. Ca tombe bien parce qu’après une visite des cimetières (incontournable en Louisiane), je pars en direction de la Géorgie, encore plus à l’Est.

PS : Je peux pas m’en empêcher, je vous conseille, à propos de la Nouvelle-Orléans, la très chouette très réaliste bien dramatique série : Treme, qui passe sur HBO, baptisé d’après le nom du quartier le plus bohème de la ville, à propos de différents habitants quelques mois après Katrina.
Pendant que j’y suis… pour Austin, il y a eu une tentative de série, avortée au bout de 2 épisodes : My generation, façon un peu documentaire, qui retrouvait des camarades de promo, 10 ans après leur bac (ou high school graduation). «Très américain».

Publié le 6 janvier 2011, dans Day By Day, Voyages, et tagué . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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