Road Trip aux Etats-Unis – épisode 1

1ere partie : From NYC to Kansas City, MO – 2163 kilomètres

Traverser les Etats-Unis. C’est devenu tellement cliché, qu’on se demande s’il faut vraiment le faire. Tocqueville l’a fait, Kerouac l’a fait, Nicole Richie et Paris Hilton l’ont fait (saison 2 et 3 de Simple Life!), même Mme Moyen qui ne se distingue pas par sa personnalité rock’n’roll l’a fait. Tout le monde le dit : c’est le pays rêvé pour faire des kilomètres en voiture, pour littéralement avaler la route au volant. On achète une voiture naze, et on la revend, encore plus naze, des milliers de miles plus tard. Et comme moi, je ne fais rien comme tout le monde (et surtout, je n’ai pas le permis de conduire), j’en ai fait des kilomètres. En bus. Tous mes amis le savent : les Etats-Unis, j’y suis déjà allée, j’ai de la famille en Californie. Je donnais le bâton pour me faire battre. La Californie ? Los Angeles ? Bel Air ? Non… tu n’as pas vu les Etats-Unis. Bon. Alors j’ai pris le Greyhound pendant un mois. J’avais même mon «costume greyhound» (des fringues que je me suis empressée de JETER une fois de retour à la civilisation -as known as : nyc). Alors les cocos, l’Amérique, la vraie, c’est bon, j’ai vu.

Ca commence à l’aéroport JFK. Une courte nuit à Brooklyn et me voilà en route un dimanche matin pour Pittsburgh en Pennsylvanie. Le bus que je prend est quasi vide, surtout des étudiants qui comatent à moitié, regardent des séries sur leur ordinateur portable, s’avancent mollement dans leur lecture, rien d’étonnant puisque le seul arrêt avant le mien est Penn State. Une «ville» étudiante sortie de nulle part comme seuls les Etats-Unis savent le faire. Une tripotée de bars : celui des athlètes qui jouent dans l’équipe de football, celui des latinos, un pub irlandais qui fait le compte à rebours avant la Saint Patrick. Des joggers bien sûr, qui, évidemment, portent les couleurs de leur fac sur leur sweat. Des boutiques pour acheter les livres du semestre. Des boutiques pour revendre les livres du semestre. De rares étudiants, probablement des freshmen, accompagnés d’adultes. Sinon, la moyenne d’âge doit culminer à 20 ans et 2 mois. Moi je descends à Pittsburgh, steel city, la patrie d’Andy Warhol ! D’ailleurs la première chose que je fais en sortant du bus, c’est aller visiter le musée qui lui est dédié. Bien cool. Une expo croisée avec Duchamp. Rapidement il est l’heure de retrouver Louis, qui m’héberge ce soir et vit au sud de la ville. Comme Pittsburgh ce n’est pas très grand, malgré mon sac sur le dos, j’y vais à pied. Il a prévu une «dinner party» : je suis aussi excitée à l’idée de rencontrer ses amis que de manger enfin un «home cooked meal». A peine 24h aux Etats-Unis et j’ai déjà l’impression de carburer qu’aux chips et au corn syrup.

Louis est étudiant en philosophie à la Dusquene university à Pittsburgh, et vit avec Jason, qui, lui étudie l’histoire. Je les ai rencontré par le site couchsurfing, dont je suis membre depuis plusieurs années. Pittsburgh était probablement l’une des villes les plus «couchsurfing-friendly» : j’avais reçue que des réponses positives à mes demandes d’hébergement ! Dîner animé, promenade nocturne, college party qui se termine. Juste le temps d’apercevoir un de ces tonneaux de bière super collants qu’on voit dans tous les teens movies. Le lendemain, c’est la fête du travail, qui tombe toujours le 1er lundi de septembre aux Etats-Unis. A Pittsburgh, ancienne ville ouvrière, Labor day c’est une grande affaire. Il y a une parade, un match de baseball, et tout le monde squatte les bars du «strip». Mais la journée commence avant tout par un petit dèj américain dans un dinner : j’y passe deux heures en réclamant des refill de café. Ca va c’est les vacances et la vie est cool. Louis habite dans ce que j’ai décrété être la rue la plus cool de Pittsburgh : South Carlson St. Bon, Pittsburgh c’est tranquille et j’y ai déjà trouvé mon repère : un café avec des chaises dépareillées, free wi-fi qui passe mon ipod de quand j’avais 16 ans, mais il faut partir à un moment.

