2′ de culture rock : le shoegaze

Shoegaze, ça vous dit rien ? Croyez moi, comme vous faites indubitablement partie de ce que j’aime appeler, en bonne sociologue, la « génération Coppola », ces filles tout à fait adorables biberonnées à la sainte trinité de l’esthéticisme girly fin de 20ème siècle : virgin suicides-lost in translation-marie-antoinette, vous en connaissez déjà plus long que ce que vous pouvez suspecter. Et oui, miss Coppola avait fait un embargo sur le sujet avec son film Lost In Translation et s’était fait ambassadrice de la musique Shoegaze en filmant Scarlett-râh-Johanson sous toutes ses coutures dans Tokyo.

Shoegaze, une tentative d’analyse

La musique shoegaze se circonscrit très précisément à la première moitié des nineties, et géographiquement à la perfide Albion. En fait, on doit le terme à une tentative des journalistes de rassembler sous le même credo des groupes de jeunes ayant le pied lourd sur la pédale d’effets. Mais dans le shoegaze, on ne sait plus si la technique (nappes de guitares très saturées, voix reculées, fantômatiques, comme si on était « sous l’eau ») précède ou découle du concept.

Nous sommes en 1990 et le monde du rock est repu des postures de rock star, on commence à créer des groupes avec de nouvelles idées : on s’abstient de démonstration de force, on rejette la médiatisation, du coup, naturellement, les configurations habituelles – l’incontournable duo chanteur charismatique & guitar hero, deviennent « deux guitares », des sons très messy apparaissent, la voix, ramenée au même niveau que les autres instruments est souvent éloignée, noyée sous les amas de guitares. On comprend mieux pourquoi les shoegazers revendiquent aussi l’appellation de dreampop.

Car cette musique, éthérée mais furieuse, bouillonnante, (les anglais ont le mot parfait pour la décrire : fuzzy), est avant tout la musique idéale pour errer intérieurement et rêvasser gentiment. Difficile de définir cette musique britannique qui fait concurrence au grunge plus directement crade des Etats-Unis, et à la britpop locale (Oasis, Suede, Pulp, Blur-90’s) : le shoegaze se présentant comme nettement plus cérébral, en fait, c’est sans doute avec une image, la pochette de Loveless, l’album culte de My Bloody Valentine, qu’on représenterait le mieux le style en question : évadé et confus.

Les groupes emblématiques

« On » a coutume de désigner My Bloody Valentine comme la quintessence du mouvement shoegaze : ceux par qui tout a commencé, c’est aussi certainement les plus connus, et dont le style est le plus abouti. Sauf que détail : Dinosaur Jr et surtout, Jesus and The Mary Chain avait décidé de multiplier les plages de guitare avant eux, on doit aussi aux Cocteau Twins le goût très shoegaze pour les voix perchées/éloignées/d’un autre monde, bref les racines du shoegaze datent facile des années 80, et, on pourrait pousser le vice à reconnaître dans les guitares du Velvet Underground les premiers balbutiements du mouvement.

Lorsque le mouvement bat son plein, au tout début des 90’s, des groupes comme Seefeel, Lush (féminin), Ride, The Boo Radleys ou Slowdive, mais aussi Verve (avant de se faire massivement connaître en se surfixant un « The » et en pondant « Urban Hymns ») font parler d’eux, à côté du mythique MBV (ci-dessous).


Aujourd’hui, les préceptes shoegaze ne sont pas tout à fait oubliés et sont suivis par les groupes noisy qui existaient déjà plus ou moins à l’époque ou celle qui a suivie (Sonic Youth, Brian Jonestown Massacre, les deux premiers albums de Mazzy Star), ou inspirent les petits jeunes (A place to bury strangers, Serena Maneesh, No Age), mais qu’on ne se méprenne pas, le dernier (bon) album des petits frenchies Stuck In the Sound n’a pour autant de « shoegazing » que le nom.

Loveless – My Bloody Valentine : 47′ de pur fouillis mental, absolument magnifique et plein de grâce.
Nowhere – Ride : éthéré mais fulgurant, Nowhere est le premier album de Ride, et un masterpiece total.
Souvlaki – Slowdive : très beau, très calme, ce bel album pénétrant et atmosphérique rappelle par moment les islandais de Sigur Ros (mais avec 10 ans d’avance) et emmène définitivement vers d’autres contrées.

La playlist pour se prendre pour Scarlett à Shibuya (pas mal trustée par Loveless justement) :

Look Shoegaze

« Shoegaze », avant tout, signifie : « regarder ses pompes », et, si les critiques moyennement bien intentionnés ont ainsi surnommés la scène de l’époque, c’était pour rendre hommage à leur jeu de scène super évolué. Vous vous en douterez, le look
shoegaze est à l’image de ces grands garçons pas super super bien dans leur peau, aussi éloigné des chemises à jabots et des moues de Jimmy Page qu’Amy Winehouse de la sobriété. Le nolook shoegaze c’est donc : un jean (ici pac sun), un tee (de MBV et celui à manche longue : American Eagle Outfitters), un pull (J.Crew), des sneakers, bref un ptit look de nerd du rock’n’roll aux cheveux dans les yeux tout facile à copier.

Publié le 23 février 2009, dans Musique, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :