Pourquoi, finalement, c’était pas mieux avant

Le savoir populaire ne ment jamais : il est impoli de demander son âge à une femme, on vous l’a dit, répété, et d’ailleurs, d’ici quelques printemps, vous ressentirez sincèrement pourquoi on vous a bassiné avec une convention sociale bien hypocrite de plus. Un peu comme si on aimait pas trop trop voir le temps passer, les bougies s’accumuler sur le gâteau, et pourtant, y’à des périodes dans la vie qu’on revivrait pas forcément avec plaisir, même si on a tendance à idéaliser le passé. Premier cas d’école qu’on étudiera aujourd’hui : l’adolescence, pour ou contre ?

Pouvoir d’achat VS argent de poche

Tremble carcasse, on parle même finances sur Glory-box. Quelle est la différence majeure entre une jeune fille de 15 ans et une jeune fille de l’âge canonique de 20 ans ? Sa fraîche majorité ? Son nombre de paire de chaussures ? Sa résistance à l’alcool ? Que nenni, j’ai encore plus pragmatique : son compte en banque. Déjà, différence notable : il existe (nous sommes formels, 56% des jeunes filles de 15 ans sont dépourvues de cet indispensable outil à l’intégration sociale : le compte bancaire), seconde différence notable : il lui arrive même d’être créditeur !

Quand vous accumuliez baby sitting sur baby sitting ou faisiez la technique dite « des petits yeux mouillés » pour payer un ciné/macdo à 14 piges avec les copines, à 20 ans, vous réalisez qu’il ne vous faut plus un plan d’épargne quinquennal pour la moindre sortie shopping. Plusieurs raisons : vous vous êtes fait augmenté après avoir travaillé à la sueur de votre front, vous faites un autre job qui paye mieux, dans le pire des cas, vous avez sacrifié quelques étés à travailler.

Bref, on ne regrette pas l’adolescence car aujourd’hui, on ne dépense plus l’argent de poche gracieusement offerts par papamaman, mais le sien. Plus de droit de regard sur les dimensions de tissu de votre mini-jupe, sentiment de liberté, vous êtes une femme accomplie. Imaginez vous à trente ans : toujours pas d’enfant, mais un vrai salaire. Bonheur non?

Sarah Bernhardt, sors de ce corps

Ah… les adolescentes… leurs concours de strings qui dépassent, leurs parades nuptiales pour attirer le regard de Kevin le beau gosse, leur communication verbale chiadé dépassant allégrement les 90 décibels, leur khôl option oeil-de-panda, leurs journaux intimes, leurs états d’âmes… Certaines y auront peut être échappé, mais déversement hormonal oblige, l’adolescence c’est souvent une période riche en émotions en tout genre. Personne n’est comme vous. Personne n’a des parents aussi gravos. Personne n’a jamais eu un chagrin d’amour aussi terrible, à en perdre l’appétit au moins jusqu’au goûter. Bref, la vie est dure et vous êtes un petit flocon de neige unique.

Va savoir ce qui se passe entre nos 13 et nos 20 piges, on se résout enfin à vivre avec nos oestrogènes, on se simplifie la vie, mais en tout cas, les choses s’aplatissent et tant mieux. Fini les tirades shakespeariennes, vous êtes enfin revenues parmi nous, la preuve, vous souriez quand votre petite soeur/cousine/voisine pique une crise et claque la porte en faisant la tête de la fille la plus malheureuse du monde.

Option Carrie Bradshaw au brevet

Nos aïeux ont souvent recours à l’excuse des années 80. Mais pour nous du coup, c’est un peu grillé.. Pourtant, des égarements vestimentaires, on en a eu aussi. Je milite : la traversée du désert en matière de garde robe est commune à chaque génération, pas la peine de passer pour un martyr parce qu’on est né en 1975. Le seul truc dont il faudrait se souvenir : pour la postérité, t’as pas forcément envie d’être trop trop à la mode, car le « trotro à la mode » vieillit mal.

Le pire ? Quand justement, à 15 ans, on veut être super à la mode mais le porte feuilles et/ou l’autorité parentale ne suit pas (premier symptôme : le regard « haut-bas-haut » : « et tu vas sortir… comme ça alors? ») : on obtient des combinaisons super hasardeuses, qu’on renierait volontiers si jamais la magie de la photo numérique et du taggage facebook était pas passée par là. Et ouais, ta robe mal taillée super cheap dans une couleur qui te va pas du tout mais qui soit disant était super hip, elle est immortalisée en 666 exemplaires. Congratz ! Bref, à l’adolescence, on a pas froid aux yeux, et c’est tout le problème.

The typex theory

Mais un jour ça va mieux, on se réveille et on réalise qu’enfin, en regardant un film, on a pas ressenti le bon gros phénomène d’identification qui marche pourtant depuis James Dean : tout va bien. Pour tout dire, on parvient même à regarder The Virgin Suicides sans avoir besoin de s’acheter 50 robes pâlotes dans l’heure qui suit, on y est finalement parvenu, on a comblé ce besoin tentaculaire de se constituer une identité et de la crier au monde par tous les moyens : skyblogs, style de fringues, blanco pour indiquer aux gens qui prennent le bus avec vous quels cds vous venez de vous acheter.

Si si, c’est vrai. Un jour on se réveille, et on est plus adolescentes dans sa tête. Finis les drames à la con, finis les sorties « un samedi sur deux parce que sinon mes parents gueulent » (et où l’autre samedi signifie : grand dîner à base de courses au franprix du coin et alcool premier prix), finis l’ego boursoufflé, finis, presque, les complexes débilitants. On a grandi, on a passé le stade des fâcheries amicales et on est enfin bien entourées, parfois on a un chez soi dans lequel on peut réellement mettre la musique à fond, on peut réaliser tous nos caprices quitte à flirter avec la dinde matérialiste (au moins, c’est assumé), et franchement, quand on regarde en arrière, qu’est ce qu’on pourrait bien regretter ?


Publié le 18 avril 2009, dans Société, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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