Dans la nuit, mes hôtes m’amènent à la station greyhound. Mon carosse, une carcasse en métal des années 80 qui sent la pisse m’attend, et doit me conduire à Chicago. Comme à ce stade de l’aventure, je ne suis pas encore au fait de la «Greyhound étiquette», je ne peux pas mettre mon sac dans la soute. Ca n’a aucune importance au début du voyage : le bus est à moitié vide, je grimpe avec, et miraculeusement, je parviens à m’endormir. Jusqu’à ce qu’on s’arrête à putain de Cleveland pendant, juste, 2 heures. Entre 2 et 4 heures. Du matin. J’adore. Je déteste tout : le greyhound, la lumière blanchâtre des néons, la télé qui diffuse les matchs de la NFL en t’abrutissant toutes les 75 secondes de pubs pour des médicaments ou des avocats, et je commence à avoir enfin l’air du greyhoundmaterial (le fond de commerce : des junkies, des fous, des gens qui sortent de prison) : j’ai mis ma capuche sur ma tête et j’un rire nerveux en repensant à cette vidéo. Bref. Good times. Au petit matin, on passe par Gary, Indiana, la ville originaire des Jacksons 5 ! Bon, sauf que ça ressemble à une ville fantôme, des tas de maisons abandonnées, on dirait la post-apocalypse. Le bus se remplit. Beaucoup. A chaque arrêt, plus de gens édentés et boîteux. C’est la cour des miracles. Une femme, noire, un peu âgée, m’a dans le collimateur. J’ai viré mon sac de manière à ce que la place à côté de moi soit libre, mais elle reste vide. Elle, ça ne l’empêche pas de râler auprès du conducteur. «Those white kids! they have backpacks! that’s pure discrimination!». Bon. C’est fait. J’arrive à Chicago super dépitée. Je dépose mon sac, prends une douche d’environ 50 heures pour me laver de l’hostilité du greyhound et la journée commence seulement à l’heure du déjeuner. Devant le burger le plus épique du monde. Je passe le reste de l’après midi à me promener dans le centre de la ville. J’attendais rien de spécial de Chicago, à cause de son surnom, «windy city», et du temps pourri qu’il y a là bas de novembre à mai, je m’attendais à une ville bien sinistre, avec des gratte ciels, mais super gothiques, industriels. En fait il n’en est rien. Je marche des heures dans m’en rendre compte. Tout est magnifique. Les demeures victoriennes de Lincoln Park, les bords de l’immense Lac Michigan, les petites maisons du quartier ukrainien, les buildings brillants du Loop. Le lendemain, lors d’un tour guidé à propos de l’architecture de la ville, j’apprends qu’à chaque bloc, il y a la marque d’un grand architecte / designer / artiste. Et pas les moindres. Un coup Picasso, un coup Frank Lloyd Wright, on ne sait plus où donner de la tête. En gros, Chicago a été le laboratoire des architectes, et donne le meilleur exemple qu’une ville peut être belle, à couper le souffle. Deux soirées à Chicago : l’une en amoureux avec mon travelbuddy : un vieux film avec Bogart et Lauren Bacall et bien sûr… on partage une Chicago-style pizza, et bar-concert dans le trop cool quartier de Wicker Park avant de voir le Millenium Park et les statures de Anish Kapoor et Frank Gehry. Pas eu le temps d’entrer dans un musée à Chicago, il faisait tellement beau que j’ai passé mon temps dehors à me promener, et puis, il y a déjà tellement à admirer dans la ville elle-même que j’ai eu le minimum syndical de culture… Bref, Chicago et moi : amour toujours sans divorce.

Chicago

Le lendemain matin je quitte à reculons la capitale du midwest, à l’horizon 10 heures de bus pour rejoindre Kansas City, Missouri. Je passe quasiment tout le temps à écouter de la musique et regarder le paysage : on traverse l’Illinois sous un grand soleil, des tas de champ de maïs, et le ciel à perte de vue. Un petit stop à St Louis, je sors pour me dégourdir les jambes. Je crois ne pas avoir rencontré une seule personne de corpulence normale à Saint Louis. J’ai l’impression d’être une liliputienne au royaume de Pantagruel. Il est 15h, et les bac à friture des fast food du centre commercial fonctionnent à plein régime. Ils sont tous là : panda express, mac donald’s, carl’s jr, quiznos, popeye’s fried chicken. Miam. Je remonte dans le bus en ayant la nausée. Je me sens rarement plus snob et européenne que lorsque je descends 15’ du bus dans une station service. Après, je rencontre une «re-born again christian», ou, plus communément appelée : «jesus freak». Elle a la vingtaine, me parle de sa relation avec Jésus, du musée du créationnisme dans le Kentucky, et me demande pourquoi je ne crois pas en Dieu. Comment te dire ? On se connaît depuis 20 minutes ? Le soir, c’est à Shane que je raconte mes impressions. Un autre couchsurfer qui m’héberge chez lui et ses amis. A part lorsqu’il voyageait, il n’a jamais quitté le Missouri, où il habite depuis tout petit. Il incarne un peu l’habitant idéal du midwest : un grand gars, solide, loud, blond, super attachant. En trois secondes, mon sac est dans le coffre de sa voiture, on boit un verre avec ses copains, dont Taffik, un afro-américain musulman qui a joint l’armée pour payer ses études (cliché n°4529). En tout, j’aurai passé même pas 24 heures dans le Midwest bien profond, mais je crois que j’ai assez rentabilisé. Kansas City, MO, c’est à peu près pile au milieu des Etats-Unis, on en est au 6ème jour de voyage, et on se dirige encore plus au sud. Next stop… Texas. «Yiihaa».

Midwest

Publié le 2 décembre 2010, dans Day By Day, Voyages, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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