Jeff Koons VS Versailles

Depuis le 10 septembre, et jusqu’au 14 décembre, les sculptures de Jeff Koons ont élu domicile au château de Versailles. En bon squatteur, Jeff Koons dérange.

Jeff Koons, l’enfant terrible de l’art contemporain ?

Jeff Koons est un artiste américain s’étant fait connaître à l’époque de l’argent facile, les années 80, il travaille, à la façon d’Andy Warhol ou Damien Hirst, dans un grand loft en pleine New-York, aidé d’une trentaine d’assistants.

Adoré par les nouveaux riches, peu apprécié par la critique, Jeff Koons se place dans la lignée de Louise Bourgeois (en moins flippant et nettement plus ludique) ou Hoffman, qui fit barboter dans le port de St Nazaire un canard de bain géant. On fait tous les reproches possibles à son travail : sans-gêne, stupide, plagiaire (cependant la justice lui aura toujours donné raison), trivial, artificiel, summum du kitsch… Pour autant, Robert Hughes, reconnaît que parce qu’il exalte l’Amérique, ses valeurs, le show business, Jeff Koons a su se rendre indispensable : impossible aujourd’hui d’imaginer la scène culturelle américaine sans lui.

Dans la carrière de Jeff Koons, une année compte sans doute plus que les autres : 1988, lorsque qu’il crée la série Banality, avec, au programme, une statue grandeur nature de Michael Jackson et son chimpanzé, Bubble, tous les deux recouverts de feuille d’or. Normal. Dès lors, petit à petit sa cote s’envole. A la même époque, il épouse une porn star/politicienne italienne : la Cicciolina, et forcément, ne pourra s’empêcher de faire part de leur vie sexuelle dans la série « Made In Heaven ».

Ses sculptures traversent le monde : Puppy, un chien floral géant de 12 mètres de haut, débute sa carrière en Allemagne, la poursuit à Sydney, séjourne un temps au musée Guggenheim de Bilbao, puis à New-York, pour finir sous la forme d’une copie, dans le jardin d’un couple au Connecticut. Adepte des installations démesurément grandes, Jeff Koons se fait le héraut d’un art puéril, qui semble crier aussi fort qu’un marmot faisant un caprice, mais aussi d’un art de dérision, rigolo, ne nécessitant aucune analyse savante : soit disant, pas de différence entre le fond et la forme, pas de message caché à élucider.

Récemment, il participe à la grande parade Macy’s de Thanksgiving avec son Rabbit, explose sa propre cote à l’occasion de la vente de Balloon Flower (Magenta) à Christie’s en devenant, par la même occasion l’artiste vivant dont les oeuvres se vendent le plus cher, dessine pour Google une petite réplique des tulipes (vous l’avez vue si vous vous êtes connectés au plus réussi des moteurs de recherche de tous les temps le 30 avril et 1er mai 2008), et… expose 17 de ses oeuvres dans les Grands Appartement du Roi et de la Reine, au château de Versailles…

Jeff Koons versus Versailles, l’expo terrible ?

Dans le gang des rabats-joie, on nomme l’Union Nationale des Ecrivains de France qui demande tout simplement à Christine Albanel, ministre de la culture, d’annuler la venue de l’exposition à Versailles. Pour d’autres, Louis XIV aurait adoré l’art de Jeff Koons : capricieux, fantaisiste, éphémère, après tout, quel était l’objet de Versailles sinon détonner, éblouir à la fois les visiteurs étrangers et les habitués de la cour ?

Jeff Koons lui, se garde bien de quoi que ce soit, son but n’était pas de scandaliser, comme son but n’est pas la notoriété (à ce sujet, il raconte en interview voir une différence entre être célèbre et être important : « je suis intéressée par l’importance, et quoi que ce soit qui puisse enrichir nos vies et les rendre plus vaste – je ne suis pas intéressé par la célébrité pour la célébrité »), non, il est tout simplement béatement heureux d’être à Versailles, d’y disposer son Split-Rocker (sculpture bicéphale gigantesque rappelant les jouets à bascule des enfants), il joue la star, ouvre grand les bras, comme un tout petit excité par son propre accomplissement. Il revendique simplement la gaieté, à travers l’art, de penser l’histoire des hommes.

Si bien qu’on trouve presque dommage de trouver des justifications plus ou moins mollassonnes à sa présence dans les lieux, tenons nous en peut-être à l’idée de dynamiser Versailles, faire dialoguer les époques, inutile de chercher des correspondances superflues entre les sculptures naïves et le rococo dramatique du château, le pourquoi du comment son installation d’aspirateur se trouve sous un portrait de Marie-Antoinette ou le homard pendu, cuit à point, et près à être dévoré dans la galerie des vanités, alias, le Salon de Mars, où l’on s’expose narcissiquement. Pour certains le mauvais goût et les plaisanteries s’accorderont parfaitement aux salons boursouflées de dorure et de chérubins, pour d’autres, l’exposition n’est rien d’autre que policée, enfin pour les derniers il est impensable de faire triompher l’amusement devant l’indignation : toute l’attention qu’on porte aux créateurs comme Jeff Koons, c’est autant d’attention perdue à l’égard des « vrais artistes inconnus ».

Cas typique de nouvelle garde robe pour l’Empereur ?

Je trouve pour ma part une drôle de résonance à la rencontre Jeff Koons/Versailles, qui plus est en pleine période de crise économique.

Comment déconnecter Split-Rocker de son propriétaire… le mécène controversé François Pinault (2ème fortune française), comment oublier que l’art de Jeff Koons -délicieuse ironie : trader il fut un temps, suit probablement le même programme que l’art de Versailles au 17ème siècle : art de l’ultra nouveau et de l’ultra riche ? Plus qu’humoristique, cette exposition a une puissance incontestable : non seulement, c’était une gageure compte tenu de la célébrité de ces deux là : elle sert Jeff Koons, elle sert le château de Versailles, mais encore elle sert le visiteur : on a tout simplement l’impression de mieux discerner le glamour, le kitsch et la décadence de notre propre époque, lorsqu’elle s’installe sans autre forme de procès dans ce qui aujourd’hui encore est connu dans le monde entier pour être l’emblème de la mégalomanie… Surenchère de dollars contre Roi Soleil.

Alors, à votre avis, Jeff Koons à Versailles, fausse bonne idée ? L’expo qui tombe à point ? Le monde de l’art contemporain n’est il qu’une nef d’illuminés à la solde du grand Kapital ?

Publié le 25 novembre 2008, dans Day By Day. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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